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Le coming-out, littéralement » sortie du placard »  pour dire l’acte et le moment où l’on révèle son homosexualité publiquement est toujours un passage délicat. La littérature et les médias ont tendance à le valoriser, ce qui est certes louable pour aider ceux qui en ont besoin à passer le cap mais qui peut aussi contribuer au malaise de ceux qui n’y sont pas encore prêts.
C’est une question qui revient régulièrement dans les conversations que j’ai à cause de ce blog et il m’a semblé utile de publier en français un petit article, originellement en anglais, que j’ai trouvé très bien fait sur le sujet, parce que respectueux des personnes auxquelles il s’adresse et laissant ouvertes toutes les possibilités.

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Pourquoi est-ce que je ne veux pas faire de coming out ?

Même lorsqu’on pense qu’on va être soutenu, faire un « coming-out » n’est pass facile pour chaque adolescent.

Un adolescent nous écrit:

« Bon, je connais des jolies filles, mais je préfère vraiment un garçon mignon. Donc, je pense que ça fait de moi un bisexuel. J’ai nié que j’étais attiré par les garçons pendant longtemps, mais maintenant je suis absolument sûr. Maintenant que je sais que j’aime les garçons, l’étape suivante est : est-ce que je dois faire un coming-out ?

Le principal problème est évident : mes amis m’aimeront-ils toujours et ma famille m’acceptera-t-elle? Je suis sûr à 99,99% que ma famille sera d’accord avec ça et je suis sûr à 100% que mes meilleurs amis m’aimeront encore. Alors, POURQUOI JE NE VEUX PAS FAIRE DE COMING OUT ???

Au début, je pensais que j’avais peur d’être ridiculisé par des gens avec qui je ne suis pas ami. Mais je me connais et je sais que je ne me renierai pas à cause de ce que pensent des étrangers pour moi. Donc, si ce n’est pas le cas, alors, qu’est-ce que c’est? « 

C’est une très bonne question ! Maintenant, personne d’autre ne peut répondre vraiment à ta place, mais je peux te donner quelques idées.

  1. « Sortir du placard » n’est pas toujours une bonne expérience. Alors que ce serait formidable si les coming-out se passaient tous bien, parfois il arrive que cela se passe mal.
  2. Un coming-out est une démarche vraiment personnelle. Lorsque vous dites aux gens que vous êtes LGBT, vous partagez quelque chose de très intime à votre sujet qui peut vous faire sentir exposé et vulnérable, même si vous êtes soutenu par vos amis et par votre famille.
  3. Faire un coming-out vous oblige à parler de sexualité. Évidemment, l’orientation sexuelle est beaucoup plus que le sexe, mais le sexe n’est pas absent de l’équation. On ne demande pas à l’ensemble des jeunes hétéros de s’identifier publiquement ou même de faire savoir vers qui ils sont attirés, mais c’est ce que nous sommes en train de faire quand nous nous attendons à ce que des ados LGBT fassent un coming-out.

Déterminer ta propre orientation sexuelle n’est en fait qu’une partie de l’équation. Tu peu décider de le révéler immédiatement après, ou pas avant longtemps.

Parfois, il y a des pressions pour se révéler, mais le fait de faire ton coming-out seulement quand c’est le bon moment pour toi, et non pas quand il correspond au calendrier de quelqu’un d’autre, est la clé.

Un autre adolescent suggère de faire le coming-out par étapes:

« Si j’étais toi, je commencerais par ma famille, peut-être un frère ou une soeur dont tu es proche d’abord, puis tes parents. Alors, s’ils sont cool avec ça, cela devrait renforcer ta confiance pour le dire à tes amis: tes amis les plus proches d’abord. Mais même si les gens sont un peu mal à l’aise avec toi au début, cela va probablement s’arranger en peu de temps – ne t’inquiète pas ! Les gens peuvent ne pas comprendre d’abord, mais aucun de tes amis proches ne se moquera de toi. Si tu as encore peur de le dire aux gens, commence par le dire d’abord à : tous les homosexuels ou  bisexuels que tu connais, tes meilleurs amis, les personnes que tu connais et qui sont cool avec l’homosexualité, etc. « 

C’est un très bon conseil. Alors que nous pensons souvent à faire un coming-out comme une grande déclaration solennelle, pour la plupart des gens, c’est quelque chose qui arrive à différents moments selon les personnes à qui le dire.

