Amour, où es-tu ?

Où es-tu ,
où es-tu,
où es-tu …

Tu es en moi,
je le sais,
je le sens,
je le vis,
et pourtant,
je ne t’accueille pas
totalement.

Tu es en moi,
et je te cherche
désespérément
en dehors de moi.

Qu’y a-t-il,
en moi,
qui me fasse si peur,
que je ne sois pas
disponible
pour t’accueillir,
t’ouvrir la porte
– les portes –
et te laisser entrer,
me submerger,
m’inonder,
m’abreuver ?

Tu es
ma vie,
toute ma vie,
qu’y a-t-il en moi
qui te fuit
encore ?

Amour,
toi qui ne peux pas ne pas être,
toi qui ne peux pas partir ou t’enfuir,
attends-moi, je viens, j’arrive,
je suis là.

Je sais trop
que ma vie n’a pas de sens
sans ta douce présence.

Tu es mon origine
tu es mon but,
tu es la raison
de mon passage
sur cette terre.

Viens maintenant,
en cette humble existence,
viens me libérer de mes entraves
par cette douce présence
et réaliser
ce pour quoi tu m’as voulu
sur cette terre.

Zabulon – 28 juillet 2017

Source photo : Paul Freeman, photographe.

Le sens de notre vie est finalement simplement d’être qui nous sommes, et cela tant qu’un souffle nous est encore prêté.

C’est très simple à dire mais, en vérité, avec l’âge, on découvre qu’être qui nous sommes est un cheminement : être capable de revenir à l’état d’enfance, où l’on se reçoit avec émerveillement sans penser, sans réaction de survie, sans conditionnement. Etre capable de revenir à cet espace caché au fond de nous, qui veut être et qui n’attend que nous pour s’épanouir. Des années durant, nous nous sommes protégés. C’était normal et nécessaire : pur instinct de survie. Nous avons acquis des automatismes, forgé des croyances, bâti une personnalité pour nous protéger. Et, souvent, nous nous sommes identifiés à ces masques qui finissent pourtant par ne plus nous convenir. Ils ne nous conviennent plus d’abord parce qu’ils sont faux, et parce que notre être profond n’y trouve pas ou plus son compte. Et puis surtout, cet être profond veut advenir. Nous sommes sur terre pour cela. Nous sommes vivants pour cela.

Pour que l’expérience de vie soit complète, il nous faut nous retrouver. Cela peut sembler douloureux au départ car il nous faut enlever ces masques auxquels nous nous sommes identifiés et qui nous collent parfois à la peau ou à la mémoire. La peur nous retient : peur de l’inconnu, peur de la vulnérabilité, peur de la nudité. Et paradoxe des paradoxes : la peur d’être, alors que nous sommes ici pour Être. Il y a donc comme une réconciliation avec nous-mêmes à opérer, avec beaucoup d’humilité : peu importe ce que je serai, je serai qui je suis déjà et aspire à être depuis mon origine. La forme ne compte pas. Une fois que l’appel intérieur a été entendu, il faut avancer: c’est le temps des retrouvailles annoncées, le temps de l’espoir, le temps de la joie. Rien, plus rien, ne peut détourner de ce chemin intérieur.

Un deuxième obstacle peut être ressenti au niveau des émotions, et notamment de la tristesse. Celle d’avoir été abandonné, laissé seul, pas reconnu, pas aimé ou pas suffisamment aimé. Cela aussi est un leurre. Dans son développement humain, l’être que nous sommes n’avait peut-être pas les moyens de sentir qu’il était voulu, aimé et éminemment digne et respectable. il a pu développer des stratégies qui sont venues renforcer ou colorer d’une teinte particulière, ici ou là, ses masques. Mais au fond, il est. Et s’il est, c’est qu’il est sans besoin de le mériter, sans besoin de reconnaissance extérieure. Le simple fait d’être dit l’amour de Dieu – certains diront « de l’univers » – à notre endroit. Aussi, un jour, vient également cette révélation intérieure : je suis infiniment aimable par le seul fait que je suis. Je ne suis pas abandonné, je suis invité à me retrouver. Je croyais être perdu, lâché par l’univers. Je suis invité à me retrouver, en moi, en cet espace où tout est stable et sécurisé, cet endroit où l’être que je suis peut s’épanouir.

