En ce temps-là, un lépreux vint auprès de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » (Marc 1,40-41)

Sois purifié.

Cet extrait de l’Evangile de Marc peut choquer à plus d’un titre. Il est important de se laisser interpeller, de voir en quoi il bouscule les idées reçues avant de recevoir cette parole : « je le veux, sois purifié. » Sinon, on risque de recevoir trop rapidement l’idée que Jésus, super thaumaturge, guérit qui le lui demande, signe que, hop et hop, tout est possible, tout est pardonné. Et voilà, voilà, tout va bien entre moi et ma conscience. Hop là !

La lèpre, misère sociale

La première lecture de ce dimanche rappelle fort opportunément l’origine et la raison de l’exclusion des lépreux, il nous faut aller chercher dans le Livre du Lévitique (Lv 13, 1-2.45-46), ce fameux code de sainteté dans lequel sont énumérées un certain nombre d’abominations dont celle, dit-on, de l’homosexualité.

Au moment où il faut constituer le peuple errant dans le désert en une nation organisée, un certain nombre de règles semblent nécessaires, tant pour vivre ensemble que pour se distinguer de ces peuples voisins et étrangers pour pouvoir prétendre au statut de peuple saint et choisi par le Dieu de l’univers.

Parmi ces règles de vivre ensemble, un certain nombre sont hygiénistes et consistent à ne pas mettre les êtres humains en danger : limiter les risques de maladie (ne pas manger de porc) et limiter les contagions (isoler du groupe les victimes d’une maladie contagieuse). Ce qui peut apparaître aujourd’hui comme du bon sens, parce que nourri d’observations scientifiques largement partagées, ne l’était pas il y a quelques milliers d’années.

Alors, oui, c’était une règle de survie, de pureté, de sainteté que d’isoler les lépreux pour qu’ils ne contaminent pas tout le monde, dans un contexte où on ne savait pas les soigner.

Ce sont pourtant des personnes, qui partagent avec le reste du genre humain tous les traits de l’humanité. Mais la peur, la superstition, la bêtise et la méchanceté parfois, font aller plus vite que les simples mesures de protection de la communauté. Les lépreux deviennent signes d’impureté, et comme ce n’est pas juste et que Dieu est forcément juste, on en vient à penser que c’est donc qu’ils ont du commettre quelque chose de mal. Et pourquoi ce ne serait pas une punition de Dieu? Alors, oui, vraiment, ils sont infréquentables. Impurs.

Aux premiers temps de la communication sur le sida, que n’a t-on entendu de certains prédicateurs mal embouchés prétendant qu’une malédiction divine s’abattait sur la population homosexuelle à cause de ses péchés, ses déviances, son impureté !

Alors, quand Jésus ose, ne serait-ce que se laisser approcher par un lépreux, ose lui adresser la parole, ose lui dire: « … euh, ben, oui, bien sûr que je le veux que tu sois purifié. Pourquoi je voudrais le contraire ? » (je sais j’extrapole 🙂 c’est pour faire comprendre ce sur quoi je pointe l’attention), il rompt d’une manière révolutionnaire non seulement avec les usages mais aussi avec la compréhension que ses contemporains ont de l’action de Dieu envers les lépreux et donc envers chaque homme, fût-il lépreux.

Ne concluons donc pas trop vite que cette opposition ne concerne que les contemporains de Jésus. Soyons honnêtes. Nous, les bien-pensants, les chrétiens parfaits sous toutes les coutures qui nous posons facilement en moralisateurs, qui sont nos lépreux d’aujourd’hui? Les migrants qui nous « envahissent »? Les tenants d’une autre religion? Les chômeurs ? Les pauvres, les faibles de tout acabit ? Les homosexuels?

