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Le coming-out, littéralement » sortie du placard »  pour dire l’acte et le moment où l’on révèle son homosexualité publiquement est toujours un passage délicat. La littérature et les médias ont tendance à le valoriser, ce qui est certes louable pour aider ceux qui en ont besoin à passer le cap mais qui peut aussi contribuer au malaise de ceux qui n’y sont pas encore prêts.
C’est une question qui revient régulièrement dans les conversations que j’ai à cause de ce blog et il m’a semblé utile de publier en français un petit article, originellement en anglais, que j’ai trouvé très bien fait sur le sujet, parce que respectueux des personnes auxquelles il s’adresse et laissant ouvertes toutes les possibilités.

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Pourquoi est-ce que je ne veux pas faire de coming out ?

Même lorsqu’on pense qu’on va être soutenu, faire un « coming-out » n’est pass facile pour chaque adolescent.

Un adolescent nous écrit:

« Bon, je connais des jolies filles, mais je préfère vraiment un garçon mignon. Donc, je pense que ça fait de moi un bisexuel. J’ai nié que j’étais attiré par les garçons pendant longtemps, mais maintenant je suis absolument sûr. Maintenant que je sais que j’aime les garçons, l’étape suivante est : est-ce que je dois faire un coming-out ?

Le principal problème est évident : mes amis m’aimeront-ils toujours et ma famille m’acceptera-t-elle? Je suis sûr à 99,99% que ma famille sera d’accord avec ça et je suis sûr à 100% que mes meilleurs amis m’aimeront encore. Alors, POURQUOI JE NE VEUX PAS FAIRE DE COMING OUT ???

Au début, je pensais que j’avais peur d’être ridiculisé par des gens avec qui je ne suis pas ami. Mais je me connais et je sais que je ne me renierai pas à cause de ce que pensent des étrangers pour moi. Donc, si ce n’est pas le cas, alors, qu’est-ce que c’est? « 

C’est une très bonne question ! Maintenant, personne d’autre ne peut répondre vraiment à ta place, mais je peux te donner quelques idées.

  1. « Sortir du placard » n’est pas toujours une bonne expérience. Alors que ce serait formidable si les coming-out se passaient tous bien, parfois il arrive que cela se passe mal.
  2. Un coming-out est une démarche vraiment personnelle. Lorsque vous dites aux gens que vous êtes LGBT, vous partagez quelque chose de très intime à votre sujet qui peut vous faire sentir exposé et vulnérable, même si vous êtes soutenu par vos amis et par votre famille.
  3. Faire un coming-out vous oblige à parler de sexualité. Évidemment, l’orientation sexuelle est beaucoup plus que le sexe, mais le sexe n’est pas absent de l’équation. On ne demande pas à l’ensemble des jeunes hétéros de s’identifier publiquement ou même de faire savoir vers qui ils sont attirés, mais c’est ce que nous sommes en train de faire quand nous nous attendons à ce que des ados LGBT fassent un coming-out.

Déterminer ta propre orientation sexuelle n’est en fait qu’une partie de l’équation. Tu peu décider de le révéler immédiatement après, ou pas avant longtemps.

Parfois, il y a des pressions pour se révéler, mais le fait de faire ton coming-out seulement quand c’est le bon moment pour toi, et non pas quand il correspond au calendrier de quelqu’un d’autre, est la clé.

Un autre adolescent suggère de faire le coming-out par étapes:

« Si j’étais toi, je commencerais par ma famille, peut-être un frère ou une soeur dont tu es proche d’abord, puis tes parents. Alors, s’ils sont cool avec ça, cela devrait renforcer ta confiance pour le dire à tes amis: tes amis les plus proches d’abord. Mais même si les gens sont un peu mal à l’aise avec toi au début, cela va probablement s’arranger en peu de temps – ne t’inquiète pas ! Les gens peuvent ne pas comprendre d’abord, mais aucun de tes amis proches ne se moquera de toi. Si tu as encore peur de le dire aux gens, commence par le dire d’abord à : tous les homosexuels ou  bisexuels que tu connais, tes meilleurs amis, les personnes que tu connais et qui sont cool avec l’homosexualité, etc. « 

C’est un très bon conseil. Alors que nous pensons souvent à faire un coming-out comme une grande déclaration solennelle, pour la plupart des gens, c’est quelque chose qui arrive à différents moments selon les personnes à qui le dire.