Trouver ne serait-ce qu’une personne avec qui tu peux en parler peut être vraiment utile. Tu peux très bien ne pas être prêt à révéler ton homosexualité à tous tes amis et à ta famille, mais identifier une personne en qui tu as confiance et avec qui tu peux partager ce que tu traverses, ce qui te ferait sentir beaucoup moins troublé et stressé.

Et même, il est parfaitement normal de ne pas vouloir faire de coming-out. Tu n’as pas à te sentir mal pour cela et à te forcer à ce coming-out  si tu n’es pas prêt. Prends ton temps et accorde-toi une pause !

 

Texte et photo : article d’ Ellen Friedrichs publié sur www.liveabout.com,le 27 octobre 2016.

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Je vous partage ce poème magnifique d’une jeune fille lesbienne qui proclame sa foi tout en assumant sa lesbianité. Par respect pour l’auteur, je l’ai laissé au féminin et ai choisi une illustration correspondante. En lisant ce poème en anglais, je n’avais pas compris immédiatement que c’était une jeune femme qui parlait (« I’m a gay christian. ») mais au total je comprends mieux encore la solidarité LGBT qu’outre-Atlantique on désigne de plus en plus par le mot « queer » de manière à ne pas insister sur telle ou telle singularité : homme, femme, gay, lesbienne, transgenre, bisexuel-le, asexuel-le… Or, tous ont en commun d’être ressentis comme « étranges », ce qui est à proprement parler le sens du mot « queer » et la souffrance que chaque population éprouve dans son chemin d’acceptation par soi et par les autres les rend profondément sensibles aux souffrances éprouvées par les autres singularités.

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Je suis une chrétienne gay.

Constamment, je suis étiquetée comme une hypocrite
parce que j’ai confiance en un Dieu qui apparemment
ne m’accepte pas.

Dieu appelle tout le monde à lui.
C’est l’église qui ne m’accepte pas.

Mes prières ne seraient-elles pas été entendues parce que
tous les soirs avant de me coucher, j’embrasse les lèvres d’une femme
au lieu de celles d’un homme?

Quand je m’agenouille devant la croix,
est-ce que je viens juste d’être sale
parce que je me suis également agenouillée
entre les cuisses d’une fille?

Je suis une chrétienne gay.

Chaque jour, on me dit: « Mais la Bible déclare clairement que
le mariage est entre un homme et une femme.
Comment justifiez-vous cela? »

Je pourrais en dire long sur le contexte historique
et la manière de lire entre les lignes.

Est-ce que ma compréhension de la Bible a une moindre
importance que la vôtre parce que vous prenez tout au mot près
et que ma foi me rend certaine que Dieu m’aime toujours?

Quand je lève les mains dans la prière,
est-ce que c’est en vain juste parce que
ces mains tiennent aussi ma petite amie la nuit?

Je suis une chrétienne gay.

Lorsque j’ai fait mon coming out,
j’ai reçu des messages sur Facebook citant le Lévitique,
des versets j’ai entendu mille fois.

Il est facile de se cacher derrière un écran d’ordinateur
pour me dire des choses que je peux vous répéter mot pour mot.

Est-ce que je ne suis pas autorisée dans l’église
parce que vous avez peur que j’essaie de convertir
tout le monde à être quelque chose qui n’est pas votre choix ?

Quand je lis la Bible,
est-ce que je suis incapable de de voir ce qu’elle dit
parce que ma «maladie» l’empêcherait?

Je suis une chrétienne gay.