A chacun de ceux-là qui crie : « mais moi je voudrais être purifié », Jésus répond : « mais, je le veux : sois purifié, prends ta place dans communauté humaine. Il n’y a rien dans l’amour de mon Père (qui est aussi la volonté divine) qui n’empêche que tu sois purifié de cette misère sociale par laquelle on t’exclut de l’aventure humaine. »

« Pourquoi celui-là, et pourquoi pas l’autre ? »

Un deuxième écueil de compréhension de cette Bonne Nouvelle pourrait venir d’une sorte de comptabilité des bienfaits donnés par Jésus. Ce lépreux-là, qui a le culot de s’adresser à Jésus, lui, il est guéri. Et qu’en est-il de tous les autres, de toutes les origines et tous les temps de la terre, qui n’ont pas ou pas eu ce culot, qui n’ont pas rencontré Jésus, qui ne savent même pas qu’il existe ? Eux, pfft ! Rien. Pas purifiés.

Pas purifiés? Ben oui. Et certains pasteurs n’hésiteront pas à expliquer que c’est avec le fruit de la repentance, du désir ardent et de demandes incessantes dans la prière que se fait cet échange divin d’une manière mystérieuse que Dieu seul connaît, pour le bien de chacun et le bien de tous. Certains sont purifiés, ne serait-ce que par le sacrement de réconciliation et d’autres sont appelés à offrir leurs souffrances. Et blablabla, et blablabla. Où est-ce que Jésus tient ce genre de discours?

La suite du texte nous donne pourtant une indication : pas de généralisation abusive ! Surtout ne pas en tirer motif ni d’orgueil, ni d’émerveillement, ni admiration béate ; surtout pas se désolidariser de la communauté humaine. Le lépreux, purifié, est envoyé à la communauté humaine pour y reprendre sa place : se montrer au prêtre, faire constater sa pureté retrouvée, faire les rituels ou sacrifices prévus et continuer sa vie d’homme ! Pas se vanter, pas donner l’image d’une opération magique ou fantastique, car ce n’est pas là que se joue l’enjeu.

Comme souvent dans les récits de miracles des Evangiles, si miracles il y a, ce sont des signes, des révélateurs d’autre chose. Et voilà que notre ami lépreux, bien qu’averti, tombe dans le panneau: mystifiant le signe reçu au détriment de la vie retrouvée. Et, au passage, gênant Jésus dans son ministère en lui attribuant une image et une réputation qu’il ne tient pas à avoir.

Ni exclusion, ni fantasmagorie : l’action de Jésus consiste à inviter chacun à prendre sa place dans l’humanité. Tout le reste est fausses pistes et pertes de temps.

Marc et la pureté revisitée

En cette année liturgique où nous suivons l’Evangéliste Marc, il sera peut-être utile d’observer et méditer comment Marc nous présente la nouveauté d’un Jésus qui interpelle les usages de son temps au point de sembler les remettre en cause.

Marc fait état de nombreuses controverses entre les pharisiens et Jésus concernant les questions de pureté : pureté alimentaire, lavage des mains, respect du sabbat, etc. A chaque fois la question semble être : « faut-il respecter la loi de Moïse », c’est-à dire les commandements transmis principalement dans le Lévitique, ce fameux code de pureté et de sainteté.

Dans un récent Cahier Evangile (n°181 – septembre 2017) consacré à l’Evangile de Marc, Camille Focant fait remarquer que Jésus ne s’oppose jamais à la Loi. Il ne s’agit pas de savoir si elle s’applique ou pas. Il relève surtout qu’il s’agit d’un conflit d’interprétation.

« Par exemple, écrit-il, on s’aperçoit que Jésus ne prétend nulle part abroger le sabbat. Mais il conteste la compréhension qu’ont les pharisiens de son observance. A leurs yeux, la bonne question à poser un jour de sabbat se base sur l’opposition entre faire et ne pas faire. Ce que Jésus récuse, en posant plutôt l’alternative entre deux faire : faire le bien ou faire le mal. » (p.45)

J’y reviendrai peut-être dans un autre article pour ne pas allonger celui-ci, mais l’important est de repérer que c’est tout l’Evangile de Marc qui est sous-tendu par cette question d’interpréter à nouveau et de nouveau les Ecritures de telle manière qu’elles redeviennent vivantes, sources de Vie, pour chaque être humain.

