Luc 7, 44 : Se tournant vers la femme,
Il dit à Simon :
« Tu vois cette femme ? »

Jésus des recoins,

Tu voyais tout :
ceux qui se tiennent au centre
comme ceux qui restent sur le côté.

Emmène-nous dans tous les recoins
de notre vaste monde.

Car chaque fois que tu es entré dans une pièce,
c’était pour découvrir vie et amour
dans toutes les histoires ignorées
par les autres.

Amen

Pádraig Ó Tuama

Prière citée en exergue du livre de James Martin, Bâtir un pont- L’Eglise et la communauté LGBT, Cerf 2018, un livre fort où l’auteur, jésuite, s’interroge et propose des pistes pour bâtir un pont entre les membres de la commununauté LGBT et l’Eglise institutionnelle.

Source photo : The Lonely Boy par Iquano sur Deviant Art

La foi provoque chez les jeunes des sentiments d’aventure qui invitent à passer par des paysages incroyables, pas du tout faciles, pas du tout tranquilles… Mais vous aimez les aventures et les défis.

Le problème, c’est nous les grands qui, très souvent, avec une tête de je-sais-tout, disons : « Il pense comme ça parce qu’il est jeune, il va bientôt mûrir. »

Il semblerait que mûrir, ce soit accepter l’injustice, croire que nous ne pouvons rien faire, que tout a toujours été comme ça…

Pape François, aux jeunes du Chili, 17 janvier 2018)
(cité par La Croix du 19 janvier 2018)

C’est ça.
Jésus mort à 33 ans. Environ.
(et ressuscité)
Eternellement jeune, quoi !

Alors, écoutons, cet appel, ce chant, sans cesse renouvelé, de la jeunesse.
A chaque génération.
Chant du renouveau, chant de la promesse, chant de l’avenir.

A chaque fois nouveau, et pourtant le même.

Le chant de la folie de l’amour,
le chant de l’idéal du bonheur
le chant de la révolte contre l’injustice
le chant de la danse ininterrompue
le chant de la paix et de la joie réunies
le chant de la folie nouvelle
le chant de l’amour.

Sans cesse renouvelé.

Loin, si loin des conservatismes
du repli sur soi
de la peur du renouveau
qui existent aussi
et qui sont des caricatures
de la jeunesse.

Jésus est éternellement jeune
tourné vers l’avenir,
l’abolition de toute servitude,
tout esclavage,
toute discrimination,
tout jugement fondé sur la différence.

Jésus, est l’avenir en puissance,
en révélation,
en accomplissement de ses potentialités de vie.

Jésus, sauveur de la mort,
révélateur – réveilleur de la vie,
fi des conservatismes,
fi de l’endormissement,
fi de l’horrible conformisme.

Guérison un jour de sabbat
main atrophiée qui reprend sa forme naturelle,
épis froissées et mangés un jour de jeûne,
repas pris avec Zachée le publicain,
grondement contre les marchands du Temple,
folie, folie, folie,
de l’amour de Dieu.
Eternelle jeunesse,
Dieu en nos vies.
Jésus sur nos chemins.
Jésus
Aujourd’hui.

Z- 20 janvier 2018

« Fils de David, aie pitié de moi ! »

Voilà.
En Jésus, certains reconnaissent le « Fils de David ».
Bien sûr, cela fait référence au roi David, à son côté messianique, au roi selon le coeur de Dieu.

Jésus serait donc son descendant,
selon Mathieu, par Joseph, selon Luc, par Marie,
selon certains, par les deux parents.
Bref, il est de la tribu de Juda,
un rejeton lointain de la tribu de Jessé,
un descendant de David.

Mais dans ce temps de Noël
où l’on fait mémoire de la naissance et de l’enfance de Jésus,
il me vient à l’esprit l’image de ce petit rouquin qui gardait les troupeaux de son père,
un garçon agile et sensible, beau comme le plus beau des enfants des hommes.

Dans cette famille de fidèles à l’Alliance et au trône,
dans cette famille de guerriers valeureux,
c’est ce petit-là, mi-artiste mi serviteur,
enfant au coeur disponible,
qui est choisi.