On m’a dit que j’avais choisi de m’identifier comme gay,
mais, en fait, j’ai juste fait le choix d’accueillir ce que Dieu a fait
de moi pour que je sois heureuse.

La plupart des croyants n’ont aucune idée de ce que vous sentez
lorsque vous êtes attirée par quelqu’un
que vous n’êtes pas censé aimer.

Quand je regarde les yeux de mon aimée,
n’est-ce pas la même chose que ce qu’un homme et une femme
voient dans les yeux l’un de l’autre ?

À mon mariage, je vais commencer à pleurer lorsque je verrai ma mariée
descendant l’allée en blanc, alors dites-moi
que ce n’est pas le même amour!

Je suis une chrétienne gay.

Source : Musings and Rants of a Sketchbook Artist

Photo : extrait d’une vidéo faite par Monkey Business Images

La lettre qui suit a été écrite par David M. Daniel, un jeune écrivain et blogueur américain après des échanges amicaux sur internet. Flatté dans un premier temps qu’on lui dise que ça n’était pas grave s’il était gay, il se rend compte dans un second temps qu’en fait il est touché et que cela a bien plus d’importance qu’il n’y paraît. Au total, c’est une belle leçon sur l’acceptation de soi-même et sur la nécessaire acceptation de l’intégralité de l’autre qu’il nous offre.

Cher Ami,

L’autre jour, nous avons eu une conversation dans laquelle tu m’as assuré que « ça n’avait pas d’importance pour toi que je sois gay ». À ce moment-là, je t’ai dit que je comprenais et que j’appréciais que tu me rassures. Tu as ensuite posé quelques questions sur les raisons pour lesquelles être homosexuel est encore aujourd’hui un si grand problème. Tu as exprimé ta vision du monde dans lequel être gay a la même importance que la couleur des yeux, et tu m’as demandé si ce n’était pas ce que je souhaitais voir arriver. Tu as également développé le spectre de la discrimination inverse et as demandé si c’était ta responsabilité de faire en sorte que quelqu’un, qui se découvre gay, se sente plus spécialement reconnu pour cet aspect que pour d’autres traits qui ont également façonné sa personne (comme ses talents ou ses réalisations).

Tous ces points étaient excellents. Je veux voir un monde où l’homosexualité n’est plus un sujet de préoccupation, et beaucoup moins de discrimination. Je ne veux pas que tu sentes que tu dois être prudent à propos de moi, ou que j’ai besoin de toi pour être sûr de me donner une reconnaissance en étoiles d’or pour mon homosexualité (bien que pour être juste, je suis gay, j’aime les étoiles d’or) à chaque fois que nous parlons. Et je ne veux certainement pas non plus que tu aies l’impression que ma communauté attend d’être mieux traitée juste à cause de notre orientation sexuelle.

Mais après y avoir pensé, et avoir réalisé combien tes mots m’ont piqué, alors qu’à la surface, ils n’auraient pas dû, j’ai enfin trouvé ce que je voulais dire. Et je suis désolé de ne pas avoir eu les mots pour te le dire plus clairement alors.

La raison pour laquelle ça me fait mal quand tu dis que « ça n’a pas d’importance » pour toi que je sois gay, c’est que tu passes à côté de ce que signifie pour moi « être gay ».

La raison pour laquelle ça me fait mal quand tu dis que « ça n’a pas d’importance » pour toi que je sois gay, c’est que tu passes, au moins avec tes mots, à côté de ce que signifie pour moi « être gay ». Oui, je veux vivre dans un monde où un garçon qui aime les garçons ce n’est pas grave, mais la vérité c’est que mes parents ne m’ont jamais envoyé à une thérapie réparatrice pour avoir des yeux noisette. Je n’ai jamais été battu à l’école pour avoir des cheveux bruns. Je ne me suis jamais senti nerveux que mon patron puisse découvrir que j’apprécie Shakespeare et me congédie au grand jour pour avoir assisté à une représentation en direct de l’une de ses pièces.

Mais j’ai connu toutes ces choses en raison de mon orientation sexuelle.

