Fraternité amitié amour. Voilà encore un de ces triptypes que j’aime bien. Vous savez, ce genre de concepts qu’à l’usage on prend parfois les uns pour les autres ; et pas qu’à l’usage d’ailleurs, c’est parfois si confus dans nos coeurs, nos esprits et nos corps !

D’amitié, j’ai rêvé. Sublime, merveilleuse, asexuée en quelque sorte. J’en ai rêvé, je l’ai touchée également. Elle m’était donnée, je ne faisais que recevoir, tellement conscient que j’étais de n’avoir rien fait pour éprouver une telle beauté, une présence et la force de vie surgie de nulle part, d’un tréfond de moi-même et que la rencontre avec l’autre venait tout à coup éveiller. Oui j’ai cru qu’elle était don de Dieu, elle était tellement belle, j’en étais l’invité, elle était l’hôte. Comment ne pas imaginer quelle est don de Dieu et promesse d’un amour qui remplit tout, qui donne sens, qui ait une telle évidence que plus rien n’a d’importance que lui.

Mais il me faut pourtant apporter des nuances. Par exemple, j’ai dit qu’elle était asexuée. De fait, son objet n’était pas le sexe, mais elle était clairement ressentie à l’égard d’un autre homme. Et il se pourrait que ce fut juste mon immaturité de jeune homme naïf et exalté qui ne l’ait pas conduite dans une expression corporelle. Elle aurait pu se muer en tendresse et en expression sexuée ou sexuelle. Juste pas eu le temps. Est-ce que cela l’aurait affectée, transformée, réduite en luminosité ? Je n’en sais rien.

Par ailleurs elle introduisait à un amour plénier, un amour de toute l’humanité mais il est si clair aussi que le catalyseur en était cette relation privilégiée. Certes, j’aimais le monde entier mais c’était à travers cet éveil à la beauté intérieure et partagée que provoquait la rencontre avec cet ami. Et comment ne pas constater que j’avais un amour préférentiel pour cet ami ? Au fond, probablement étais–je amoureux (j’en parle ici) et appelais-je amitié l’embrasement soudain de deux cœurs et de deux vies qui me semblait si merveilleux que même l’amour, à ce que j’en savais – c’est- à-dire fort peu et seulement à considérer les couples formés autour de moi – me paraissait fade.

A l’époque, j’aurais aisément parlé d’amitié spirituelle pour qualifier notre relation. Et mes lectures mystico-monastiques des auteurs cisterciens comme Aelred de Rielvaux m’encourageaient en ce sens. Pas sûr que je comprenais bien ce que je lisais, mais mon cœur s’enflammait dans ce genre de lectures et semblait y voir la confirmation de ce qu’il éprouvait. De là à imaginer que cette amitié était œuvre de Dieu, que Dieu allait s’en servir pour faire je ne sais quoi, il n’y avait qu’un pas. Et même si c’est vrai, alors, était-ce aussi Dieu qui nous parlait quand nous fûmes séparés ? Dieu a donné, Dieu a repris, loué soit son nom ? Et cette douleur qui reste au fond de l’âme, cette souffrance d’être brutalement séparés, cette incompréhension qui en résulte sur le sens de l’existence et qui, d’une certaine manière, m’a poursuivi jusqu’à aujourd’hui ? Cette nostalgie surtout d’une beauté un instant entrevue, éprouvée et partagée et qui semble désormais inaccessible… sinon en allant la chercher loin, loin, profond, très profond au-dedans de moi.

