Il y a un an, je décrivais une curieuse Pentecôte qui survenait en ma vie. Les mots étaient maladroits et enfermants, les impressions confuses à exprimer alors qu’elles étaient si claires dans l’instant. Suite à cet article, un lecteur m’interpellait quelques jours plus tard, m’invitant à en dire plus mais déjà le vent était passé et je ne savais plus raconter cette expérience.

Aujourd’hui, il m’en reste le souvenir d’une sorte de magma intérieur qui monte, déborde, emplit tout, et est de nature bienfaisante. Une profondeur qui se réveille, une marée montante qui submerge et berce en même temps.

Depuis que s’est-il passé? Y a-t-il des effets, des fruits ? Il m’est difficile de le dire. Il me semble que oui mais comment l’affirmer ? Ils sont parfois si ténus, si discrets.

Cet événement survenait à la faveur d’une sorte de « coming out » intérieur et d’accueil bienveillant par quelques personnes à orientation homosexuelle. Sur le deuxième point, je ne m’attarderai pas trop, il y eût moults rebondissements, pas tous heureux, en général dus à ma naïveté. Sur le premier point, par contre, il y a encore beaucoup à explorer et à partager.

Quand je parle de « coming out », je parle de l’acceptation par soi-même à soi-même d’une partie de son être. En taisant ou en occultant mon homosensibilité, une partie de moi ne pouvait s’épanouir, se dire, se déployer. Il me semble qu’une partie de l’expérience vécue à la Pentecôte 2017 s’origine en ceci qu’une partie de moi est désormais enfin libre et mon être à pu se vivre de l’intérieur comme des retrouvailles et une unification bienfaisante.

Or, l’Esprit Saint est bien ce souffle qui vient de l’intérieur pousser vers de nouveaux horizons. Comme je l’ai expliqué dans un autre article (ici), l’Esprit-Saint est un souffle puissant qui vient nous saisir de l’intérieur. Au jour de Pentecôte, « ça se voit ou s’entend à l’extérieur,comme des langues, mais ça s’installe, ça s’assoit, à l’intérieur, comme un feu ardent. »

Aujourd’hui, je peux juste constater qu’une conviction en moi s’est épurée et renforcée. Celle que le Seigneur parle à travers ce que je suis et me demande d’aller jusqu’au bout de ce que je suis.

Ce qui suppose, antérieurement, d’accepter et assumer ce que je suis. Non pas pour le valoriser, l’imposer à d’autres ou à moi-même, mais pour glorifier Dieu dans sa grande bonté et sagesse. Il s’agit d’un acte de réception et d’émerveillement devant le don de Dieu.

Ce qui suppose et entraîne en même temps de lever les peurs d’être soi. J’ai failli écrire « d’être soi-même », mais ce « -même », même s’il est vrai, est dérangeant, c’est lui qui limite les choses en les conditionnant, en les voulant à son image, c’est-à-dire dans la limite de ses limites. Etre soi est plus grand, plus fort, plus inattendu que d’être soi-même. Cela dépasse, l’ego, les formes, les conditionnements. Dans le soi, surgit l’Être.

Donc, lever les peurs d’être soi. Il n’y a pas de peur à être soi là où il pourrait y en avoir à être soi-même. Mais Quelqu’un me fonde au delà de ce que je pense que je suis, au delà de ce que j’ai découvert de ce que je suis. Il suffit de se laisser Être.

Je ne peux m’empêcher de relire cette expérience en termes de pistes pastorales pour quiconque voudrait emprunter ce chemin ou devrait accompagner des personnes qui l’empruntent. Lever les peurs d’être soi-même ou d’être soi implique deux postures :

– accompagner le chemin de découverte et d’acceptation de soi
– bannir les interdits d’être ceci ou cela

Rencontrer le soi passe par cette acceptation. Toute limitation à être soi retarde ce chemin d’acceptation qui est aussi chemin de rencontre avec Dieu et capacité à s’accueillir joyeusement comme une manifestation de sa présence et de son amour (d’autres diront de sa gloire) en nos vies.

Ce chemin d’acceptation passe par le fait d’assumer ce qu’on est et devenir intègre, c’est-à-dire « intégral », complet, l’orientation sexuelle n’étant qu’une des nombreuses dimensions de la personne humaine même si celle-ci est importante et colorée plus ou moins fortement dans la conscience de soi.

Sans préjuger de la manière de vivre que choisira chacun, ce chemin d’acceptation est nécessaire pour paraître en vérité. Paraître en vérité non devant les sociétés humaines mais devant Soi et ultimement devant notre origine, devant le Créateur.

Voilà, une partie de ce que l’Esprit de Pentecôte a travaillé en moi depuis un an. Puissent ce chemin et cet article servir à d’autres !

