mirror

« Comme en vous contemplant
dans un miroir :
la forme et le reflet
se regardent.
Vous n’êtes pas le reflet
mais le reflet est vous. »

Maître Tozan, Hokyo Zan Mai, IXè siècle

Main-dans-tes-cheveux

Ce que nous sommes les uns aux autres
(La main dans les cheveux)

Nous étions côte à côte.

Tu me parlais de ta vie,
tes peurs, tes rêves,
tes difficultés,
de ce sentiment d’enfermement
qui t’oppresse,
de tes désirs d’avenir,
de vivre.

Je t’écoutais.

A un moment, sans y penser,
j’ai passé ma main dans tes cheveux,
et l’ai laissée caressant l’arrière de ta tête.
Machinalement.

Toi, tu parlais, tu parlais.
Je t’écoutais,
totalement absorbé parce que tu confiais.

Tu as continué ainsi un certain temps.

Tout à coup,
tu t’es relâché,
laissant aller ta tête en arrière
et, les yeux fermés,
dans un soupir, tu as murmuré :
« Ca fait du bien ! »

Alors seulement,
j’ai pris conscience de la situation.
Nous deux,
toi, moi,
et ce geste :
ma main caressant ta tête.

Nous sommes restés ainsi
quelques instants en silence,
tu savourais ce moment, enfin détendu.

Que sommes-nous l’un à l’autre ?
Je l’ai fait sans y penser, sans calcul,
sans m’en rendre compte à vrai dire,
et c’était le geste approprié.

Que sommes-nous l’un à l’autre ?
Cette capacité à faire du bien
qui est là et se transmet
sans qu’on sache ni pourquoi ni comment.

Je m’étonne et m’émerveille
de ce qui se produit par moi,
cette sorte de prescience
qui agit à propos sans rien demander.

Quelque chose ou Quelqu’un,
ou quelque part,
en moi,
savait ce qui convenait et l’a fait
sans que cela vienne à ma conscience.

Si j’avais su, ou pensé,
les normes sociales et l’éducation m’auraient retenu.

Oui,
nous humains,
que sommes-nous l’un à l’autre ?
Quel est ce mystère qui fait
que, lorsqu’on y est disponible ou disposé,
la rencontre se fait de manière
communielle ?

Instant de grâce.

Zabulon – 22/11/2014

 

Junayd-01

Puisses-tu ne pas être « absent », par toi,
de la présence qui est en toi,
et puisse la présence en toi
ne pas être absente, par toi, de toi !

 

Puisses-tu ne pas être un obstacle à ton état spirituel
par le changement que tu opères en toi,
et puisse ton état spirituel ne pas être un obstacle à toi-même
par le changement qu’il opère en toi !

 

Puisses-tu ne pas te séparer de la réalité
des révélations qui te sont faites,
et puissent tes révélations ne pas se séparer de toi
par l’absence qu’elles provoquent !

 

Puisses-tu ne pas cesser d’être, dans la prééternité,
le témoin de la prééternité dans ta préexistence,
et puisse la prééternité ne pas cesser de confirmer
ce qui a cessé de toi !

 

Puisses-tu alors être là où tu étais,
en tant que tu n’étais pas
avant d’être rendu au monde par ta singularité
et confirmé dans ton unicité,
sans aucun témoin pour te faire prendre conscience de toi-même.

 

Puisses-tu ne pas être absent du Mystère divin
par ton absence de toi-même !
JUNYAD
(Lettre àYahyâ Ibn Mu’âdh Râzi)