Il est beau. Séduisant.
A vrai dire, tous tombent sous son charme.
les troupeaux et les herbes folles,
le vent et les notes de musique.

Tous tombent sous son charme.
Dieu lui-même.

Mais aussi le prophète,
et puis le roi Saül, et puis le fils du roi, Jonathan,
et même la fille du roi et soeur de Jonathan
et puis, et puis…

David.
Roi au grand coeur.
Roi authentique, serviteur non feint,
qui rassemble les tribus d’Israël,
danse nu devant l’Arche du Seigneur,
protège ton peuple de toute invasion.

David,
Roi fidèle,
à la vie tellement bouleversée
par tes amours, tes erreurs, les trahisons, les déconvenues.
Roi, toujours fidèle.

Roi messager,
Roi prophète,
Roi sensible,
Roi humain,
Roi donné.

Et qui pour te succéder ?

Tes fils te trahissent, complotent, envient et jalousent.
Personne pour te succéder?
Sinon Salomon, le fils de l’adultère,
le fils au grand coeur,
le fils de la sagesse,
le fils de l’amour?

Qui sera le Fils de David
qui pourra succéder à son père
et, ce, au delà de Salomon ?

Voilà toute la question.

Est-ce toi Jésus ?

As-tu ces reflets roux dans tes cheveux,
as-tu ce coeur sensible à la beauté de l’univers,
au chant du vent et du luth dans la prairie
au rythme du vivant qui ne peut que s’accomplir?

As-tu ce coeur qui t’accorde avec l’authentique, le beau, le vrai,
l’amitié de ton frère et semblable,
la beauté et la tendresse d’une femme,
la promesse d’un bonheur unique et pour chacun?

Jésus,
qui nait à Bethléem, un jour du temps,
grandit et devient homme à Nazareth en Galilée,
es-tu le Fils de David,
le roi promis,
l’homme au grand coeur,
l’homme disponible à la beauté,
l’homme-Dieu ?

Tu es cet enfant-là,
Jésus,
prince d’humanité,
roi de toute éternité
et humilité.

Jésus,
Fils de David,
aie pitié de moi,
emmène-moi avec toi !

Z – 30/12/2016

Source photo : Oeuvre de Hugo Laruelle

Victor Sidoni by Renato Gama

Ne te plaira-t-il pas, Seigneur Jésus,
de me donner ta vie comme tu m’as donné ta conception?
Car non seulement ma conception est impure,
mais la mort est perverse, la vie dangereuse,
et après la mort, reste une mort plus grave, la seconde mort.

Non seulement, répond-il, je te donnerai ma conception,
mais aussi ma vie,
et ma vie à ses différents âges :
la petite enfance, l’enfance, l’adolescence, la jeunesse ;
j’y ajouterai ma mort et ma résurrection, mon ascension
et l’envoi de l’Esprit saint.

Ainsi ma conception purifiera la tienne,
ma vie éclairera la tienne,
ma mort détruira la tienne,
ma résurrection précédera la tienne,
mon ascension préparera la tienne,
tandis qu’en suite, l’Esprit viendra en aide à ta faiblesse.

Alors tu verras clairement la voie où marcher,
la prudence avec laquelle marcher,
la demeure vers laquelle marcher.

Dans ma vie, tu connaîtras ton chemin :
de même que j’ai gardé indéfectiblement les sentiers
de la pauvreté et de l’obéissance,
de l’humilité et de la patience,
de la charité et de la miséricorde,
toi, à ton tout, tu suivras mes traces
sans dévier ni à droite ni à gauche.

Dans ma mort, je te donnerai ma justice,
je briserai le joug de ta captivité,
je combattrai tes ennemis,
ceux qui sont sur ta route ou à ses abords,
afin qu’ils cessent désormais de te nuire.

Saint Bernard,
Deuxième sermon pour la Pentecôte, § 5

qui-me-separera

Pas le temps de faire une grande éxégèse, mais comment ne pas relever les paroles si consolantes de la liturgie de ce jour, pour toute personne qui a entendu l’appel du Seigneur? Précisons quand même, je parle de l’appel à se laisser aimer.