Un troisième obstacle peut survenir sous la forme de colère. Colère d’être obligé de se battre, colère de devoir se défendre, colère de devoir mener un combat pour survivre. Qu’on l’appelle combat pour la justice, pour la dignité, pour la liberté ou la solidarité, cette colère a les mêmes fondements : il a fallu se battre pour survivre et c’était dur et cela a façonné notre personnalité. Cette colère est parfois encore très présente et fait réagir instinctivement pour des causes que l’on croit justes alors que, quelques justes qu’elles soient, c’est notre réaction qui prédomine comme une réponse, devenue conditionnée, au danger de paraître tel qu’on est : faible, vulnérable, fragile, et si beau ! Parfois la colère est niée et anesthésiée et, au contraire d’être assumée, elle est fuie comme un cataclysme violent qui monterait et n’arrangerait rien. Parfois, elle est à peine perceptible et va se nicher dans des détails imperceptibles pour autrui, une sorte d’exigence faite d’amertume et de regret, le désir d’être parfait par soi-même puisque la vie ne nous donne pas cette perfection. Cette colère, quelque soit sa forme est signe du désir de vivre en nous, fût-ce par le combat. Vient un temps où l’on peut saisir qu’il n’y a rien, ou plus rien, à combattre, mais seulement à être.

Zabulon – 9 juillet 2017

PS – Ce texte m’a été inspiré en réponse au questionnement d’un lecteur internaute assidu. Qu’ils en soit remercié !

Source photo : Gus Kenworthy, champion olympique de ski (médaille d’argent aux Jeux olympiques d’hiver, 2014)

Il y a un an, je décrivais une curieuse Pentecôte qui survenait en ma vie. Les mots étaient maladroits et enfermants, les impressions confuses à exprimer alors qu’elles étaient si claires dans l’instant. Suite à cet article, un lecteur m’interpellait quelques jours plus tard, m’invitant à en dire plus mais déjà le vent était passé et je ne savais plus raconter cette expérience.

Aujourd’hui, il m’en reste le souvenir d’une sorte de magma intérieur qui monte, déborde, emplit tout, et est de nature bienfaisante. Une profondeur qui se réveille, une marée montante qui submerge et berce en même temps.

Depuis que s’est-il passé? Y a-t-il des effets, des fruits ? Il m’est difficile de le dire. Il me semble que oui mais comment l’affirmer ? Ils sont parfois si ténus, si discrets.

Cet événement survenait à la faveur d’une sorte de « coming out » intérieur et d’accueil bienveillant par quelques personnes à orientation homosexuelle. Sur le deuxième point, je ne m’attarderai pas trop, il y eût moults rebondissements, pas tous heureux, en général dus à ma naïveté. Sur le premier point, par contre, il y a encore beaucoup à explorer et à partager.

Quand je parle de « coming out », je parle de l’acceptation par soi-même à soi-même d’une partie de son être. En taisant ou en occultant mon homosensibilité, une partie de moi ne pouvait s’épanouir, se dire, se déployer. Il me semble qu’une partie de l’expérience vécue à la Pentecôte 2017 s’origine en ceci qu’une partie de moi est désormais enfin libre et mon être à pu se vivre de l’intérieur comme des retrouvailles et une unification bienfaisante.

Or, l’Esprit Saint est bien ce souffle qui vient de l’intérieur pousser vers de nouveaux horizons. Comme je l’ai expliqué dans un autre article (ici), l’Esprit-Saint est un souffle puissant qui vient nous saisir de l’intérieur. Au jour de Pentecôte, « ça se voit ou s’entend à l’extérieur,comme des langues, mais ça s’installe, ça s’assoit, à l’intérieur, comme un feu ardent. »

Aujourd’hui, je peux juste constater qu’une conviction en moi s’est épurée et renforcée. Celle que le Seigneur parle à travers ce que je suis et me demande d’aller jusqu’au bout de ce que je suis.

Ce qui suppose, antérieurement, d’accepter et assumer ce que je suis. Non pas pour le valoriser, l’imposer à d’autres ou à moi-même, mais pour glorifier Dieu dans sa grande bonté et sagesse. Il s’agit d’un acte de réception et d’émerveillement devant le don de Dieu.

Ce qui suppose et entraîne en même temps de lever les peurs d’être soi. J’ai failli écrire « d’être soi-même », mais ce « -même », même s’il est vrai, est dérangeant, c’est lui qui limite les choses en les conditionnant, en les voulant à son image, c’est-à-dire dans la limite de ses limites. Etre soi est plus grand, plus fort, plus inattendu que d’être soi-même. Cela dépasse, l’ego, les formes, les conditionnements. Dans le soi, surgit l’Être.

Donc, lever les peurs d’être soi. Il n’y a pas de peur à être soi là où il pourrait y en avoir à être soi-même. Mais Quelqu’un me fonde au delà de ce que je pense que je suis, au delà de ce que j’ai découvert de ce que je suis. Il suffit de se laisser Être.