Trouver ne serait-ce qu’une personne avec qui tu peux en parler peut être vraiment utile. Tu peux très bien ne pas être prêt à révéler ton homosexualité à tous tes amis et à ta famille, mais identifier une personne en qui tu as confiance et avec qui tu peux partager ce que tu traverses, ce qui te ferait sentir beaucoup moins troublé et stressé.

Et même, il est parfaitement normal de ne pas vouloir faire de coming-out. Tu n’as pas à te sentir mal pour cela et à te forcer à ce coming-out  si tu n’es pas prêt. Prends ton temps et accorde-toi une pause !

 

Texte et photo : article d’ Ellen Friedrichs publié sur www.liveabout.com,le 27 octobre 2016.

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Je vous partage ce poème magnifique d’une jeune fille lesbienne qui proclame sa foi tout en assumant sa lesbianité. Par respect pour l’auteur, je l’ai laissé au féminin et ai choisi une illustration correspondante. En lisant ce poème en anglais, je n’avais pas compris immédiatement que c’était une jeune femme qui parlait (« I’m a gay christian. ») mais au total je comprends mieux encore la solidarité LGBT qu’outre-Atlantique on désigne de plus en plus par le mot « queer » de manière à ne pas insister sur telle ou telle singularité : homme, femme, gay, lesbienne, transgenre, bisexuel-le, asexuel-le… Or, tous ont en commun d’être ressentis comme « étranges », ce qui est à proprement parler le sens du mot « queer » et la souffrance que chaque population éprouve dans son chemin d’acceptation par soi et par les autres les rend profondément sensibles aux souffrances éprouvées par les autres singularités.

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Je suis une chrétienne gay.

Constamment, je suis étiquetée comme une hypocrite
parce que j’ai confiance en un Dieu qui apparemment
ne m’accepte pas.

Dieu appelle tout le monde à lui.
C’est l’église qui ne m’accepte pas.

Mes prières ne seraient-elles pas été entendues parce que
tous les soirs avant de me coucher, j’embrasse les lèvres d’une femme
au lieu de celles d’un homme?

Quand je m’agenouille devant la croix,
est-ce que je viens juste d’être sale
parce que je me suis également agenouillée
entre les cuisses d’une fille?

Je suis une chrétienne gay.

Chaque jour, on me dit: « Mais la Bible déclare clairement que
le mariage est entre un homme et une femme.
Comment justifiez-vous cela? »

Je pourrais en dire long sur le contexte historique
et la manière de lire entre les lignes.

Est-ce que ma compréhension de la Bible a une moindre
importance que la vôtre parce que vous prenez tout au mot près
et que ma foi me rend certaine que Dieu m’aime toujours?

Quand je lève les mains dans la prière,
est-ce que c’est en vain juste parce que
ces mains tiennent aussi ma petite amie la nuit?

Je suis une chrétienne gay.

Lorsque j’ai fait mon coming out,
j’ai reçu des messages sur Facebook citant le Lévitique,
des versets j’ai entendu mille fois.

Il est facile de se cacher derrière un écran d’ordinateur
pour me dire des choses que je peux vous répéter mot pour mot.

Est-ce que je ne suis pas autorisée dans l’église
parce que vous avez peur que j’essaie de convertir
tout le monde à être quelque chose qui n’est pas votre choix ?

Quand je lis la Bible,
est-ce que je suis incapable de de voir ce qu’elle dit
parce que ma «maladie» l’empêcherait?