Avec les années m’est venue une autre révélation, celle de ma structure psychologique. Cette beauté ressentie qui semblait raviver et constituer mon être, cette fusion entre nos âmes, n’était-elle pas aussi préparée, provoquée peut-être, par des blessures d’enfance, un besoin d’amour et d’assurance inassouvis par l’insuffisance de l’amour maternel ? Et alors ce ne serait que ça ? Oui, probablement, cela m’a préparé à vivre cette expérience. Et non, cependant, cela ne suffit pas à expliquer l’intensité, la fulgurance et la douceur tout à la fois de ce qui nous est arrivé, cette sensation d’entrer dans une Présence, d’être habités de cette présence. Elle survient du fond de nous, mais en même temps c’est parce que l’autre vient de la réveiller en même temps qu’elle se réveille en lui ; et cette Présence, cette « amitié » ne nous appartient pas, elle nous échappe, elle nous entoure, nous remplit, nous rassemble, mais nous n’avons pas la main dessus. Elle est là, merveilleuse de douceur et d’unité, et, même si elle vient de nous, elle n’est pas de nous.

Elle a aussi des aspects curieux, même si c’est marginal : le fait de penser instantanément la même chose d’événements vécus ensemble sans avoir besoin de se parler, de sentir sur un regard échangé en silence ce qui nous avons à faire, ou plus bizarrement cette capacité à faire les mêmes rêves, la même nuit, à 200 km de distance l’un de l’autre, sans s’être contactés auparavant comme on le ferait aujourd’hui si facilement par un réseau social, téléphone ou mail.

Souvent nous avons pensé à cette expression citée par les Actes des Apôtres (Act 4,32) : « Ils n’avaient qu’une seule âme et qu’un seul coeur. » Ou au Psaume 132 : « Qu’il est bon, qu’il est agréable pour des frères d’habiter ensemble ! » Sauf qu’ils s’agit là d’exemples communautaires, et qu’en fait de communauté, nous n’étions que deux, totalement épris l’un de l’autre sans le savoir, dans un climat de complicité innée totale.

Alors amitié ou amour ? Ca n’est toujours pas clair pour moi. Un peu des deux, peut-être ? En fait le mot n’a pas d’importance. Il y a tellement de manières différentes d’éprouver et de parler tant de l’amitié que de l’amour ! Je ne peux parler que de celle que je connais pour l’avoir vécue. Peut-être cela ne correspond pas à ce que d’autres en diraient mais ça n’est pas grave car je ne prétends pas faire une théorie sur le sujet.

Pour moi, l’amour ou l’amitié se sont découverts avec une rencontre précise et quelques fragrances depuis, en général non partagées. J’en retiens que je ne sais pas aimer de manière universelle mais seulement de manière particulière, et que c’est ce particulier qui m’ouvre à l’universel. Un particulier chaque fois différent, chaque fois singulier, avec ce risque permanent de captation de l’autre, de son attention, de son amour pour ma satisfaction personnelle, pour contenter mon besoin de tendresse et de reconnaissance, pour combler le vide de l’amour pas assez reçu aux moments décisifs de mon histoire. Ce risque, je le connais. Plus je le connais, mieux je l’appréhende, plus je l’apprivoise. Et plus je l’apprivoise, plus je puis rencontrer autrui sans enjeu de captation, juste rencontrer et constater que cette beauté originelle est également en lui, même s’il ne le sait pas. Se tenir en présence de cette beauté, en être le témoin, parfois l’éveiller et l’accompagner dans son déploiement, sont des moments eux aussi merveilleux. Secrets et merveilleux.

La fraternité naît de ce constat d’une commune humanité, et plus exactement d’une commune étincelle en chacune de nos vies, qu’un rien suffirait à allumer si nous y étions disponibles. En attendant, l‘entretenir et la faire grandir – chez moi comme chez l’autre – pour le moment où, mystère divin, elle grandira tout à coup comme un feu, sans qu’on sache si c’est comme poussé par un grand vent intérieur qui soufflerait dessus et l’amplifierait ou si c’est de s’éveiller en réponse à une autre étincelle, un autre embrasement, provoqué par la rencontre ou bien par l’indignation face à une situation d’injustice qui remettrait en cause notre commune humanité. Les deux sont possibles.