Je ne peux m’empêcher de relire cette expérience en termes de pistes pastorales pour quiconque voudrait emprunter ce chemin ou devrait accompagner des personnes qui l’empruntent. Lever les peurs d’être soi-même ou d’être soi implique deux postures :

– accompagner le chemin de découverte et d’acceptation de soi
– bannir les interdits d’être ceci ou cela

Rencontrer le soi passe par cette acceptation. Toute limitation à être soi retarde ce chemin d’acceptation qui est aussi chemin de rencontre avec Dieu et capacité à s’accueillir joyeusement comme une manifestation de sa présence et de son amour (d’autres diront de sa gloire) en nos vies.

Ce chemin d’acceptation passe par le fait d’assumer ce qu’on est et devenir intègre, c’est-à-dire « intégral », complet, l’orientation sexuelle n’étant qu’une des nombreuses dimensions de la personne humaine même si celle-ci est importante et colorée plus ou moins fortement dans la conscience de soi.

Sans préjuger de la manière de vivre que choisira chacun, ce chemin d’acceptation est nécessaire pour paraître en vérité. Paraître en vérité non devant les sociétés humaines mais devant Soi et ultimement devant notre origine, devant le Créateur.

Voilà, une partie de ce que l’Esprit de Pentecôte a travaillé en moi depuis un an. Puissent ce chemin et cet article servir à d’autres !

Z – 4 juin 2017

Source photo : humanis group

Il m’est revenu l’autre jour ce drôle de souvenir. Un fait insignifiant en soi dont je ne m’étais jamais aperçu qu’il m’avait marqué à ce point.

J’étais alors étudiant dans une ville de province. Encore jeune, passablement immature et totalement dans le déni de l’homosexualité. La mienne,bien sûr, mais d’une manière générale, toute homosexualité. Je vivais dans un monde où elle n’existait pas, où elle ne pouvait pas exister. Le mot-même, homosexualité, n’était jamais prononcé en ma présence. Ce n’est que plus tard que j’ai compris, par exemple, que lorsque mes parents prenaient un air entendu en désignant quelqu’un avec une formule telle que « il est spécial » ou « il est différent », cela voulait dire qu’il était attiré par le même sexe. Et si, par hasard, on quittait le mode allusif pour évoquer quel « malheur » arrivait dans une famille de nos connaissances, sans que je me souvienne bien des mots employés, je comprenais qu’il s’agissait là d’une maladie, bien triste et handicapante, mais d’une maladie qu’il ne fallait désirer pour personne.

Bref, j’étais jeune, en bonne santé, pas malade pour un sou. J’étais étudiant, avec une chambre seul dans une grande ville nouvelle, tout heureux de la liberté d’être un grand, autonome, loin des parents. J’étais pétri d’idéaux, j’aimais la vie, mes amis, mes études. J’étais naïf, idéaliste, pas encore déniaisé.

Ainsi donc, un midi, je devais retrouver ma bande d’amis qui vivaient en coloc’ dans une grande maison où ils accueillaient largement, pour que nous allions ensemble en cours. Pour ma part, timide et désargenté comme j’étais, j’avais refusé leur hospitalité pour rentrer déjeuner rapidement dans mon studio. Et maintenant je marchais d’un pas rapide pour les rejoindre.

Mon itinéraire me faisait passer devant le restaurant universitaire dont j’aurais pu également bénéficier si ce n’est que la file d’attente était toujours interminable, la nourriture objectivement infecte et le prix du ticket déjà trop cher pour moi puisque j’arrivais à manger pour moins en me débrouillant tout seul.

Dans la rue, personne. Je longe distraitement et d’un pas rapide le bâtiment, le long des voitures garées en épi. Vides, comme la rue est vide. Tout le monde doit déjeuner. Jusqu’à ce que mon regard soit absorbé par un couple à l’avant d’une voiture.

Ici, les mots ne vont pas être assez rapides pour décrire en temps réel tout ce qui a pu se passer en moi. Imaginez. Je passe le long de la route, sans faire attention à rien. J’avise les voitures vides au fur et à mesure que je les passe et là… Tiens non, il y a quelqu’un et… oh, oh… deux hommes qui… deux hommes qui s’embrassent.

J’ai le souvenir d’une confusion de temps. Je me vois marcher tout à coup les yeux fixés sur ce couple qui s’embrasse avec tendresse et ne réaliser que quelques pas plus tard ce que je viens de voir : deux hommes qui s’embrassent.

Tellement inattendu que j’en viens à m’arrêter, à me planter là le temps de réaliser et furtivement tourner la tête en arrière pour regarder si j’ai bien vu. Oui, deux hommes qui s’embrassent.

Confusion du temps, confusion des sentiments. Pourquoi ai-je besoin de regarder cela? Pourquoi est-ce que je me sens troublé au fond de moi? Pourquoi l’impossible peut-il se montrer là devant moi, à portée de regard, de voix, presque de toucher ?