Cela bouleverse les codes de pureté tels qu’ils sont compris avec la bienséance du temps : Jésus n’a pas peur de fréquenter l’impureté, il touche des lépreux, se laisse toucher par la femme hémorroïsse et mange avec les pécheurs.

Pour Marc, ce qui est important, c’est que le salut soit annoncé à tous, mieux qu’il touche chacun. Alors, pour suivre encore Camille Focant « si certaines manières de vivre la loi sont erronées, si son interprétation mène au mal et à la mort, il vaut mieux la transgresser pour faire le bien et sauver une vie. » (…) Si « son observance stricte dans le cadre du système de pureté est potentiellement porteuse de mort et même de mise à mort du Messie, elle prend alors l’aspect d’une mauvaise nouvelle. Ceux qui se barricadent en elle ainsi comprise restent « dehors » et reçoivent comme énigme la bonne nouvelle du Royaume.« (p. 49)

Sois purifié, cela veut dire en quelque sorte, sois vivant. Voilà la Bonne Nouvelle !

Il n’y a aucune impureté qui empêche l’Envoyé de Dieu de confirmer que chacun est fait pour la vie. C’est la grande nouveauté de l’Evangile, proclamé comme une Bonne Nouvelle. Il y a un avant et un après Jésus, comme l’a très bien ressenti et expliqué l’Apôtre Saint Paul. Désormais, ce n’est plus à l’aulne de l’Ancien Testament qu’il faut condamner, exclure, sous prétexte d’une liste d’impuretés ou puretés trouvées ici ou là dans la Bible, dont Jésus nous montre que nous n’avions pas compris le sens véritable, mais c’est libéré par le Christ que chacun peut être accueilli tel qu’il est.

Et, bien entendu, je pose le postulat que cela vaut également pour les personnes dont l’orientation sexuelle ne correspond pas à la culture hétéro-normée.

Photo : oeuvre de David Talley, photographe.

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Je vous partage ce poème magnifique d’une jeune fille lesbienne qui proclame sa foi tout en assumant sa lesbianité. Par respect pour l’auteur, je l’ai laissé au féminin et ai choisi une illustration correspondante. En lisant ce poème en anglais, je n’avais pas compris immédiatement que c’était une jeune femme qui parlait (« I’m a gay christian. ») mais au total je comprends mieux encore la solidarité LGBT qu’outre-Atlantique on désigne de plus en plus par le mot « queer » de manière à ne pas insister sur telle ou telle singularité : homme, femme, gay, lesbienne, transgenre, bisexuel-le, asexuel-le… Or, tous ont en commun d’être ressentis comme « étranges », ce qui est à proprement parler le sens du mot « queer » et la souffrance que chaque population éprouve dans son chemin d’acceptation par soi et par les autres les rend profondément sensibles aux souffrances éprouvées par les autres singularités.

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Je suis une chrétienne gay.

Constamment, je suis étiquetée comme une hypocrite
parce que j’ai confiance en un Dieu qui apparemment
ne m’accepte pas.

Dieu appelle tout le monde à lui.
C’est l’église qui ne m’accepte pas.

Mes prières ne seraient-elles pas été entendues parce que
tous les soirs avant de me coucher, j’embrasse les lèvres d’une femme
au lieu de celles d’un homme?

Quand je m’agenouille devant la croix,
est-ce que je viens juste d’être sale
parce que je me suis également agenouillée
entre les cuisses d’une fille?

Je suis une chrétienne gay.

Chaque jour, on me dit: « Mais la Bible déclare clairement que
le mariage est entre un homme et une femme.
Comment justifiez-vous cela? »

Je pourrais en dire long sur le contexte historique
et la manière de lire entre les lignes.