Ces quelques lignes sont le prolongement d’une réflexion entamée avec un interlocuteur qui se reconnaîtra peut-être en lisant ces quelques lignes mais dont je n’ai pas à partager la teneur. Il y a juste ces quelques mots qu’il lâche au milieu d’un de nos échanges : « J’ai besoin oui d’un frère qui sache me regarder ainsi… » Mots qui à la fois m’interpellent, me renvoient à une nécessaire humilité, mais aussi à l’obligation de témoigner pour que d’autres trouvent leur chemin pour autant que ce que j’ai pu parcourir puisse les y aider.

C’est quoi un frère sinon quelqu’un en qui l’on reconnaît une commune humanité, et donc, dans une perspective chrétienne, une communauté d’origine et de visée vers l’avenir ? L’éveil et l’entretien de cette beauté fait partie du programme.

Z.

Source image : trouvée le 15 août 2018 sur abraxas-excaliber.tumblr.com, blog aujourd’hui sans contenu.

Papa est parti
Maman n’est pas gentille
Je suis si seul

Papa est parti hier
Maman n’est pas gentille
depuis si longtemps
J’ai grandi seul

Papa est parti
il était gentil
Maman n’est pas gentille
Ainsi sont toutes les filles?

Papa est gentil
faible et gentil, si fragile
Maman est imprévisible
Un jour oui oui, un jour non, et que ça file !

Non, pas d’amis ici
Non, pas d’amis là-bas
Le monde est dangereux
Les gens ne le voient pas?

Papa est gentil
Maman est imprévisible
Et je suis seul

Et puis j’ai grandi
Devenu un homme maintenant
Et toujours ce petit garçon
au fond de moi, qui crie
Je me sens si seul et incompris.

Z.

Source image : Kirill Sokolovsky, danseur au Vaganova Ballet Académie (Russie)

Amour, sexe et tendresse…

Amour, sexe et tendresse. Je pose ces mots sans savoir encore ce que je vais en dire, mais je sens confusément en moi qu’il faut que j’en parle, que j’ai quelque chose à éclaircir à ce sujet. Amis lecteurs, le croirez-vous que vous allez découvrir ce que j’en dis de la même manière que je vais le découvrir aussi ?

Par quoi commencer ? Par poser les termes peut-être pour y voir plus clair, et par celui qui assurément va faire monter le taux de clics de cette page : le sexe.

Sexe

Nombre de gays ont un rapport au sexe quasi compulsif. L’entrée en relation semble se faire d’abord par le rapport au corps et la possibilité d’une relation sexuelle. Pour certains, cela est ancré de manière si ancienne et habituelle que parler d’amour, même si cela reste l’idéal de tout un chacun, c’est pour ainsi dire parler chinois. La prégnance du besoin sexuel est telle que l’amour, et donc la rencontre réelle des personnes passe à côté.

La fascination pour la beauté du corps masculin n’aide pas. On est fasciné par un corps beau et jeune, un corps qui ne vieillit pas. Or, c’est notre lot commun : nous vieillissons, nos relations vieillissent avec nous. L’attirance sexuelle que je ressens, de manière idéale pour ne pas dire fantasmatique, pour tel corps, se maintiendra-telle à travers les âges ou serais-je sans cesse en recherche de l’autre au corps idéal, tel un rocher qui ramène sans cesse au même point le Sisyphe que je serais devenu ?

Dans le registre « sexe », il y a aussi, cette soif de performance sexuelle et ce désir, rarement assouvi par le corps seul, de plaisir, de goût de vivre, de se ressentir vivant. Mais, si ce n’est qu’avec le sexe, de manière si éphémère, si triste parfois quand la personne avec qui se commet une relation sexuelle ne représente rien à nos yeux… il n’y a pas d’amour, pas de tendresse. Et si, gestes de tendresse, il y a, c’est avec ce sentiment d’usurpation, de fausseté, ou même de dégoût a posteriori, parce qu’ils ne sont pas reliés à l’amour.

Oui, je pense que le sexe seul est triste.

Tendresse

Peut-être est-ce le besoin fondamental de l’humanité. Fondamental au sens de vital, fondamental bien avant l’amour dont il est pourtant une manifestation. Fondamental, parce que même si la tendresse semble sortie des contingences matérielles, elle est à poser à la base de la pyramide de Maslow au même titre que les besoins vitaux : manger, boire, dormir, être en sécurité.