Je suis une chrétienne gay.

On m’a dit que j’avais choisi de m’identifier comme gay,
mais, en fait, j’ai juste fait le choix d’accueillir ce que Dieu a fait
de moi pour que je sois heureuse.

La plupart des croyants n’ont aucune idée de ce que vous sentez
lorsque vous êtes attirée par quelqu’un
que vous n’êtes pas censé aimer.

Quand je regarde les yeux de mon aimée,
n’est-ce pas la même chose que ce qu’un homme et une femme
voient dans les yeux l’un de l’autre ?

À mon mariage, je vais commencer à pleurer lorsque je verrai ma mariée
descendant l’allée en blanc, alors dites-moi
que ce n’est pas le même amour!

Je suis une chrétienne gay.

Source : Musings and Rants of a Sketchbook Artist

Photo : extrait d’une vidéo faite par Monkey Business Images

 

Mon attention était récemment attirée par un petit article en espagnol publié par soy homosensual sur la bromance.

L’article fait référence à une étude récente menée par l’Université de Winchester au Royaume – Uni (mais il ne donne pas la référence), à propos de la relation que 30 étudiants britanniques hétérosexuels entretiennent avec leur meilleur ami. L’étude révèle que 29 étudiants déclarent avoir déjà passé du temps – une nuit – avec leur meilleur ami à se câliner, s’embrasser, avoir des caresses intimes et être à l’aise avec la nudité avec leur ami.

Cependant, ils sont – ils se disent – hétérosexuels. Quelle différence alors avec l’homosexualité ? L’article propose l’explication suivante :

« Ce qui distingue une histoire d’amour entre des hommes hétérosexuels d’une histoire d’amour entre des hommes homosexuels, c’est le manque d’attirance sexuelle. Les relations affectives entre les personnes du même sexe sont réelles et n’ont rien à voir avec l’orientation sexuelle des personnes, mais avec le niveau de confiance qui existe entre elles. »

C’est ce qui est signifié sous le mot de « bromance« , un néologisme formé de l’apposition de « brother » et « romance ». La bromance évoque une relation affective particulière avec une personne avec qui on se sent parfaitement en confiance pour se livrer nu et se laisser aller à des gestes sensuels sans que cela n’affecte l’orientation sexuelle.

The Graffiti Artist (2004)

Le mot semble avoir été créé dans les années 1990 pour désigner le genre de relations spécifiques qui se créaient entre les skaters qui passent beaucoup de temps ensemble. Une sorte de camaraderie-tendresse qui permettaient des gestes sensuels entre garçons, sans que cela soit considéré comme de l’attirance homosexuelle. On peut retrouver ce thème dans le film « The Graffiti Artist », par exemple, où un jeune tagueur introverti rencontre un autre garçon plus expérimenté avec qui il se lie le temps d’une virée nocturne pour taguer les murs de la ville. Voir un extrait ci-dessous :


Bromance, câlin et baisers entre hommes  in  « The Graffiti Artist » par GayClic

Le mot « bromance » a ensuite été utilisé, plus ou moins heureusement, au cinéma comme dans la vie réelle pour décrire une amitié forte entre deux hommes, au point qu’on peut se demander pourquoi il y a besoin d’un mot nouveau entre amitié et amour homosexuel. C’est ce qui ressort d’une partie de l’article que Michael Atlan consacre à ce sujet sur Slate (cliquer ici).

Une explication avancée est que le mot bromance permet de parler d’une tendresse dans l’amitié tout en continuant le déni de l’attirance homosexuelle.