En fait, j’ai beaucoup souffert au cours des années, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur, pour le simple fait que je préfère la compagnie intime d’autres hommes.

Et tu sais quoi? Cette souffrance m’a fait beaucoup de bien. Je sais aujourd’hui que je suis une personne plus forte pour avoir survécu à mon adolescence. Et plus que cela, j’ai une compassion profonde et permanente pour les autres qui souffrent comme moi, non seulement en raison de leur orientation sexuelle, mais en raison de toute différence que la société les oblige à cacher.

Encore plus que cela, j’apprécie en moi une certaine créativité et l’amour pour la beauté, ainsi qu’un esprit mélancolique qui fait que beaucoup de gens m’ont étiqueté bizarre ou mou quand j’étais jeune. Maintenant que je connais de nombreux autres hommes homosexuels, je sais que ces traits sont assez communs chez les autres hommes qui s’identifient aussi comme homosexuels. Je ne dis pas que tout est «génétique», mais je dirais que je semble avoir une personnalité assez normalement gay, et j’aime vraiment ces choses à propos de moi. Et toi aussi. Je le sais, parce que tu me l’as beaucoup dit.

Il n’y a pas une seule personne vivante identifiée gay qui n’a pas connu de discrimination, inégalité et peur; en raison d’une caractéristique de sa personnalité sur laquelle elle n’a aucun contrôle.

Je pourrais continuer ainsi, mais ce à quoi je veux en venir, c’est que quand tu dis que je sois gay n’a pas d’importance, j’imagine que ce que tu essaies de dire, c’est que tu te fiches de ce que je fais avec mon pénis. Et la plupart du temps, c’est là que je te trouve, et ça m’est égal de te trouver là. Mais je dois toujours te trouver là. Je dois passer de mon idée de qui je suis à ton idée de qui je suis pour recevoir ton amour. Et si tu me demandes pourquoi je dois faire un tel saut, je vais essayer de te répondre.

Donc, quand tu me demandes pourquoi éviter le sujet de l’orientation sexuelle de quelqu’un est encore un gros problème, je voudrais que tu saches qu’une autre orientation sexuelle ou de genre, dans ce pays, en ce moment, ne concerne pas seulement ce que nous aimons faire avec nos organes génitaux et c’est universellement un «gros problème» pour ceux d’entre nous qui le vivons.

Il n’y a pas une seule personne vivante identifiée gay qui n’a pas connu de discrimination, inégalité et peur ; en raison d’une caractéristique de sa personnalité sur laquelle elle n’a aucun contrôle

Et, du coup, tu ne connais pas une seule personne gay qui n’a pas été façonnée profondément par cette expérience. Je veux, très désespérément, que tu comprennes cela. Il n’y a pas une seule personne gay qui n’a pas été indélébilement influencée par son orientation. Nous avons tous une histoire de coming out (ou une histoire de placard), et beaucoup d’entre nous n’y survivent pas. Je ne veux pas jouer la victime ici, mais il est important pour moi que tu saches qu’être gay, lesbienne, bisexuel ou transsexuel ne concerne pas que moi, mais tous ceux qui sont comme moi, et le fardeau collectif de notre lutte commune.

Oui, un jour, il y aura un monde où cela ne sera pas vrai, mais nous n’y sommes pas encore. Et quand tu dis que cela n’a pas d’importance, ma réaction intestinale est  » Va te faire foutre, bien sûr que ça en a ! » (« Fuck you, yes it does »).

Tu ne peux pas m’avoir sans que je sois gay. Tu n’obtiens pas ma compassion sans ma douleur, tu ne gagnes pas ma créativité sans ma vision du monde, et tu ne peux pas toucher mon essence en la séparant de ma sexualité. Dire que le fait que je sois gay n’a pas d’importance pour toi, c’est comme dire que le sucre n’a pas d’importance dans les gâteaux que tu aimes. Ce n’est pas seulement important, c’est une partie essentielle de ce que tu aimes.