Est-ce que ma compréhension de la Bible a une moindre
importance que la vôtre parce que vous prenez tout au mot près
et que ma foi me rend certaine que Dieu m’aime toujours?

Quand je lève les mains dans la prière,
est-ce que c’est en vain juste parce que
ces mains tiennent aussi ma petite amie la nuit?

Je suis une chrétienne gay.

Lorsque j’ai fait mon coming out,
j’ai reçu des messages sur Facebook citant le Lévitique,
des versets j’ai entendu mille fois.

Il est facile de se cacher derrière un écran d’ordinateur
pour me dire des choses que je peux vous répéter mot pour mot.

Est-ce que je ne suis pas autorisée dans l’église
parce que vous avez peur que j’essaie de convertir
tout le monde à être quelque chose qui n’est pas votre choix ?

Quand je lis la Bible,
est-ce que je suis incapable de de voir ce qu’elle dit
parce que ma «maladie» l’empêcherait?

Je suis une chrétienne gay.

On m’a dit que j’avais choisi de m’identifier comme gay,
mais, en fait, j’ai juste fait le choix d’accueillir ce que Dieu a fait
de moi pour que je sois heureuse.

La plupart des croyants n’ont aucune idée de ce que vous sentez
lorsque vous êtes attirée par quelqu’un
que vous n’êtes pas censé aimer.

Quand je regarde les yeux de mon aimée,
n’est-ce pas la même chose que ce qu’un homme et une femme
voient dans les yeux l’un de l’autre ?

À mon mariage, je vais commencer à pleurer lorsque je verrai ma mariée
descendant l’allée en blanc, alors dites-moi
que ce n’est pas le même amour!

Je suis une chrétienne gay.

Source : Musings and Rants of a Sketchbook Artist

Photo : extrait d’une vidéo faite par Monkey Business Images

LES TROIS RAISONS POUR LESQUELLES JE NE VOULAIS PAS ÊTRE GAY
par Jim Decke

(traduit de l’anglais)

« Pourquoi avez-vous renoncé à devenir hétéro? » Cette question m’a été posée récemment par un nouvel ami. Il m’avait vu donner mon témoignage à l’église sur le fait d’être chrétien et gay et il avait lu mon histoire sur Facebook. Je lui ai dit qu’être hétéro ne m’importait plus, que je me contentais de vivre seul comme un célibataire et que Dieu était content de moi. En quittant notre conversation, j’avais le sentiment de ne pas avoir vraiment répondu à sa question, ou à la mienne. Alors, j’ai beaucoup réfléchi depuis.

J’ai su que j’étais gay avant d’avoir 10 ans, mais l’impact total de ce que cela signifiait ne m’a pas atteint avant l’adolescence. J’étais gay ! J’ai tout fait pour changer. Je suis allé voir des conseillers, j’ai vu des psychologues, des psychiatres, des travailleurs sociaux et des pasteurs. J’ai passé 2 ans dans un programme de rééducation, j’ai rejoint un petit groupe d’ «ex-gays», j’ai lu des livres et des témoignages sur la façon d’être hétéro. Plus que tout autre chose, j’ai prié, prié, prié, prié, prié, prié …

Je savais que la Bible condamnait l’homosexualité, et avec ce peu de connaissances, j’en ai conclu que jétais en train d’aller en enfer. J’ai grandi dans une famille chrétienne, mais j’étais terrifié à l’idée de parler à quelqu’un de l’homosexualité, il n’y avait donc personne qui aurait pu laisser une lumière dans mon obscurité. Ma première raison de vouloir être hétéro, c’était d’éviter d’aller en enfer.

La deuxième raison pour laquelle je ne voulais pas être gay était d’éviter le rejet. Les seules choses que j’aie jamais entendues à propos des homosexuels, c’était des blagues grossières, du dégoût et des moqueries. Pour moi, il était clair que je ne pouvais pas être considéré comme un homme, et encore moins être digne d’amour ou d’acceptation, si j’étais gay. Je voulais avoir des amis et être conforme au modèle, et j’ai pensé que je ne serais pas considéré comme grossier et indésirable si j’étais hétéro. La peur et la honte étaient insupportables, et le besoin constant de cacher mes attractions gay était une tâche épuisante et impossible.