Il me revient à l’esprit que, dans son ouvrage « L’amitié : Une épiphanie« , le théologien Jean-Marie Gueulette évoquait la possibilité, dans le cadre de l’amitié, de gestes de tendresse entre personnes du même sexe, allant jusqu’aux caresses intimes, sans que cela signifie une orientation homosexuelle. Pour lui, l’Occident souffre d’une hyper-virilisation des hommes qui a conduit à éduquer les hommes avec l’idée que la tendresse n’était pas permise entre eux. Selon lui, d’une part, cela crée une pression intérieure très forte, sous forme d’interdit, mais aussi cela éduque les garçons à confondre l’expression de la tendresse entre hommes avec l’homosexualité. La conséquence est que les hommes ne s’autorisent pas la tendresse alors qu’ils en ont besoin, à commencer par les plus sensibles d’entre eux, et le conditionnement sociétal est si fort que pour s’autoriser des gestes de tendresse entre amis l’on bascule facilement dans l’homosexualité, seule voie qui semble possible pour donner et recevoir de la tendresse du même sexe. Son hypothèse est donc que si l’on permettait, par l’éducation davantage les manifestations de tendresse entre hommes, il aurait moins d’hommes qui se découvriraient homosexuels.

Au moment où j’ai lu ce livre, il y a déjà quelques années, cette thèse m’avait séduit. Mais c’était encore le temps où j’étais dans le déni de l’homosexualité. Cette thèse elle-même n’est-elle pas la conjonction du déni inconscient de l’homosexualité et du désir de trouver une compatibilité avec la morale officielle catholique ?

Si l’on s’en tient à l’étude que je citais en début d’article, et qui en rejoint d’autres avant elle (cf. Wikipédia qui en cite d’autres), on constate que des jeunes hommes d’aujourd’hui ont une approche décomplexée de la nudité et de la sensualité entre amis tout en s’affirmant hétérosexuels. Poser un baiser sur la bouche, dormir ensemble nus,  se faire des câlins et des caresses,  avec quelqu’un en qui ils ont toute confiance, cela leur est finalement naturel. Est-ce une amitié enfin décomplexée, marquant la confiance et le relâchement jusqu’à l’intime avec l’autre ? Est-ce de la bisexualité? Est-ce encore le déni de l’homosexualité ? Comment savoir?

Si je regarde ma situation, je me dis que, plus jeune, j’aurais bien aimé que ce concept et cette réalité de la bromance existassent et qu’avec mes amis les plus intimes nous osassions des gestes de tendresse. Peut-être est-ce que cela en serait resté là. Mais, finalement, je sais bien au fond de moi que ce que je désire – aujourd’hui, en tout cas -, c’est la tendresse d’un homme, une tendresse stable et continue, celle que l’on vit lorsqu’on est amoureux et que cet amour se transforme en conjugalité. Avec une aventure telle que la bromance, j’aurais eu mon comble de tendresse, peut-être aurais-je continué à me croire hétérosexuel, peut-être avec une conjointe elle-même éduquée à la possibilité éthique de la bromance, cela aurait pu continuer un temps, mais, au fond, j’ai du mal à envisager cette bisexualité-là et j’ai du mal à envisager qu’affectivement mon coeur soit pris dans deux engagements différents. Car l’amitié aussi est un engagement. Au total, un jour ou l’autre, cela m’aurait rattrapé et je serais bien dans la même situation.

Reste que si, dans mon univers de l’époque, la possibilité de la bromance avait existé, j’aurais peut-être su plus tôt me dire à moi-même ce qui me travaillait et le partager avec d’autres… Ou pas.

 

Z- 22/06/2017

L’article suivant parle du rapport publié sous la direction de J.M. Bailey, en mai 2016 sous le titre « Orientation sexuelle, controverses et science ». J. Michael Bailey est psychologue et professeur a la Northwestern University, il pense pouvoir démontrer qu’une composante génétique est un facteur parmi d’autres qui prédispose à telle ou telle orientation sexuelle. Le rapport fait l’état de l’ensemble des connaissances actuelles sur le sujet et montre que l’on ne choisit pas son orientation sexuelle.