Et ce que j’attends de toi, comme quelqu’un qui m’aime, c’est que tu m’apprécies à cause de toutes les parties qui me composent, non pas en dépit de celles-ci. Et plus encore, je veux avoir avec toi ce genre d’intimité où tu sais combien cette sexualité a été importante pour faire qui je suis, et où tu as l’occasion de comprendre que lorsque je m’identifie comme gay, je possède une histoire, et une communauté, et toute un ensemble d’expressions personnelles, et non simplement une préférence limitée dans le temps.

Et quand tu dis que cela n’a pas d’importance, ma réaction intestinale est  » Va te faire foutre, bien sûr que ça en a ! »

Enfin, ce que j’espère vraiment, c’est que si je peux me montrer aussi vulnérable pour partager avec toi les vérités difficiles que j’ai apprises sur moi-même et l’importance de mon orientation sexuelle dans la constitution de mon identité, un jour, quand tu rencontreras des gens qui sont gay, tu te souviennes que, qu’ils le sachent ou non, une grande partie de leur étrangeté vient de leurs expériences en tant que gay. Et quand tu te diras que tu les aimes et que tu pressentiras sincèrement qu’en grande partie c’est à cause de ces expériences, tu risques de les choquer et de leur donner comme une tape sur la tête pour avancer sur ce dur voyage d’auto-acceptation que nous traversons tous, nous les êtres humains.

Un jour, j’espère que la phrase, « Ca n’a pas d’importance que tu sois gay, je t’aime pour toi » sera suffisante.

Mais pour l’instant, si tu dois encore différencier mon orientation de mon identité, je pense que « chéri, tu es un enfoiré de gay et je t’aime pour ça » est un avis beaucoup plus sûr.

Avec amour (et un accent particulier sur toutes les choses qui te rendent unique),

David

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Source texte: un article de David M. Daniel, intitulé « Why should it even matter that you’re GAY? » publié sur son blog, www.dmdaniel.com, le 26 janvier 2013.

Source photo : Jake Choi et James Chen dans le film Front Cover

Il y a un an, je décrivais une curieuse Pentecôte qui survenait en ma vie. Les mots étaient maladroits et enfermants, les impressions confuses à exprimer alors qu’elles étaient si claires dans l’instant. Suite à cet article, un lecteur m’interpellait quelques jours plus tard, m’invitant à en dire plus mais déjà le vent était passé et je ne savais plus raconter cette expérience.

Aujourd’hui, il m’en reste le souvenir d’une sorte de magma intérieur qui monte, déborde, emplit tout, et est de nature bienfaisante. Une profondeur qui se réveille, une marée montante qui submerge et berce en même temps.

Depuis que s’est-il passé? Y a-t-il des effets, des fruits ? Il m’est difficile de le dire. Il me semble que oui mais comment l’affirmer ? Ils sont parfois si ténus, si discrets.

Cet événement survenait à la faveur d’une sorte de « coming out » intérieur et d’accueil bienveillant par quelques personnes à orientation homosexuelle. Sur le deuxième point, je ne m’attarderai pas trop, il y eût moults rebondissements, pas tous heureux, en général dus à ma naïveté. Sur le premier point, par contre, il y a encore beaucoup à explorer et à partager.

Quand je parle de « coming out », je parle de l’acceptation par soi-même à soi-même d’une partie de son être. En taisant ou en occultant mon homosensibilité, une partie de moi ne pouvait s’épanouir, se dire, se déployer. Il me semble qu’une partie de l’expérience vécue à la Pentecôte 2017 s’origine en ceci qu’une partie de moi est désormais enfin libre et mon être à pu se vivre de l’intérieur comme des retrouvailles et une unification bienfaisante.

