Je te lis,
et je sens tes mots
comme s’ils étaient des battements brisés
qui frappent doucement contre ma poitrine.

Quel courage de dire : « Je suis fatigué »,
alors que le monde attend que tu restes debout,
le dos droit et l’âme silencieuse.

Quel courage d’avouer que tu souffres,
que feindre la force t’use
la peau et le cœur.

Je ne sais pas comment guérir ce que tu portes en toi,
mais je peux rester à tes côtés,
dans ce coin où les larmes
n’ont pas besoin d’autorisation,
où il n’est pas nécessaire d’expliquer
pourquoi ça fait mal.

Parfois, être fort, ce n’est pas résister,
c’est s’autoriser à tomber un instant,
fermer les yeux et dire :
« Je n’en peux plus »,
sans culpabilité.
Sans peur.
Sans se cacher.

Tu n’es pas moins important parce que tu es brisé.
Tu n’es pas moins important parce que tu te sens vide.

Tu es humain…
et cela est aussi immense
que la mer qui t’étouffe en ce moment.

Laisse-toi embrasser par le silence.
Par ce poème.
Par ceux qui, sans le savoir, ont également
ressenti ce même poids.

Tu n’es pas seul, même si le monde semble si loin.

Respire.
Je suis là.

Et si tes mots s’éteignent,
je te prête les miens jusqu’à ce que
les tiens décident de revenir.

Manuel Ignacio

Source texte : Manuel Ignacio

Source image : Vigil (2022) par Justin Liam O’Brien (américain, né en 1991)

Où es-tu, mon grand amour ?
Mon cœur te cherche, plein de désir.
Dans mes rêves, je te trouve, tout près,
mais le matin, je me réveille seul.
Le monde est vide sans ton rire,
Quand le destin nous réunira-t-il ?
Je t’attends, plein d’espoir,
en attendant, je rêve de notre bonheur.

Florian Teurer – 12 juillet 2025

Source texte et image : Florian Teurer

Des fois, chez soi ce n’est pas quatre murs.
Des fois, c’est juste deux yeux et un battement de coeur.

Ash – 2 mars 2017

Source photo : Julien, Strasbourg, septembre 2007 – portrait digital proposée par Male Muse sur sa page facebook

On devrait faire un club de poètes
Ash serait notre mentor
Oui, un club de poètes
comme il y eut l’école de Rochefort

Ils ne se prenaient pas la tête
C’était d’abord un groupe d’amis
Avec qui se retrouver était toujours une fête
Des poètes pour raconter la vie

Bouhier, Cadou, Manoll et les autres
Le projet d’une poésie qui va à l’essentiel
Dans cette école il n’y a pas d’apôtres
Chacun raconte le quotidien du ciel

C’est la buée sur la vitre, le souffle du cheval
La marche du facteur, l’amour d’une femme
La beauté du monde qui voisine avec le mal
La persistance vivante d’une petite flamme

Poésie la vie entière !
Poésie quand tu nous tiens
Poésie dans chaque instant qui vient
Poésie l’humanité entière

J’aime quand Cadou l’instituteur
Se met à nous enseigner de douces leçons
Evoque l’école davantage comme une cour de récréation
Dans laquelle tout peut s’écrire sans peur

Ecrire la vie
Ecrire les combats et la torpeur
Ecrire la force de l’amour
Ecrire sans cesse cette folie
Qui fait aller si loin en soi
Qui fait voir plus loin que soi
Qui rend route chose atteignable.

Toute chose, ai-je dit ?
Non, pas toute chose
ce qu’il y a derrière toute chose
toute sensation humaine
toute expérience humaine
toute relation humaine
à autrui bien sûr
mais aussi au vent, aux nuages
aux fleurs, aux animaux aux montagnes
à l’océan infini de ce qui nous relie

Où sont les poètes
qui sont prêts à célébrer ainsi la vie ?
Et toi Ash
où es-tu, où te caches-tu ?
Viendrais-tu dans un tel cénacle
sans craindre pour ta liberté
et sans te dénaturer ?

Les amis
il se pourrait bien
que nous soyons orphelins
Ash est insaisissable
et c’est ce qui fait son charme
c’est ce qui fait qu’à la fois
il nous inspire et nous bouscule
autant.

Nous pensons à tort
être ses amis
alors que c’est lui
qui est notre ami
mais à son corps défendant.

Z – 27 mai 2025

Source photo : photo prise par Austin Distel/ Unsplash

– Pourquoi ne pas publier
Une anthologie de vos poèmes ?

Une anthologie de mes poèmes…
Ah oui, carrément ?

Hum, comment dire ?
Des années de ma première inspiration,
la plus sauvage et la plus stimulante
à la mode d’un Rimbaud adolescent de la fin du XXè
(moins flamboyant quand même),
il ne reste rien.

J’ai tout jeté, déchiré, renié,
comme verbiage inutile,
un jour
de colère ou de désespoir
je ne sais plus.
Il ne reste rien
si ce n’est un recueil de textes
rendus publics par mégarde,
pour rendre service,
parce que j’étais jeune.

Ou bien, est-ce un oubli de ma mémoire défaillante
et des traces subsistent-elles mélangées
à d’autres papiers sans intérêt ?

Parfois, c’est étrange,
j’ai quelques réminiscences
de certains de ces textes de jeunesse disparus.
Il faut croire qu’ils m’habitent
encore.

Mais alors
Les réécrire ?
Oh! non.
Non, non, non, non, non.
Ce ne sont plus que quelques effluves
de temps révolus

Même si c’est le même sang
qui coule dans les mêmes veines,
je trouve qu’il y a quelque chose d’impudique
à revenir à des émotions qui, certes, m’ont construit
mais dont, aussi, je me suis grandement affranchi.

Et puis, depuis, j’ai écrit tellement de fadaises,
empêtré que j’étais
dans une existence inauthentique
que cette partie-là n‘a aucun intérêt.

Des effluves, vous dis-je,
des effluves d’instants passés.
Seuls m’intéressent
les moments présents.

Z- 13 mai 2025

Illustration : Joan Saez (agence Traffic Models) photographié par Ferran Casanova