Nous avons tous besoin de tendresse, même les plus carapacés d’entre nous.

Nous en avons eu besoin en notre enfance et nous en avons besoin tout au long de notre vie.

Il est possible que les personnes homosexuelles aient un rapport à la tendresse différent, soit qu’elles en aient eu davantage besoin, soit qu’elle leur ait spécialement manquée, ou pour d’autres raisons encore. Il me semble cependant que tous, quelle que soit notre orientation sexuelle, nous avons besoin et aurons besoin de tendresse toute notre vie même si les modalités peuvent changer.

Pour ce qui me concerne, je sais à quel point ce besoin est présent pour moi. Je ne suis pas totalement dupe que j’ai besoin de la tendresse que je n’ai pas reçue suffisamment quand j’étais enfant avec le risque de connoter toute relation nouvelle de ce besoin de tendresse qui ne lui appartient pas forcément. En clair, j’ai besoin de sentir mon cœur s’épancher envers quelqu’un et sentir un retour à cet épanchement, j’ai besoin que cela se manifeste par des gestes de tendresse, le toucher, les bisous, que sais-je encore ! Autant de marques qui me restaurent dans mon existence, mon plaisir à être là aujourd’hui en relation avec les autres et l’univers, à m’y sentir le bienvenu et à ma place. Mais ce besoin vient de tellement loin, du fond de mon enfance, que le risque est grand de faire jouer à des relations actuelles le rôle de pourvoyeur d’une tendresse autre que celle qu’une relation égalitaire devrait apporter.

A travers la tendresse, c’est la reconnaissance de l’être qui se joue, le droit à exister.

Parce qu’elle peut s’exprimer par l’usage de son corps et donc par des gestes sexuels, il est facile de confondre tendresse et sexualité. Parce qu’elle remue tout l’être dans son entier, il est facile de confondre la tendresse (que ce soit des élans spontanés de tendresse envers quelqu’un, comme la circulation de tendresse entre personnes) comme de l’amour. Le risque de confusion est permanent.

Une des plus grandes confusions pour moi est celle entre l’amitié et l’amour. Ce besoin naturel de reconnaissance et de tendresse qu’apporte et entretient l’amitié peut se fondre dans ce besoin encore plus immense d’exister, d’être touché, caliné, reconnu, et muter en un désir sexuel inapproprié ou se confondre avec l’état amoureux. Les deux semblent si proches…

Amour

Tant de poèmes, tant d’écrits mystiques, tant d’ouvrages sur le sujet. A-t-on jamais fini de comprendre et expliquer l’amour ? Il semble qu’on tourne autour, cherchant des mots pour le dire alors qu’il est au-delà des mots. Il est l’expérience d’une Présence à soi et à l’autre qu’aucun mot ne sait enfermer pour le décrire.

Il me semble qu’une des différences avec la tendresse est que dans cette Présence à Soi et à l’Autre, l’amour nous décentre de nous–même et nous révèle par l’Autre. Bien sûr, quand j’aime, je m’aime moi-même comme aimant – ressentant l’amour donné – et aimé – ressentant l’amour reçu, mais je ne suis pas dans la recherche d’une tendresse qui viendrait confirmer ou nourrir mon être. En tout cas, pas immédiatement. Quand j’aime, je me perds dans l’autre, sa beauté intérieure m’a invité et je me suis allé à plonger dans cet océan infini qui curieusement parle aussi de moi même si je ne m’en aperçois qu’après. L’autre, oui, est cet océan dans lequel je plonge, fasciné, appelé par tant de beauté qu’il s’agirait de ne surtout pas abîmer. Oui je deviens serviteur de cette beauté qui me parle, je deviens « gardien » de mon frère/ ma sœur, au sens biblique.