Or, l’Esprit Saint est bien ce souffle qui vient de l’intérieur pousser vers de nouveaux horizons. Comme je l’ai expliqué dans un autre article (ici), l’Esprit-Saint est un souffle puissant qui vient nous saisir de l’intérieur. Au jour de Pentecôte, « ça se voit ou s’entend à l’extérieur,comme des langues, mais ça s’installe, ça s’assoit, à l’intérieur, comme un feu ardent. »

Aujourd’hui, je peux juste constater qu’une conviction en moi s’est épurée et renforcée. Celle que le Seigneur parle à travers ce que je suis et me demande d’aller jusqu’au bout de ce que je suis.

Ce qui suppose, antérieurement, d’accepter et assumer ce que je suis. Non pas pour le valoriser, l’imposer à d’autres ou à moi-même, mais pour glorifier Dieu dans sa grande bonté et sagesse. Il s’agit d’un acte de réception et d’émerveillement devant le don de Dieu.

Ce qui suppose et entraîne en même temps de lever les peurs d’être soi. J’ai failli écrire « d’être soi-même », mais ce « -même », même s’il est vrai, est dérangeant, c’est lui qui limite les choses en les conditionnant, en les voulant à son image, c’est-à-dire dans la limite de ses limites. Etre soi est plus grand, plus fort, plus inattendu que d’être soi-même. Cela dépasse, l’ego, les formes, les conditionnements. Dans le soi, surgit l’Être.

Donc, lever les peurs d’être soi. Il n’y a pas de peur à être soi là où il pourrait y en avoir à être soi-même. Mais Quelqu’un me fonde au delà de ce que je pense que je suis, au delà de ce que j’ai découvert de ce que je suis. Il suffit de se laisser Être.

Je ne peux m’empêcher de relire cette expérience en termes de pistes pastorales pour quiconque voudrait emprunter ce chemin ou devrait accompagner des personnes qui l’empruntent. Lever les peurs d’être soi-même ou d’être soi implique deux postures :

– accompagner le chemin de découverte et d’acceptation de soi
– bannir les interdits d’être ceci ou cela

Rencontrer le soi passe par cette acceptation. Toute limitation à être soi retarde ce chemin d’acceptation qui est aussi chemin de rencontre avec Dieu et capacité à s’accueillir joyeusement comme une manifestation de sa présence et de son amour (d’autres diront de sa gloire) en nos vies.

Ce chemin d’acceptation passe par le fait d’assumer ce qu’on est et devenir intègre, c’est-à-dire « intégral », complet, l’orientation sexuelle n’étant qu’une des nombreuses dimensions de la personne humaine même si celle-ci est importante et colorée plus ou moins fortement dans la conscience de soi.

Sans préjuger de la manière de vivre que choisira chacun, ce chemin d’acceptation est nécessaire pour paraître en vérité. Paraître en vérité non devant les sociétés humaines mais devant Soi et ultimement devant notre origine, devant le Créateur.

Voilà, une partie de ce que l’Esprit de Pentecôte a travaillé en moi depuis un an. Puissent ce chemin et cet article servir à d’autres !

Z – 4 juin 2017

Source photo : humanis group

Je reproduis ci-dessous quelques extraits d’un commentaire fait par une blogueuse sur le livre de Krzysztof Charamsa intitulé La première pierre – Moi, prêtre gay, face à l’hypocrisie de l’Eglise. Je ne commenterai pas le livre lui-même puisque je ne l’ai pas lu et, à vrai dire, n’ai pas envie de le lire tellement je suis déjà à peu près certain de ce que je trouverais dedans. Le père Charamsa, comme ouvrier qualifié du Vatican connaissait l’hypocrisie qu’il dénonce aujourd’hui et probablement s’en est-il satisfait un temps. Cet étrange paradoxe maintes fois relevé et étudié par les psychologues, qui fait qu’on est à la fois victime et complice du forfait…

Las ! Ce n’est même pas de l’hypocrisie dénoncée que j’ai envie de parler. La blogueuse de graine de moutarde exprime assez bien ce qu’il faut en penser. Non, ce qui m’interpelle, ce sont les deux questions sous-jacentes à son commentaire : d’une part, celle d’ouvrir le clergé aux sciences humaines et aux réalités d’aujourd’hui et, d’autre part, d’enfin oser une théologie qui prenne en compte ces nouvelles informations sur l’humanité et son évolution.

