L’Arbre et la Pirogue

Tout homme est tiraillé entre deux besoins,
le besoin de la Pirogue, c’est-à-dire du voyage, de l’arrachement à soi-même,
et le besoin de l’Arbre, c’est-à-dire de l’enracinement, de l’identité,
et les hommes errent constamment entre ces deux besoins,
en cédant tantôt à l’un tantôt à l’autre ;
jusqu’au jour où ils comprennent
que c’est avec l’Arbre qu’on fabrique la Pirogue.

(Mythe mélanésien de l’île de Vanuatu)

source photo : Extrait du magazine EOFT 17/18 (octobre 2017)
sur une idée de At N’go

J’aurais voulu avoir un amoureux. Au primaire, au collège, au lycée. Avoir une belle histoire. Une histoire d’enfant. J’aurais voulu avoir droit à ça. Les mots qui s’échangent sous les tables. Le coeur qui bat plus fort. Les secrets qu’on garde à table, quand on vous pince la joue en vous demandant si on a une amoureuse. J’aurais voulu profiter de ma jeunesse. Ne pas tricher toutes ces années. Ne pas mentir. Ne pas faire semblant. Être qui je suis plus tôt. L’être et l’être heureux. Fier. Et montrer l’étendue des talents que me confère cette identité. Ma sensibilité. Ma joie de vivre. Mon envie folle d’écrire.

J’aurais voulu ne pas me contraindre, ne pas faire semblant pour être « comme les autres ». Ne pas faire souffrir mes parents parce que j’étais malheureux et refusais de dire pourquoi. J’aurais voulu être moi plus tôt. Avoir ce que les autres avaient. Ne pas rire quand j’entendais des blagues méchantes visant celles et ceux qui avaient mille fois mon courage d’être ce qu’ils étaient, sans honte, avec fierté.

Comme ce garçon, à l’école, il s’appelait Nathan. Il était gentil, doux, et pourtant ses gestes, sa voix, son identité, bref ce qu’il était de franc, de vrai, d’authentique, étaient moqués parce qu’on lui collait l’étiquette homo sur le front et qu’il n’a jamais démenti. Parce qu’il a toujours relevé la tête. Il m’a fallu des années pour comprendre combien il était plus libre que beaucoup d’entre nous, libre d’être qui il était et de témoigner par sa seule existence de l’extraordinaire diversité du genre humain.

Vous voyez j’aurais voulu ne jamais me moquer de Nathan avec les autres, devant les autres, pour que les autres ne me soupçonnent jamais d’être qui j’étais. J’aurais voulu ne pas rire de ce garçon, j’aurais voulu ne pas le faire pleurer.

J’aurais voulu être amoureux, enfant. Avoir ce que vous avez tous et toutes eu, enfant.

Qui va me rendre ces années perdues ? Ce qui aurait pu être et n’a jamais eu lieu ? Qui me rendra ce qu’on m’a pris ? Et à ce Nathan ? Qui lui rendra justice ? La vérité c’est que j’ai mal. Que j’ai la haine contre les gens qui nous font ça. Qui nous font faire ça, qui nous rendent comme ça. Ces mêmes gens qui prétendent se battre pour les enfants et qui pourtant mettent dans nos bouches des mots aussi violents.

Mais l’homophobie ce n’est pas seulement quelqu’un qui crie « À mort les PD ! ».

L’homophobie c’est aussi des millions d’existences contraintes, de petits bonheurs universels gâchés, de destinées retardées. Des millions de gens qui ont vécu, vivent, et vivront une autre existence que la leur, une autre vie que la leur, qui marcheront à côté d’eux-mêmes, qui passeront à côté de ce que, au fond, ils étaient destinés à connaître, à aimer, et chérir, et jouir. Ce que nous voulons toutes et tous. Une vie à nous. Une vie qui nous ressemble et nous appartienne.

L’homophobie, la lesbophobie, la transphobie, c’est d’abord des ombres et des millions de vies ratées.

Baptiste Beaulieau

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Extrait d’un article posté sur Facebook par Baptiste Beaulieu. L’article a également été repris sur le blog Alors voilà, et par le média Huffington Post.

Source photo : extrait de « Su historia », un projet photographique de Nick Fuentes

Et si je t’aime, resteras-tu ?

Et si je t’aime, me laisseras-tu en aimer un autre que toi
qui a sa place, toute sa place,
qui a la première place,
et qui ne m’empêche pas de t’aimer ?

Le permettras-tu, sans t’en aller ?

Et si je t’aime,
te laisserai-je, moi aussi, être aimé
par cet Autre qui nous dépasse et nous rejoint ?