On peut donc aimer gratuitement. On peut aimer sans retour. On peut aimer solitaire. On peut aimer au fond d’un monastère. On peut aimer l’humanité entière. On peut aimer Dieu, la divinité, le mystère divin. On peut être l’Ami de l’Aimé.

Et puis, il y a ces fois – rarissimes ? – où la beauté infinie de l’autre rencontre notre propre beauté infinie, ces fois où les deux océans semblent se mirer l’un dans l’autre, se reconnaître, s’appeler et s’inviter l’un l’autre.

Deux océans qui se reconnaissent. Ou, également, dans mon expérience, deux paix qui s’éprouvent en même temps comme se donnant, et se nourrissant l’une l’autre, et l’une à l’autre sans qu’aucune n’en soit l’origine. Peut-être cela est-il vrai aussi de la Joie telle qu’elle est décrite dans les effusions post Résurrection des premières communautés chrétiennes, cette Joie indicible, communicative, qui se donne, se transmet et fait naître à la découverte fondamentale qu’on est Aimés une fois pour toutes !

Eh bien voilà, je ne savais pas où j’allais en écrivant cet article. Je ne prétends pas avoir tout dit sur le sujet mais j’ai le sentiment d’avoir éclairci quelques points pour moi en les verbalisant. Pour conclure, il me semble important de relever que, amour, sexe et tendresse, souvent les trois sont liés mais peut-être pas dans le bon ordre et que nos besoins fondamentaux d’être aimés et reconnus dans l’amour nous font parfois confondre l’un avec l’autre. A défaut d’être Aimé, (et de s’aimer soi-même ?) donner ou recevoir un geste de tendresse ou se ressentir vivant dans la sexualité… Mais, il me semble, ce n’est pas le chemin. Pas mon chemin.

Je voudrais… si sexe il y a, qu’il y ait d’abord de la tendresse, et, si tendresse il y a, qu’elle ne s’origine pas seulement dans le besoin de l’enfant qui n’en a pas eu assez mais qu’elle soit celle de l’amour qui s’épanche naturellement de l’un à l’autre, ici, maintenant.

La tendresse s’il y a lieu, de même que l’exercice de la sexualité, ne sont alors que des cadeaux conséquents à l’amour donné et reçu vers et par l’autre. Cadeaux, conséquences, pas immédiatement nécessaires, mais donnés et reçus, avec beauté, avec bonté.

Du coup, pour ma part, j’ai envie de faire du #FAUVE, et de dire :

Tu entends l’univers ? Je sais que l’Amour existe, je sais qu’il est fait pour moi. Alors, oui, on a déconné, on a perdu du temps. Mais là j’ai compris, je viens. Je le sais que j’ai besoin d’amour, et je le sais que cet amour, on peut le partager. Alors, tu entends l’univers, j’arrive, je viens. Je le veux cet amour. Je l’attends cet amour complet et irrésistible qui me précède et qui est plus grand que moi, je veux le rejoindre, le goûter et le partager.

Tu entends l’univers, j’en ai besoin. Alors s’il te plaît, donne-moi de le connaitre, de l’éprouver dès ici-bas, à travers l’amour d’une personne en particulier ou à travers l’amour de l’humanité en entier, c’est toi qui vois.

Z – 26/11/2017

Tu nous entends l’Amour? Tu nous entends?
Si tu nous entends, il faut que tu reviennes parce qu’on est prêts maintenant, ça y est
On a déconné c’est vrai mais depuis on a compris
Et là on a les paumes ouvertes avec notre cœur dedans
Il faut que tu le prennes et que tu l’emmènes