D’où ma propre question : à quand la théologie se saisira-t-elle de ce dossier à nouveaux frais ? C’est une question de vérité mais aussi de charité spirituelle. Tant de croyants – des jeunes et des vieux, des laïcs et des religieux, des hommes et des femmes – tant de chrétiens sincères se sentent perdus, abandonnés, rejetés, dévalorisés du fait de leur orientation sexuelle alors que le message chrétien est que depuis la Résurrection, il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus (Galates 3, 28).

Je ne sais pas si le péché originel, la loi naturelle et tutti quanti sont les concepts prioritaires à revisiter (comme le suggère notre amie blogueuse) mais il est certain que si nous ne sommes pas condamnés par le Christ à cause de notre orientation sexuelle, l’Eglise usurperait son pouvoir si elle le faisait à sa place.

Si nous ne sommes pas condamnés par le Christ à cause de l’orientation sexuelle, comment intégrer cette dimension dans la vie spirituelle ? Comment « c’est » quand on arrête d’avoir une vie spirituelle « malgré » l’homosexualité et qu’on peut la peut déployer « avec » cette dimension intégrée, acceptée et valorisée dans sa personnalité ?

Que ce soit aux niveaux théologique, spirituel ou pastoral, c’est un énorme chantier où seuls quelques précurseurs ont osé se risquer dans la sphère francophone de l’Eglise. Sur ce plan-là, la théologie nord-américaine est bien plus en avance, et notamment dans les églises de tradition protestante.

A défaut de recherche, on pourrait au moins traduire et publier en français les meilleurs ouvrages sur ce sujet. Cela rendrait service aux pasteurs et accompagnateurs d’aumônerie qui agissent avec un coeur sincère. Qu’attendent donc nos éditeurs francophones?

A quand la théologie…

Z – 8/5/2017

« Ce qui m’a frappé dans le livre de K. Charamsa, c’est vraiment la dénonciation d’un système qui pousse les catholiques homosexuels à nier une part de leur identité, à intégrer totalement cette homophobie institutionnalisée. Cela m’a rappelé plusieurs conversations avec des amis concernés, d’ailleurs, qui ont tous passé le cap du coming-out un jour ou l’autre mais ont également ressenti cette pression parfaitement intériorisée – qui poussait un certain nombre d’entre eux tant à vivre des relations hétérosexuelles parfaitement douloureuses, qu’à envisager le sacerdoce qui leur permettrait de sublimer ce qu’ils considèrent comme des pulsions irrémédiablement peccamineuses. (…)

Et comme tout système de ce type, il est bien entendu nié par ceux-là même qui l’entretiennent, et, sans doute sincèrement, ne mesurent pas ce qu’ils imposent, voire estiment œuvrer au bien commun. L’autre constat terrible est le refus de l’Église de lire les travaux qui démontreraient qu’une partie de son discours sur l’humain est erronée ; les passages sur la manière dont la Congrégation pour la doctrine de la foi les envisage, sur comment ses membres plaisantent d’une littérature de toutes façons sulfureuse qui provoquerait le soupçon sur eux s’ils s’avisaient de la travailler ouvertement, révèlent ce qui est sans doute l’un des plus grands scandales de l’Église d’aujourd’hui : sa fermeture intellectuelle.

J’ai quelques regrets. K. Charamsa est un théologien, et j’aimerais éventuellement qu’il s’empare de son sujet sous cet angle. Il dénonce ici des faits, il décrit des souffrances et une libération, mais il ne traite pas du sujet de fond que serait la lecture catholique de l’homosexualité (et tout ce qu’elle implique de vision de la personne, du péché, de la « loi naturelle » etc.). Ce n’était pas son objet. »

Source texte cité : grainedemoutarde.wordpress.com

Source photo : medias-presseinfo