Une fois l’appel intérieur entendu,
rien ne peut nous empêcher d’avancer vers lui,
même pas notre amour.

Saurais-je te garder avec moi,
quand mon coeur sera en éveil et comme saisi
par cet Autre que toi que pourtant tu permets ?

Je sais bien que notre amour
ne sera jamais que le pâle reflet dans lequel l’Autre Amour, le Tout Amour,
nous saisit et nous éveille à Lui.

Nous pouvons être signes de cet Amour,
nous recevoir de Lui et tout rapporter à Lui,
mais nous ne pouvons empêcher qu’il parle à chacun différemment.
Toi, Moi.

Quel est ce mystère,
d’avoir le cœur apaisé par le havre où il s’amarre
et d’entendre en même temps l’appel à partir plus loin ?

C’est Dieu.

Eternellement ici et là-bas.
Eternel mouvement,
entre voyage et repos,
immanence et transcendance
donner et recevoir,
goûter l’amour et le chercher plus grand encore.

Se donner, se recevoir, et se partager.

Toi vers qui mon cœur penchera
et qui me confiera le tien,
sauras-tu entendre et comprendre
cette invite au voyage
et le laisser se dérouler comme il se doit ?

Nous ne sommes résolument que des compagnons de voyage,
Celui qui nous relie, peut nous séparer aussi.

Il ne le fera pas tant que nos routes convergent,
tant que le chemin de l’un est le chemin de l’autre.

Sans vaine confusion.

Si l’amour nous unit, nous ne sommes pourtant pas uns.
C’est Lui, et lui seul qui unit.

Nous ne sommes que des compagnons de voyage.

Zabulon – 5 novembre 2017

Source photo : istock sur forward.com


®Sylvain Rabouille

 

– Comment te trouver ?
– Tu ne me trouveras pas. Tu m’as déjà trouvé.
– Mais où es-tu ? Je ne te vois pas, je ne te sens pas
– Vraiment ?
– Sinon… cette sensation que tu es là tout proche, ce désir de te toucher ou être touché par toi.
– Tu vois.
– Mais tu es toujours ailleurs…
– Non. C’est toi qui es ailleurs. Moi, je suis là.
– Alors pourquoi suis-je empêtré par tout ce moi-même qui m’empêche de te voir ?
– Tu l’as dit : parce que tu es empêtré. Lâche…
– Mais…
– Quoi ?
– Mais… S’il n’y avait rien…
– Ah ! La voilà la vraie question de la foi. Celle de la confiance. Soit tu lâches encore un peu de toi. En fait, tout. Et tu avances. Soit tu restes sur le pas de la porte à voir de la lumière entre les jointures, à observer la fête de loin sans t’y laisser inviter.
– Ca paraît si simple et c’est si dur. D’avancer.
– Oui parce que tu te trompes de perspective. Comme souvent, tu considères les choses à l’envers comme dans un miroir, ou comme dans un négatif photographique et tu prends ce que tu vois pour la réalité.
– Je ne comprends pas.
– Essaie d’inverser les verbes de ta dernière phrase : Ca paraît si simple et c’est si dur. Ca donnerait quoi ?
– Ca donne : c’est si simple et ça paraît si dur.
– Voilà qui est juste. C’est exactement cela. Ca « paraît » dur, mais ce n’est qu’une illusion. C’est en fait simple ; il suffit d’être là avec moi. Il n’y a pas d’autre chemin. Arrêter les choses à l’envers, arrêter d’inverser les perspectives. Rentrer en toi pour me trouver plutôt que me chercher à l’extérieur. Toujours plus loin et plus profondément en toi. Donc, en lâchant tes pseudo-sécurités extérieures auquel tu te retiens comme au bastingage d’un bateau qui est en train de couler. Mais plonge ! Rejoins-moi !
– Ce truc-là, d’inverser les mots… C’est un des signes de dyslexie.
– Eh bien, prends-en leçon : pour beaucoup, ce qui empêche d’avancer, c’est cette sorte de dyslexie spirituelle.

Zabulon – 2 septembre 2017

Source image : oeuvre de Sylvain Rabouille, en vente sur son site ainsi que de nombreux autres sujets : sbrartisteblog.wordpress.com

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Le coming-out, littéralement » sortie du placard »  pour dire l’acte et le moment où l’on révèle son homosexualité publiquement est toujours un passage délicat. La littérature et les médias ont tendance à le valoriser, ce qui est certes louable pour aider ceux qui en ont besoin à passer le cap mais qui peut aussi contribuer au malaise de ceux qui n’y sont pas encore prêts.
C’est une question qui revient régulièrement dans les conversations que j’ai à cause de ce blog et il m’a semblé utile de publier en français un petit article, originellement en anglais, que j’ai trouvé très bien fait sur le sujet, parce que respectueux des personnes auxquelles il s’adresse et laissant ouvertes toutes les possibilités.

