Du haut de ton improbable suffisance,
tu sembles contempler le monde comme s’il t’appartenait.
Tu offres à la vue du quidam ton incandescente beauté,
prémice de désirs ennivrants.
Ta juvénile insouciance n’a cure des contraintes du corps.
Tout t’est dû, tout t’est donné.
Tu contemples les oiseaux du ciel qui n’engrangent ni ne gaspillent.
Tu n’as pour vêtement qu’une écharpe de lin blanc,
tel un lys des champs vêtu par l’artiste des temps.
Tes yeux balaient l’horizon,
royaume sans frontière dont tu es prince,
Fils de Roi.

At N’go, juin 2018

source photo : « Corps masculin nu », une oeuvre de Georgi Mladenov – Gio Art

Source texte : page facebook de At N’go

Un jour j’ai rencontré dans une de nos rues,
une rue de banlieue qui n’avait vraiment rien d’héroïque,
un homme
dont j’aurais cru volontiers qu’il était un ange de passage,
et qui n’était en réalité qu’un pauvre gars pensionnaire à l’hospice.
Mais cet homme que j’ai vu passer
m’a expliqué et, mieux que beaucoup de livres,
m’a démontré
ce que c’est, la véritable pauvreté
de celui qui doit aller, léger, dépossédé,
dans votre esprit.

Il avait des vêtements très ordinaires,
des vêtements qu’on ne remarquait pas.
Ses yeux regardaient droit devant lui,
avec une limpidité qui se communiquait aux choses.
La rue entière en était rajeunie,
et semblait exister pour la première fois.
Il ne portait rien dans ses mains.
Ses poches étaient plates et semblaient légères et ses deux mains
étaient ouvertes et flottaient dans l’air autour de lui.

Peut-être était-il un peu fou.
Et pourtant il était comme une leçon de sagesse.
Tout son travail semblait d’aller, de passer parmi les choses
et les hommes.
il était à lui seul comme une parabole,
comme un signal de véritable pauvreté.
« Car si vous aimez seulement ceux qui vous aiment »…
vous n’aurez pas besoin d’aller…ils viendront à vous.
Mais si vous aimez ceux qui ne vous aiment pas…
il faudra tout le temps marcher à leur rencontre.

C’est la pauvreté de celui qui va.

C’est inouï le nombre de choses qui nous empêchent d’être agiles, d’être légers.
On ne s’en rend pas compte, mais
si du jour au lendemain, nous étions dépossédés,
nous nous trouverions voisiner spontanément avec tout un tas de gens qui nous paraissent habiter au bout du monde.

Madeleine Delbrêl
Pauvreté de celui qui va, Méditation, 1946-1948.

Ce qui m’étonne, c’est qu’on prenne prétexte de la différence de sensibilité pour se moquer les uns des autres, voire se haïr, s’exclure et se bannir. Quoi l’orientation sexuelle dirait tout d’une personne et empêcherait de la considérer comme un être humain? Ce qu’il y a de bon en la personne, balayé, nié, nul et non avenu ! Inexistant !

Franchement, il y a de quoi rire.

En disant cela, je ne fais que paraphraser un écrit de St Cyrille d’Alexandrie (380-444), destiné à contrer les arguments de l’empereur Julien, dit Julien l’Apostat, à propos de la couleur de la peau.

La morale de l’histoire, c’est qu’arguer d’une différence non choisie par une personne pour la considérer comme moins humaine ou pour l’exclure, est une bêtise incommensurable, déjà repérée depuis longtemps…

 

Ce qui m’étonne, c’est que Julien prenne la couleur de la peau comme preuve qu’il faut considérer que les nations ont un « substrat de nature différente ».

S’il croit en cela penser ou dire quelque vérité, il se trompe sans s’en rendre compte : il faudrait dans ce cas, me semble-t-il, que ceux qui ont une couleur de peau déterminée soient tous du même avis et s’accordent dans leurs pensées ; et si quelqu’un a la peau blanche et qu’il est bon, qu’aucun de ceux qui ne sont pas blancs ne soit bon !Pareillement si quelqu’un est basané ou noir et qu’il est bon, qu’aucun de ceux qui ont un corps blanc ne le soit.

N’y a-t-il pas là déjà de quoi rire ?

Saint Cyrille d’Alexandrie

[Contre Julien, IV, 42, Trad. J. Bouffartigue, M.-O. Boulnois, P. Castan,
Paris, cerf, Collection « Sources Chrétiennes » 582, 2016, p.420]

Source photo : jakobhetzer.tumblr.com