FAUVE # BLIZZARD

Tu nous entends l’Univers? Tu nous entends?
Si tu nous entends, attends-nous! On arrive
On voudrait : tout comprendre, tout savoir, tout voir, tout vivre
On cherche la porte du nouveau monde pour pouvoir s’y fondre en grand
Tu nous entends toi qui attends? Tu nous entends?
Si tu nous entends souviens toi que t’es pas tout seul. Jamais
On est tellement nombreux à être un peu bancals un peu bizarres
Et dans nos têtes il y a un blizzard
Comme les mystiques losers au grand cœur
Il faut qu’on sonne l’alarme, qu’on se retrouve, qu’on se rejoigne
Qu’on s’embrasse, qu’on soit des milliards de mains sur des milliards d’épaules
Qu’on se répète encore une fois que l’ennui est un crime
Que la vie est un casse du siècle, un putain de piment rouge
Nique sa mère le Blizzard
Nique sa mère le Blizzard
Tout ça c’est fini

FAUVE # BLIZZARD

photo : extraite du film La contrée des orages (2015)

Je ne sais pas si je suis gay ;
Ce que je sais,
C’est que je suis bien avec toi.

Je n’ai jamais pensé faire l’amour avec toi,
Juste, je suis bien avec toi.

Lorsqu’il m’arrive d’avoir des érections
Du fait de ta présence ou de mon imagination,
Je m’en veux et m’efforce de passer à autre chose,
C’est seulement d’être bien avec toi qui me plaît.

Ce sentiment de plénitude,
D’accomplissement,
De présence.

Ta présence à côté de moi,
Ton souffle tranquille quand tu dors,
Le son de ta voix quand tu me parles,
Ton regard qui me couvre d’amitié,
Tout cela fait qu’avec toi je suis bien.

Bien sûr toucher ta main, te frôler,
Te sentir du bout de mes doigts ou de mon corps
Cela me plaît aussi mais pas comme un plaisir érotique.

C’est juste l’essor naturel de notre lien,
L’assurance tranquille d’un don de l’un à l’autre
Et de sa réception.
La tranquille certitude d’être aimé
Et de le partager.

Je ne sais pas si je suis gay,
je suis juste bien avec toi.

Ca ne m’empêche pas de penser aux filles
Et même d’éprouver de l’attirance pour telle en particulier,
Mais tu demeures mon ami à jamais,
C’est vers toi que revient sans cesse mon coeur.

Les autres amis sont les bienvenus aussi,
Les tiens, les miens, comme des cadeaux de l’univers,
Mais tu es celui qui comble mon attente,
Cette attente que j’ignorais et qui tout à coup
Se trouve à la fois dévoilée et remplie.

Où est la part d’accueil,
La part de don,
La part d’échange,
La part de désir ?
Je ne sais pas.

Quelle est la part du corps,
Celle de l’instinct sexuel ?
Je ne sais pas.

Il y a juste cette tendresse magnifique
Qui se révèle.

Elle m’a pris au dépourvu,
Elle touche sans le dire mon besoin d’amour
Et le comble en même temps.

Tellement intensément
Immensément
Et simplement
Que je veux bien l’appeler
Amour
Ou Dieu.

Amitié, amour…
Signe de Dieu, signe d’humanité…

Dévoilement de ma sensibilité,
Homosensibilité ?

La vérité, mon ami,
C’est qu’après toutes ces années,
Lorsque tu viens en mon souvenir,
Tout cela est encore présent
Comme au premier jour,

Et que je ne sais toujours pas
Si je suis gay ou pas,
Je suis seulement bien avec toi.

Zabulon – 30 sept 2017 – à V.

Source photo : Warwick Rowers

Paradoxe.
Il y a parfois en nous une fragilité et une résistance
et elles semblent s’exercer sur le même objet.

Fragilité des premiers instants,
blessure du non accueil, de l’abandon ou de la maltraitance,
blessure de ne pas être vu, ou reconnu, ou aimé,
blessure du sourire non rendu au moment où il te fait vivre,
blessure de l’existence – à quoi je sers, qu’est-ce que je fais là ?
blessure d’avoir à faire plaisir, se conformer, pour survivre.
Oubli de soi. Juste besoin de survivre.
Blessure du narcissisme premier.
Fragilité qui se réveillera avec les grandes contrariétés de la vie,
avec le risque de retomber dans l’instinct de survie, le repli sur soi
le désir vain de plaire, d’une confirmation extérieure,
et même l’attente d’un sauveur, d’une solution « magique »,
la peur panique et inconsciente de ne pas survivre
que certains appellent – abusivement – victimisation,
et qui est en fait un appel à l’aide:
« Au secours, sauvez-moi, je ne sais pas me débrouiller seul,
Je n’ai pas appris à avoir confiance en mes pas. »
Blessure du narcissisme premier.