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Pourquoi est-ce que je ne veux pas faire de coming out ?

Même lorsqu’on pense qu’on va être soutenu, faire un « coming-out » n’est pass facile pour chaque adolescent.

Un adolescent nous écrit:

« Bon, je connais des jolies filles, mais je préfère vraiment un garçon mignon. Donc, je pense que ça fait de moi un bisexuel. J’ai nié que j’étais attiré par les garçons pendant longtemps, mais maintenant je suis absolument sûr. Maintenant que je sais que j’aime les garçons, l’étape suivante est : est-ce que je dois faire un coming-out ?

Le principal problème est évident : mes amis m’aimeront-ils toujours et ma famille m’acceptera-t-elle? Je suis sûr à 99,99% que ma famille sera d’accord avec ça et je suis sûr à 100% que mes meilleurs amis m’aimeront encore. Alors, POURQUOI JE NE VEUX PAS FAIRE DE COMING OUT ???

Au début, je pensais que j’avais peur d’être ridiculisé par des gens avec qui je ne suis pas ami. Mais je me connais et je sais que je ne me renierai pas à cause de ce que pensent des étrangers pour moi. Donc, si ce n’est pas le cas, alors, qu’est-ce que c’est? « 

C’est une très bonne question ! Maintenant, personne d’autre ne peut répondre vraiment à ta place, mais je peux te donner quelques idées.

  1. « Sortir du placard » n’est pas toujours une bonne expérience. Alors que ce serait formidable si les coming-out se passaient tous bien, parfois il arrive que cela se passe mal.
  2. Un coming-out est une démarche vraiment personnelle. Lorsque vous dites aux gens que vous êtes LGBT, vous partagez quelque chose de très intime à votre sujet qui peut vous faire sentir exposé et vulnérable, même si vous êtes soutenu par vos amis et par votre famille.
  3. Faire un coming-out vous oblige à parler de sexualité. Évidemment, l’orientation sexuelle est beaucoup plus que le sexe, mais le sexe n’est pas absent de l’équation. On ne demande pas à l’ensemble des jeunes hétéros de s’identifier publiquement ou même de faire savoir vers qui ils sont attirés, mais c’est ce que nous sommes en train de faire quand nous nous attendons à ce que des ados LGBT fassent un coming-out.

Déterminer ta propre orientation sexuelle n’est en fait qu’une partie de l’équation. Tu peu décider de le révéler immédiatement après, ou pas avant longtemps.

Parfois, il y a des pressions pour se révéler, mais le fait de faire ton coming-out seulement quand c’est le bon moment pour toi, et non pas quand il correspond au calendrier de quelqu’un d’autre, est la clé.

Un autre adolescent suggère de faire le coming-out par étapes:

« Si j’étais toi, je commencerais par ma famille, peut-être un frère ou une soeur dont tu es proche d’abord, puis tes parents. Alors, s’ils sont cool avec ça, cela devrait renforcer ta confiance pour le dire à tes amis: tes amis les plus proches d’abord. Mais même si les gens sont un peu mal à l’aise avec toi au début, cela va probablement s’arranger en peu de temps – ne t’inquiète pas ! Les gens peuvent ne pas comprendre d’abord, mais aucun de tes amis proches ne se moquera de toi. Si tu as encore peur de le dire aux gens, commence par le dire d’abord à : tous les homosexuels ou  bisexuels que tu connais, tes meilleurs amis, les personnes que tu connais et qui sont cool avec l’homosexualité, etc. « 

C’est un très bon conseil. Alors que nous pensons souvent à faire un coming-out comme une grande déclaration solennelle, pour la plupart des gens, c’est quelque chose qui arrive à différents moments selon les personnes à qui le dire.

Trouver ne serait-ce qu’une personne avec qui tu peux en parler peut être vraiment utile. Tu peux très bien ne pas être prêt à révéler ton homosexualité à tous tes amis et à ta famille, mais identifier une personne en qui tu as confiance et avec qui tu peux partager ce que tu traverses, ce qui te ferait sentir beaucoup moins troublé et stressé.

Et même, il est parfaitement normal de ne pas vouloir faire de coming-out. Tu n’as pas à te sentir mal pour cela et à te forcer à ce coming-out  si tu n’es pas prêt. Prends ton temps et accorde-toi une pause !

 

Texte et photo : article d’ Ellen Friedrichs publié sur www.liveabout.com,le 27 octobre 2016.