J’étais seul et j’avais peur à l’idée que je serais ainsi pour le reste de ma vie. Je voulais partager ma vie avec quelqu’un et je pensais que le fait d’être hétéro et d’épouser une femme était la seule façon de répondre à ce besoin et d’être heureux, et satisfait. Les simples faits de regarder un film tout seul, par exemple, ou d’aller faire mes courses seul à l’épicerie et, ça, pour le reste de ma vie, me semblaient tristes et déprimants. Je ne voulais pas vieillir seul. La troisième raison pour laquelle je ne voulais pas être gay, c’est pour que ma vie ne soit pas vide.

Je vais avoir 41 ans en avril et je ne ressens plus le besoin d’être hétéro. Je sais que Dieu ne me condamne pas pour avoir des attractions ou des tentations homosexuelles. La Bible n’appelle jamais péché l’une ou l’autre de ces choses, elle condamne seulement le comportement*. Loin d’être promis à l’enfer éternel, je suis pleinement aimé et accepté par Dieu et, un jour, j’espère entendre les paroles, « Très bien, serviteur bon et fidèle » (Mt 25,23) Je vais passer l’éternité avec Dieu!

Comme je me suis lentement ouvert à des amis sur mes attractions de même sexe, au lieu de rejet, j’ai trouvé l’amour, la compassion et l’amitié. Avec l’acceptation de Dieu et des amis proches, j’ai pu m’accepter. Je ne vis pas ma vie dans la peur ou la honte, mais comme un ami et comme l’égal aux autres.

Une vie remplis d’amis et de camaraderie n’est une garantie pour personne. Dieu ne fait aucune promesse sur ces choses. J’ai actuellement les meilleurs amis que je pourrais demander et plus de gens qui partagent ma vie que j’avais besoin. Ce n’est pas toujours ainsi, mais j’ai vu la fidélité de Dieu et je sais qu’il répondra toujours à mes besoins. Je refuse de craindre ou de m’inquiéter pour l’avenir quand Dieu dit que nous n’avons pas besoin de s’inquiéter. Déjà ça.

Jim Decke,
article publié le 24 mars 2014 sur www.atacrossroads.net

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(*) Précision : ce témoignage intervient dans une culture où l’on a pensé que l’homosexualité était condamnée par la Bible, ou bien qu’elle était une maladie, et où l’on pense maintenant que les gays ne sont pas condamnés par la Bible mais leurs actes sexuels, si, et donc qu’ils doivent rester continents.
Personnellement, je ne suis pas pour la débauche mais je ne se suis pas non plus pour cette continence-là. Il y a quelque chose d’inhumain à brimer une personne dans sa sexualité, dans sa capacité à donner et recevoir de la tendresse de manière sexuée. Aucun des arguments que j’entends ou lis n’arrive à briser cette conviction intime que Dieu, dans son projet d’épanouissement de tous les hommes et de tout homme, ne demande pas cela.
Et plus j’entends les arguments avancés, moins j’y vois la posture évangélique. Imaginant Jésus rencontrant les personnes gays, je ne peux pas douter un instant non seulement de sa compassion mais de sa geste de rétablissement dans la dignité pour toute personne rencontrée, tout paria, tout rejeté tout rabaissé socialement. Un être humain est un être humain, il a les mêmes droits et devoirs que les autres êtres humains. Non pas tant envers la loi ou la culture ambiante, d’ailleurs, qu’envers la vérité.

Z.

Source photo : One kiss (Un bacio), film de Ivan Cotroneo, 2016, avec Rimau Grillo Ritzberger, Leonardo Pazzagli, Valentina Romani.

Plus de différences en Christ

Le péché que Paul condamne

Une fois encore, une triste ironie règne sur cette question. Il y a là une leçon religieuse qu’il nous faut apprendre.