Z – 4 juin 2017

Source photo : humanis group

6 Thoughts on “Le chemin d’acceptation

  1. C’est l amour qui nous porte,porté par l esprit ,ce courant salvateur,constructeur,l amour nous conduit à reconnaître et accepter,s accepter.
    L amour conduit à cet échange cet universalité.
    Une communion ou les sens s épouses comme le grain et la terre,comme la main qui s invite,comme le regard qui s accroche…..

    Amitiés

    Pat

    • zabulon on 4 juin 2017 at 20 h 11 min said:

      D’où saint Jean parle beaucoup d’amour dans le grand discours final de Jésus…
      Mais cet amour, sommes-nous prêts à le recevoir du fond de nous? Car il n’est pas – si peu ! – à l’extérieur de nous.
      Merci pour votre commentaire (je devrais dire « vos commentaires », j’ai lu les précédents, même si je n’ai pas réagi).

      A bientôt

  2. Damien on 4 juin 2017 at 19 h 37 min said:

    J’aime beaucoup ce que vous nous donnez en partage. Merci de tout coeur.
    Dans ma vie de chrétien J’essaie d’éviter dans mes paroles, dans mes prières, le mot ‘Dieu’ (God en flamand). ‘Dieu’ me semble chosifié celui qui est vivant. Je me sers d’un nom que j’ai tiré du psaume 139 : ‘Gij die mij weeft’ – ‘Toi qui me tisse’. Dans la traduction du verset 15 de Frank Lalou je suis touché par ‘les multiple couleurs qui y sont rentrées : ‘Ma substance ne Te fut pas cachée lorsque je fus fais sous le voile, et tissé de multiples couleurs dans les profondeurs de la terre.’ ‘Toi qui me tisse’ à cet instant même, comme hier et demain. Comme c’est Lui qui me tisse je me sens profondement invité à m’accepter tel qu’Il me fait, jour après jour… Il me demande d’ëtre moi.

    Bien à Vous,

    • zabulon on 4 juin 2017 at 20 h 07 min said:

      « C’est toi qui as créé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère.
      Je reconnais devant toi le prodige, l’être étonnant que je suis :
      étonnantes sont tes oeuvres toute mon âme le sait. »
      (Psaume 138, traduction liturgique francophone)

      Oui, vous avez raison: Dieu est un mot réducteur. Il nous cache l’Être à nous-mêmes et nous sépare des frères venant d’autres traditions religieuse set spirituelles. Il n’y a pas mieux que le tétragramme YHWH pour dire l’Etant, Celui qui Est, Etait, Sera. St Grégoire de Nazianze avait trouvé une belle formule pour s’adresser à Lui sans le limiter : « Ô Toi, l’au delà de Tout… »

      Merci pour votre amitié et votre fidélité.

  3. Tout ces échanges sont absolument porteurs de vérités,d optimisme et d amour.
    Un véritable beaume pour mon âme meurtris….
    Je suis á présent moins seul,du moins sur le plan intellectuel.
    Il y á ce qui est en vérité,en amour,un sens de l absolue,un chemin qu’il convient de suivre,une certitude qui s’impose doucement avec le temps .
    Je suis depuis la connaissance de votre blog euphorique et impatient de nouveau témoignages…
    Á travers nos ténèbres jaillit la lumière,comme un signe du ciel une grâce ineffable un souffle salvateur et amoureux.
    Que chacun reçoive cette bénédiction,ce courant d amour par lequel je moi aussi traversé,porté,transfusé
    Trop sensible,mais heureux et boulimique d amour avide de partages.
    La vie est un don merveilleux,respectable et respectueux,un don qu’il convient de reconnaître comme un joyau qui nous est confié si généreusement.
    Pardonné moi de me perdre dans les méandres de mes pensées,il y á si longtemps,longtemps que l espérance me meu,quelle m invite en vain,jusqu’à votre connaissance.

    Merci infiniment

    Amitiés

    Patt

    • zabulon on 5 juin 2017 at 0 h 18 min said:

      Je suis heureux que ce blog vous rejoigne. Vous pouvez commenter librement les articles ou si, cela devient trop personnel, utiliser le formulaire en bas de la page « qui je suis » qui est en fait un formulaire de contact (et non pour les commentaires). Je suis heureux, donc, que ce blog vous rejoigne mais ne m’idéalisez pas, n’attendez pas exagérément de ma recherche et de ce que je partage : vous avez votre propre cheminement à accomplir.
      Cela étant, je vous remercie pour vos mots agréables à mon endroit. C’est parce qu’il y a peu de chrétiens homosensibles qui s’expriment sur le net que peu à peu j’essaie d’exprimer ce qui me semble essentiel. Ce blog est pour vous et pour tous ceux qui trouveront une consolation, une confirmation ou un encouragement, au fil de ce que j’y exprime. Bonne lecture et à bientôt.

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