Je ne peux pas rester planté là éternellement. On va me remarquer. Quand j’y repense, il me semble que ce qui me gênait le plus, ce n’était pas que les deux hommes s’aperçoivent que je les regarde, mais c’est qu' »on » s’aperçoive que je les regarde. Comme si j’allais être découvert. Comme si j’allais découvrir quelque chose que je ne voulais pas découvrir et que j’étais encore en train de nier.

Je décide de bouger. J’avance de quelques pas et, comme si j’étais observé, je fais le geste de me raviser comme si j’avais oublié quelque chose, mais je ne veux pas revenir face à eux et risquer qu’ils me voient. Je longe les voitures et reviens vers eux en marchant le long des stationnements sur l’avenue.

A quelques pas de l’arrière de leur voiture, je m’arrête et les regarde : ils s’embrassent et se parlent avec tendresse. Un des garçons vient de sa main caresser la joue de l’autre. Avec beaucoup de tendresse. Tellement de tendresse… Je note que cette joue est légèrement poilue, mal rasée, et ce détail viril me semble tout à coup incongru. Deux hommes qui s’embrassent, et ce sont de vrais hommes. Peut-être parce que je me vis encore comme un grand ado, à la peau encore largement imberbe, je me dis : « ça, ce n’est pas pour moi », je détourne les pas et reprends mon chemin.

Je ne l’aurais avoué à personne et je n’en ai d’ailleurs jamais parlé à quiconque, mais Dieu que j’étais troublé ! Quelque chose en moi s’éveillait, comme une sorte de révélation : « Donc, c’est possible… »

En retrouvant mes amis, je devais avoir du rouge au visage et être différent. « Qu’est-ce qui se passe? Tu as couru? Ca va ? » demandèrent-ils. Et j’étais incapable de leur dire la vérité puisque j’étais incapable de me la dire à moi-même. Pas question que je laisse monter ce trouble en moi, pas question que je le laisse apparaître. Oui, j’étais alors incapable d’accepter que je venais d’être touché, fasciné et séduit par ce que je venais de voir : juste deux hommes qui s’embrassent.

Zabulon – 30 mai 2017

Source photo : deux hommes qui s’embrassent dans la série Brothers & Sisters

Jésus disait à ses disciples : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé. » (Jean 14,1)

Ne sois pas bouleversé,
toi qui te découvres différent
et qui prend peur d’être rejeté,

Ne sois pas bouleversé,
toi qui subis l’opprobre, l’humiliation,
de ta famille ou tes amis
à cause de ton orientation sexuelle,

Ne sois pas bouleversé,
toi qui as peur d’être découvert,
toi qui as peur de ne pas être aimé,
toi qui ne te sens pas libre d’être toi-même
à cause des propos homophobes que tu entends,
du dégoût affiché des uns sur les autres,
quand ceux qui rejettent sont les tiens
et que tu as peur d’être rejeté par eux.

Ne sois pas bouleversé,
toi qui es gay, homosexuel, homosensible,
qui te crois pécheur et te culpabilise
à cause de ton orientation sexuelle,
toi à qui on a fait croire que l’Eglise te rejetait,
pire: que le Seigneur te rejetait.

Ne sois pas bouleversé :
Jésus t’aime comme tu es.

Beaucoup ne savent pas,
n’imaginent pas,
sont incapables d’imaginer
que Jésus t’aime comme tu es.

S’ils le connaissaient vraiment,
ils connaîtraient aussi son Père,
et qu’il y a plusieurs demeures
dans la maison du Père.

Ils reconnaîtraient
que Jésus est le chemin, la vérité, la vie,
pour quiconque se met à le suivre,
et qu’il n’exclut personne.

Oui, sois consolé.
Entends ce message du Christ lui-même
qui invite à croire si ce n’est par les paroles,
au moins par les oeuvres.

Et l’oeuvre, tu la connais,
toi qui te sens si seul et, parfois, si désespéré.
Oui, tu la connais,
tu peux la voir si tu arrêtes d’écouter
les mots du vent mauvais qui vient de l’extérieur
et que tu écoutes au fond de toi
cette voix qui te dit que tu es aimé tel que tu es.

Cette condamnation que certains brandissent
ne vient pas de Dieu
puisqu’elle sème la haine et la discorde,
puisqu’elle sépare, oppose et humilie.

Sois consolé,
toi qui es différent
et qui ne peux faire autrement
d’être ce que tu es.

Tu es aimé du Seigneur.
Il n’y a pas de condamnation qui te concerne.
Le seul commandement est de s’aimer les uns les autres
et d’honorer Dieu tel qu’il t’a fait.

Z – 14 mai 2018

Texte inspiré par l’homélie pas gay du tout d’un prêtre profondément spirituel sur l’Evangile de ce dimanche (Jn, 14,1-12)

Source photo : Oliver Cheshire.