Dans toute culture, souligne le rapport, un petit pourcentage de gens éprouvent des attirances « non hétérosexuelles » qu’il ne faut donc pas confondre avec leur expression sociale qui varie beaucoup selon les normes en vigueur de chaque société.

Des « évidences scientifiques » suggèrent que des facteurs biologiques, incluant des influences hormonales ou des profils génétiques, contribuent à l’orientation sexuelle, bien qu’ils ne soient pas les seules causes. Par ailleurs, des études contredisent l’idée que l’orientation sexuelle puisse être acquise d’une manière ou d’une autre : les enfants adoptés par des couples homos, par exemple, ne manifestent pas de plus grande préférence homosexuelle que le reste de la population.

Selon les auteurs du rapport, ces premières conclusions font consensus parmi les chercheurs. Mais d’autres questions sont plus controversées. Alors que J.M. Bailey décrit l’orientation sexuelle comme clairement polarisée (entre gay, lesbienne, hétérosexuel, bisexuel), certains chercheurs comme Ritch Savin-Williams, autre spécialiste de la question, soutiennent que l’orientation sexuelle est plutôt distribuée selon un continuum.

La question de savoir si les gens peuvent choisir ou non leur orientation sexuelle est abordée à la fin du rapport. À ce sujet, les auteurs distinguent nettement l’attirance sexuelle et les pratiques réelles, la première ne concordant pas toujours. L’attirance étant fondée sur le désir, il n’est pas vraiment possible de « choisir » ses désirs. Selon J.M. Bailey, la question sensible du « choix » est faussée par une confusion entre les positions morales et les connaissances scientifiques.

Jean-François Dortier
Sciences Humaines n° 284 – août-septembre 2016

Source texte : www.scienceshumaines.com

Source photo : Je suis gay et musulman, documentaire de Chris Belloni sur la situation des personnes homosexuelles au Maroc.

LES TROIS RAISONS POUR LESQUELLES JE NE VOULAIS PAS ÊTRE GAY
par Jim Decke

(traduit de l’anglais)

« Pourquoi avez-vous renoncé à devenir hétéro? » Cette question m’a été posée récemment par un nouvel ami. Il m’avait vu donner mon témoignage à l’église sur le fait d’être chrétien et gay et il avait lu mon histoire sur Facebook. Je lui ai dit qu’être hétéro ne m’importait plus, que je me contentais de vivre seul comme un célibataire et que Dieu était content de moi. En quittant notre conversation, j’avais le sentiment de ne pas avoir vraiment répondu à sa question, ou à la mienne. Alors, j’ai beaucoup réfléchi depuis.

J’ai su que j’étais gay avant d’avoir 10 ans, mais l’impact total de ce que cela signifiait ne m’a pas atteint avant l’adolescence. J’étais gay ! J’ai tout fait pour changer. Je suis allé voir des conseillers, j’ai vu des psychologues, des psychiatres, des travailleurs sociaux et des pasteurs. J’ai passé 2 ans dans un programme de rééducation, j’ai rejoint un petit groupe d’ «ex-gays», j’ai lu des livres et des témoignages sur la façon d’être hétéro. Plus que tout autre chose, j’ai prié, prié, prié, prié, prié, prié …

Je savais que la Bible condamnait l’homosexualité, et avec ce peu de connaissances, j’en ai conclu que jétais en train d’aller en enfer. J’ai grandi dans une famille chrétienne, mais j’étais terrifié à l’idée de parler à quelqu’un de l’homosexualité, il n’y avait donc personne qui aurait pu laisser une lumière dans mon obscurité. Ma première raison de vouloir être hétéro, c’était d’éviter d’aller en enfer.

La deuxième raison pour laquelle je ne voulais pas être gay était d’éviter le rejet. Les seules choses que j’aie jamais entendues à propos des homosexuels, c’était des blagues grossières, du dégoût et des moqueries. Pour moi, il était clair que je ne pouvais pas être considéré comme un homme, et encore moins être digne d’amour ou d’acceptation, si j’étais gay. Je voulais avoir des amis et être conforme au modèle, et j’ai pensé que je ne serais pas considéré comme grossier et indésirable si j’étais hétéro. La peur et la honte étaient insupportables, et le besoin constant de cacher mes attractions gay était une tâche épuisante et impossible.