Une certaine lecture des Ecritures , ancienne et naïve, a induit en erreur nombre de disciples sincères de Jésus. Ils s’opposent aux lesbiennes et aux gays et les oppriment au nom de l’apôtre Paul. Confortés par les préjugés de notre société, persuadés de la supériorité de leur inclination sexuelle, ces chrétiens ont mal lu l’Epître de saint Paul aux Romains et rejettent des membres de la communauté chrétienne en son nom.

Pourtant, assurer l’unité des croyants était un objectif cardinal des écrits de Paul. Il insistait sur le fait que, en Christ, seuls comptent vraiment la foi et l’amour. Mais, se méprenant sur l’argumentation de Paul, certaines personnes se fient, involontairement, plus à leurs goûts et coutumes qu’à la parole de Dieu. Ils discutent de ce qui est propre ou souillé, se disputent à propos de ce qui est pur ou impur et dressent les hétérosexuels contre les homosexuels. Ils divisent et font voler en éclats l’Eglise sur des questions qui n’ont aucune importance en Christ. Au nom de Dieu, ils excitent la haine, nourrissent l’oppression et sèment la zizanie dans toute la société. Ils sont coupables d’une injustice grave, ils commettent la faute même que Paul entendait contrer.

C’est une triste situation, indigne des disciples de Jésus

 

Daniel Helminiak, s.j., Ce que la Bible dit vraiment de l’homosexualité,
Les Empêcheurs de penser en rond/ Le Seuil, novembre 2005, p 158-159.

 

 

Ainsi se conclut le chapitre que Daniel Helminiak consacre à l’étude de la Lettre aux Romains, dans laquelle certains croient voir l’argument essentiel à la condamnation de l’homosexualité dans le Nouveau Testament (Ro 1, 18-32)

D’après l’auteur, il n’est pas douteux que Paul parle des rapports homogénitaux entre hommes, mais contrairement à ce qu’on veut aussi y voir, ce n’est pas forcément pour les condamner.

Il serait trop long de reprendre ici tous les arguments de ce chapitre très documenté, mais retenons au moins que les mots grecs employés pour désigner l’homosexualité montrent que Paul n’envisage pas une condamnation morale mais font plutôt allusion au code de pureté que l’on retrouve dans la « loi de sainteté » du Lévitique, lorsqu’il s’agissait de montrer en quoi Israël, conscient d’être un peuple choisi parmi les autres, devait se distinguer des autres nations.

Ainsi le plan de la lettre aux Romains est-il très instructif pour comprendre ce que veut vraiment dire Paul.

Dans un premier temps, il parle aux chrétiens d’origine juive, ceux-là même qui connaissent ces lois de pureté et parfois ont la tentation de vouloir les imposer à l’ensemble de la communauté chrétienne. Le sujet de la circoncision est évité comme trop polémique mais celui de l’homosexualité, largement admise et pratiquée dans le monde grec et romain, est abordé parmi d’autres. Et Paul de montrer comment, oui, les moeurs des gentils sont différents des règles de pureté reçues d’Israël. On est dans le registre de l’impureté rituelle, pas dans celui du péché. L’argument principal de Paul – qui ne peut que plaire aux juifs, est : c’est parce que les hommes se sont détournés de Dieu que le péché est dans le monde. Et la longue liste des désordres cités, parmi lesquels l’homosexualité, n’en est que la conséquence. Ainsi Paul, flatte-t-il le sentiment de supériorité morale des Juifs. Les non Juifs ne reconnaissent pas la loi juive et donc ont, aux yeux des juifs de l’époque, des pratiques impures.

[Argument purement théorique puisque les juifs qui vivent dans l’empire connaissent très bien les moeurs des gens chez qui ils vivent et on ne peut pas imaginer qu’ils aient voulu les changer, ils s’en accommodaient.]