Prenons le récit des Actes des Apôtres. Ce n’est pas l’application, même scrupuleuse, des rites ou des normes qui fait que l’on est sauvé.  C’est le lien indéfectible au Seigneur Jésus. Ce qui fait que la Promesse de la vie éternelle est faite à quiconque veut la recevoir en vérité, sans marchandage mesquin sur le respect des lois, le mérite, la préséance ou toute autre motivation venue de l’orgueil d’un ego qui n’a pas encore baissé les armes face à l’offre inconditionnelle d’un amour lui aussi inconditionnel.

Alors, oui, le salut peut être offert aux peuples, aux nations, à tous et chacun de toute culture,de toute origine. Et c’est l’esprit en paix, que  Paul et Barnabé peuvent partir en secouant la poussière de leurs sandales (obéissant en cela à une préconisation du Seigneur lui-même, rapportée dans les Evangiles), non sans laisser quiconque a reçu la promesse de la vie éternelle ( i.e. ceux qui peuvent, ceux qui sont disponibles) dans la joie. Car la Bonne Nouvelle de la proximité du Seigneur est joyeuse !

 Quand les Juifs virent les foules,
ils s’enflammèrent de jalousie ;
ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient.
Paul et Barnabé leur déclarèrent avec assurance :
« C’est à vous d’abord
qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu.
Puisque vous la rejetez
et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle,
eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes.
C’est le commandement que le Seigneur nous a donné :
J’ai fait de toi la lumière des nations
pour que, grâce à toi,
le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. 
»
En entendant cela, les païens étaient dans la joie
et rendaient gloire à la parole du Seigneur

(Ac 13, 14.43-52)

Les textes de l’Apocalypse et de l’Evangile du jour sont, du coup, très évocateurs de la liberté des enfants de Dieu du moment qu’ils sont unis au Seigneur. Ce que le Seigneur a uni ne pourra pas être défait. « Nous sommes uns » dit Jésus,  comme « le Père et moi, nous sommes uns. »

Moi, Jean, j’ai vu :
et voici une foule immense,
que nul ne pouvait dénombrer,
une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues.
Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau,
vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main.
(…)
l’Agneau qui se tient au milieu du Trône
sera leur pasteur
pour les conduire aux sources des eaux de la vie.
Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.

(Ap 7, 9.14b-17)

Seul critère : l’attachement au Christ. Plus encore que la confiance, l’adhésion, le choix du Christ. Il est précisé dans le’extrait de l’Apocalypse que le Seigneur rassemblera ses brebis et qu’il n’en perdra aucune, aucun de ceux qui se sont attachés à lui  – quelque soit sa condition, semble-t-il  ; le Seigneur a mission de les emmener à son Père. Quand cela arrivera-t-il?  Après la mort? Dès maintenant? Question  intéressante, pleine de sens et d’ouverture à laquelle il n’est pas répondu et que nous n’explorerons pas aujourd’hui.

En ce temps-là, Jésus déclara :
« Mes brebis écoutent ma voix ;
moi, je les connais, et elles me suivent.
Je leur donne la vie éternelle :
jamais elles ne périront,
et personne ne les arrachera de ma main.
Mon Père, qui me les a données,
est plus grand que tout,
et personne ne peut les arracher de la main du Père.
Le Père et moi, nous sommes UN. »

(Jn 10, 27-30)

Mais retenons cette notion d’attachement. Quand mon  coeur est brûlant en vérité de la rencontre du Seigneur, quand mon être  s’est ouvert à l’Être grâce à la rencontre d’autrui, quand  la beauté de l’autre – à son corps défendant parfois – vient réveiller la beauté de l’Être en moi et me révéler qu’il m’appelle,  quand l’autre a réveillé quelque chose de divin en moi, comme l’invite à m’ouvrir toujours plus, je pose la question : même si cette relation est de nature homosensible (et encore, qu’est-ce que ça veut dire quand on en est là !), qui pourra me séparer du Seigneur?

Z.