Résistance.
Résistance qui serait fierté si elle n’était pas aveuglement.
Résistance d’avoir survécu en lâchant ce qu’il y avait à lâcher pour survivre
sans jamais perdre la conscience inconsciente d’un être violenté et différent,
résistance enfouie dans les profondeurs du non-verbal – Je suis. Je veux vivre.
résistance à croire qu’on peut être aimé – qu’est-ce que ça cache ?
résistance face à toute contrainte quand bien même ce serait pour mon bien,
résistance – je ne me donne pas, j’ai déjà lâché tout ce que j’avais à lâcher.
résistance face à tout ce qui peut être ressenti comme un danger.
Bravade, panache, force, pour les uns ou les autres.
Seulement, l’instinct de survie.
Résistance enfouie, résistance de la blessure.
Résistance.

Double paradoxe.
S’identifier au monde externe et en attendre sa bénédiction,,. pour survivre
et, au fond, dénier toute valeur à cette contrainte originelle.
Souhaiter vivre et avancer en confiance, chercher l’authenticité jusqu’à la nudité même,
et se heurter ou être retenu par cette réticence première qui dit : attention, danger !

Que faire ?
Que faire quand ça résiste,
Que ça résiste malgré soi ?

Déjà, tu sais
que ça résiste, c’est bien.

Maintenant, dialoguons.

Qui résiste ?
Quelle partie de toi résiste ?

Quand tu résistes comme ça, sans discernement,
que protèges-tu ?
Quelle peur as-tu ?
Et…de quoi as-tu besoin ?
De quoi as-tu besoin qui ferait
que tu ne résisterais pas ?

Tu résistes, tu es fort, et c’est bien.
Grands dieux ! grâce à toi, j’ai survécu !
Tu m’as protégé, maintenu intègre.
Mais tu résistes, tu es fort et c’est souvent inconfortable, inadapté.
Tu résistes sans savoir à quoi tu résistes
et tu m’empêches d’avancer vers de bonnes choses
pour toi… pour moi.

Je ne peux pas avancer sans toi, c’est trop clair
et pourtant je dois avancer.
J’ai besoin de ta force,
sans elle, je suis si fragile que je peine à avancer.

Là, tu es malheureux et seul
dans la tour d’ivoire que tu t’es créée
et moi je suis seul et malheureux
dans la quête d’ouverture que je ne peux réaliser.

Je te propose un deal.
Faisons chemin ensemble.
Ouvre-toi, laisse-moi m’ouvrir.
Je te protégerai, nous marcherons ensemble,
Ta force sera la bienvenue.

Finalement,
il faut juste ouvrir les portes et les fenêtres et la grille du jardin
de notre maison,
mais elle est solide, notre maison, tu as vu comme elle est solide ?

Veux-tu bien que nous nous déployons
dans une maison ensoleillée où l’air, les odeurs circulent,
où l’on peut accueillir à notre convenance les amis, les rencontres.
Vivre dans une maison ensoleillée,
tu le mérites, je le mérite.

S’il te plaît, faisons ça.

Z – 9/3/2017

—–
P.S. J’ai hésité à poster ce texte. D’abord parce que c’est intime, et qu’on donne dans le psycho. Ensuite, parce que cela semble sans rapport avec la question de l’homosexualité et la vie spirituelle. Sur ce deuxième point, il se pourrait pourtant qu’il y ait des liens que je ne vois pas encore. Et puis, j’ai la chance d’avoir les mots qui me viennent facilement,peut-être ces mots-là rejoindront l’un ou l’autre qui les cherchaient sans le savoir?
——

Source photo : cuatro