Rien ne laisse plus intranquille qu’une rencontre. Qu’elle génère de l’agacement, de la passion, un trouble, une reconnaissance, une dette, une familiarité inédite, une étrangeté dérangeante, la rencontre laisse dans son sillage un visage et des questions irréductibles. Questions légères qu’on aura semées au premier virage, questions lancinantes qui nous hanteront longtemps : qui est cet autre dont je n’arrive pas à oublier le visage et dont les paroles me rattrapent dans le silence ? Qu’est-il venu semer dans ma vie? Un renouveau salvateur, une confusion qui me menace gratuitement ? On ne sort jamais indemne de l’épreuve d’altérité, à moins bien sûr de toucher sans se laisser toucher, de parler sans entendre en retour, de contourner ce qui en l’autre est inédit.

Marion Muller-Colard, L’intranquillité.

Source photo : pinterest

Un jour j’ai rencontré dans une de nos rues,
une rue de banlieue qui n’avait vraiment rien d’héroïque,
un homme
dont j’aurais cru volontiers qu’il était un ange de passage,
et qui n’était en réalité qu’un pauvre gars pensionnaire à l’hospice.
Mais cet homme que j’ai vu passer
m’a expliqué et, mieux que beaucoup de livres,
m’a démontré
ce que c’est, la véritable pauvreté
de celui qui doit aller, léger, dépossédé,
dans votre esprit.

Il avait des vêtements très ordinaires,
des vêtements qu’on ne remarquait pas.
Ses yeux regardaient droit devant lui,
avec une limpidité qui se communiquait aux choses.
La rue entière en était rajeunie,
et semblait exister pour la première fois.
Il ne portait rien dans ses mains.
Ses poches étaient plates et semblaient légères et ses deux mains
étaient ouvertes et flottaient dans l’air autour de lui.

Peut-être était-il un peu fou.
Et pourtant il était comme une leçon de sagesse.
Tout son travail semblait d’aller, de passer parmi les choses
et les hommes.
il était à lui seul comme une parabole,
comme un signal de véritable pauvreté.
« Car si vous aimez seulement ceux qui vous aiment »…
vous n’aurez pas besoin d’aller…ils viendront à vous.
Mais si vous aimez ceux qui ne vous aiment pas…
il faudra tout le temps marcher à leur rencontre.

C’est la pauvreté de celui qui va.

C’est inouï le nombre de choses qui nous empêchent d’être agiles, d’être légers.
On ne s’en rend pas compte, mais
si du jour au lendemain, nous étions dépossédés,
nous nous trouverions voisiner spontanément avec tout un tas de gens qui nous paraissent habiter au bout du monde.

Madeleine Delbrêl
Pauvreté de celui qui va, Méditation, 1946-1948.

Je finirai bien par te trouver.

Chaque jour,
Je reviendrai sur le chemin
Où j’ai goûté ta Présence,
Et je laisserai mes pas aller
Là où tu les attires.

Chaque jour,
Je m’immergerai dans l’océan de la vie,
Cherchant ta Présence dans l’instant présent,
Au-delà des formes, des idées, des pensées,
Au-delà de tout ce que je croyais savoir.

Je t’attendrai,
Je goûterai ton absence comme ta présence,
Tu es le seul qui peut ravir mon cœur
Et le contenter.

Je t’attendrai,
Oubliant à chaque pas
Comment j’en suis arrivé là,
Oubliant même qui je suis
Pour être à Toi.

Et c’est Toi qui finiras bien par me trouver.

Zabulon – 29/8/2017

Photo : Ian Jacob, photographié par Mariana Bellot-Flores pour summerdiaryproject.com

« La rencontre est le but et le sens d’une vie humaine.
Elle permet qu’on ne la traverse pas en somnambule.
Quand mes yeux se fermeront, ils le feront sur une immense bibliothèque constituée par des visages qui m’auront ému, troublé, éclairé.
Un visage est éclairant quand un être est bienveillant et qu’il est tourné vers autre chose que lui-même.
Le soin qu’il prend de l’autre, l’illumine, le rend vivant.
Il capte une lumière et la renvoie. C’est quelque chose de rare.
La richesse de cette vie est faite surtout de visages et de quelques paroles. »

Christian Bobin

Photo : Pietro Baltazar, Ubiratan Santos, Renan Santana, Paulo Cruz et Alan Mendes, photographiés par Philippe Vogelenzang pour « Made in Brazil« .