Mais, à partir du chapitre 9, il s’adresse aux chrétiens d’origine païenne, aux « nations »(Ro 11,13). Là aussi, il met en garde : il serait ben malvenu que l’olivier sauvage se moque de l’olivier d’origine sur lequel il est greffé. Il est un temps où une partie d’Israël est comme endurci et aveugle pour que l’ensemble de l’humanité puisse être sauvé (Ro 11,25). « Je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère, de peur que vous ne vous preniez pour des sages. »

Ainsi, invite-t-il à la modération. Car même si les gentils ne sont pas soumis aux lois des Juifs, tout n’est pas permis, tout n’est pas bon et il faut éviter la débauche. Mais il invite aussi à ne pas confondre l’acte d’idolâtrie (sacrifier aux faux dieux) et les usages sociaux : manger, boire avec les non-chrétiens, pouvoir acheter de tout ce qui se vend sur le marché (Ro 10,25) .

S’ensuivent de vigoureux et touchants appels à l’amour fraternel, au respect des différences, au non jugement. Qui es-tu pour juger un serviteur qui ne t’appartient pas ? demande saint Paul(Ro 14,4) car, précise-t-il encore, « Je le sais, j’en suis convaincu par le Seigneur Jésus : rien n’est impur en soi.Mais une chose est impure pour celui qui la considère comme telle » (Ro 14,14)

Notons qu’il n’y a plus aucune mention de l’homosexualité dans tous ces développements, Paul parle désormais de nourriture comme dans de nombreux autres endroits, puisqu’il semble que pour les premiers chrétiens la grande inquiétude morale soit de savoir si en mangeant avec des païens, ou même en mangeant des nourritures sacrifiées aux idoles, ils offensent Dieu et deviendraient idolâtres. Le Royaume de Dieu n’est pas question de nourriture répond Paul mais d’attachement au Christ. C’est tout le thème de la circoncision du coeur qu’il reprend aussi ailleurs et celui de la liberté fondamentale du chrétien qu’il développe aussi aussi en Corinthiens.

Bref, tout cela pour en arriver à cette simple proposition valable tant pour les juifs que pour les gentils : c’est l’adhésion au Christ seul qui justifie, il n’y a plus de loi nécessaire pour cela. Il n’y en a pas pour moi (je suis libre) et il n’y a pas plus pour mon frère que je n’ai pas à juger pour cela : lui-même a à s’accorder avec sa propre foi (Ro 14, 23).

Au passage, Paul aura montré que les reproches adressés aux gentils par les juifs peuvent s’appliquer également aux juifs, et que si il y a une obligation c’est bien de s’accueillir mutuellement les uns les autres comme le Christ nous a accueillis (Ro 15, 7).

Il n’y a plus de loi juive qui tienne. En Christ, les rites de pureté qui permettaient de se distinguer des païens n’ont plus lieu d’être. Ils séparent au lieu d’unir. Et donc l’homogénitalité, souillure des gentils citée parmi d’autres, du fait de leur méconnaissance de Dieu, n’a plus lieu d’être une raison de s’écarter d’eux. Paul ne faisait que rappeler aux Juifs leur code de pureté devenu maintenant inutile en Christ. Car, en Christ, rien n’est pur ou impur.

En Christ, il n’est plus de différence entre les êtres humains qui puisse justifier la séparation avec Dieu.

combat-pour-la-justice

Et le combat pour la justice ?

« Dans les Écritures chrétiennes, il y a moins de dix versets qui parlent de l’activité sexuelle de même sexe, sur plus de 31000 versets au total dans la Bible. En revanche, il y a des centaines de versets sur le soin des pauvres et des opprimés, et des centaines d’autres sur la façon d’utiliser ses biens et de l’argent. Certains fidèles chrétiens croient que nous devrions nous concentrer sur les questions de la pauvreté, la libération et la bonne gérance, plus que sur les questions de sexualité. »

Emmy Quegler,
Pasteur de l’Eglise Luthérienne

Source : queergrace.com