J’étais seul et j’avais peur à l’idée que je serais ainsi pour le reste de ma vie. Je voulais partager ma vie avec quelqu’un et je pensais que le fait d’être hétéro et d’épouser une femme était la seule façon de répondre à ce besoin et d’être heureux, et satisfait. Les simples faits de regarder un film tout seul, par exemple, ou d’aller faire mes courses seul à l’épicerie et, ça, pour le reste de ma vie, me semblaient tristes et déprimants. Je ne voulais pas vieillir seul. La troisième raison pour laquelle je ne voulais pas être gay, c’est pour que ma vie ne soit pas vide.

Je vais avoir 41 ans en avril et je ne ressens plus le besoin d’être hétéro. Je sais que Dieu ne me condamne pas pour avoir des attractions ou des tentations homosexuelles. La Bible n’appelle jamais péché l’une ou l’autre de ces choses, elle condamne seulement le comportement*. Loin d’être promis à l’enfer éternel, je suis pleinement aimé et accepté par Dieu et, un jour, j’espère entendre les paroles, « Très bien, serviteur bon et fidèle » (Mt 25,23) Je vais passer l’éternité avec Dieu!

Comme je me suis lentement ouvert à des amis sur mes attractions de même sexe, au lieu de rejet, j’ai trouvé l’amour, la compassion et l’amitié. Avec l’acceptation de Dieu et des amis proches, j’ai pu m’accepter. Je ne vis pas ma vie dans la peur ou la honte, mais comme un ami et comme l’égal aux autres.

Une vie remplis d’amis et de camaraderie n’est une garantie pour personne. Dieu ne fait aucune promesse sur ces choses. J’ai actuellement les meilleurs amis que je pourrais demander et plus de gens qui partagent ma vie que j’avais besoin. Ce n’est pas toujours ainsi, mais j’ai vu la fidélité de Dieu et je sais qu’il répondra toujours à mes besoins. Je refuse de craindre ou de m’inquiéter pour l’avenir quand Dieu dit que nous n’avons pas besoin de s’inquiéter. Déjà ça.

Jim Decke,
article publié le 24 mars 2014 sur www.atacrossroads.net

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(*) Précision : ce témoignage intervient dans une culture où l’on a pensé que l’homosexualité était condamnée par la Bible, ou bien qu’elle était une maladie, et où l’on pense maintenant que les gays ne sont pas condamnés par la Bible mais leurs actes sexuels, si, et donc qu’ils doivent rester continents.
Personnellement, je ne suis pas pour la débauche mais je ne se suis pas non plus pour cette continence-là. Il y a quelque chose d’inhumain à brimer une personne dans sa sexualité, dans sa capacité à donner et recevoir de la tendresse de manière sexuée. Aucun des arguments que j’entends ou lis n’arrive à briser cette conviction intime que Dieu, dans son projet d’épanouissement de tous les hommes et de tout homme, ne demande pas cela.
Et plus j’entends les arguments avancés, moins j’y vois la posture évangélique. Imaginant Jésus rencontrant les personnes gays, je ne peux pas douter un instant non seulement de sa compassion mais de sa geste de rétablissement dans la dignité pour toute personne rencontrée, tout paria, tout rejeté tout rabaissé socialement. Un être humain est un être humain, il a les mêmes droits et devoirs que les autres êtres humains. Non pas tant envers la loi ou la culture ambiante, d’ailleurs, qu’envers la vérité.

Z.

Source photo : One kiss (Un bacio), film de Ivan Cotroneo, 2016, avec Rimau Grillo Ritzberger, Leonardo Pazzagli, Valentina Romani.