Via Loquito… (Merci !)

vivant

Tu me manques, Vincent, tu me manques.
Tellement.

Depuis que je t’ai perdu,
Je cherche l’amour partout
Et je ne le trouve pas.

D’abord j’ai nié, dénié et renié.
J’ai fui
Loin, loin, si loin…
De moi-même.

C’était tellement dur.
Tu étais ma vie,
Mon souffle,
Mon partage,
Mon bonheur.
Je vivais grâce à toi, avec toi, par toi.

Tu te souviens, nos rêves fous,
Les mêmes que nous faisions à distance ?
Tu te souviens nos intuitions, nos délires
Et cette complicité entre nous
Sans qu’il n’y ait besoin d’aucun mot.

Dans la même pièce sans nous regarder
Je sentais ton cœur battre à l’unisson du mien
Et je savais quels étaient tes émois, tes pensées, tes folies.

Le monde entier nous appartenait,
Nous allions le refaire, le parfaire, l’embellir.
Tout était facile, tout était possible.

Oh comme tu me manques.
Comme c’est dur d’avoir été séparés après s’être trouvés.
Comme c’est dur,
Avec ces années de recul,
De s’apercevoir que les chiens qui nous ont séparés
Nous ont volé notre bonheur.

Mais ça ne se fait pas d’être homosexuel, n’est-ce pas,
Dans notre milieu.
Ca ne se faisait tellement pas
Que, même nous, on s’en est convaincu.

J’ai essayé, Vincent,
J’ai essayé
Et je n’y arrive pas.

J’ai essayé,
Et le silence m’a rattrapé.
Pas le bon silence, tu sais.
Non, le silence qui est le vide, le néant.
Celui qui te dit que tu n’es rien,
Que tu ne sers à rien,
Qu’il n’y a rien pour toi par là.

Et je me suis souvenu.
Forcément je me suis souvenu.

Avec toi,
Il n’y avait pas de silence
Même quand nous ne parlions pas.

C’est dur, tu sais, c’est dur.
Parce que je sais bien qu’on ne se retrouvera pas.
Tu dois vivre, comme je l’ai fait,
Ta petite vie d’hétéro, réelle ou cachée,
Tout en me méprisant encore
De t’avoir fait découvrir
Que tu aimais un garçon.
Comme si j’y étais pour quelque chose !

C’est dur, tu sais, c’est dur.
Je ne sais pas si je suis capable d’aimer
Quelqu’un d’autre que toi
Et pourtant j’en ai tellement besoin.

L’ami Ash me dit que j’aime l’idée d’aimer
Et que je confonds ça avec l’amour.
Il a raison, probablement.
Et qu’est-ce que j’y peux ?

On ne refait pas sa vie, n’est-ce pas ?
Je ne peux pas revenir en arrière,
Recommencer, se faire des promesses que cette fois on tiendrait
Sans se laisser influencer par ceux qui n’aiment pas
Que les garçons aiment les garçons.

Mon cœur,
Ma vie.

Jamais
Je n’ai entendu quelqu’un prononcer mon prénom avec tant de douceur
Et de vérité que par toi.

Quand tu me regardais,
Quand tu me parlais,
Quand tu m’écrivais,
Quand tu murmurais mon nom,
J’étais vivant.

C’est cette vie
que je cherche à nouveau
mais tu n’es pas là.

Tu es dans les fins fonds de ma mémoire,
tu es à l’âge du sortir de l’adolescence,
mon premier amour que j’appelle amitié
à un moment où on ne sait pas ce qu’est l’amour.

C’est beau, absolu, désintéressé.
Une fois pour toutes
c’est le bonheur
ou sa promesse.

Comment vais-je retrouver cela?

Z – 4 décembre 2016

Source photo : Fu’ad Ait Aattou et Louis Prades