Vu sur l’excellent blog de Carlos Osma, homoprotestantes.blogspot.com :

Ordonne aux fils d’Israël de se mettre en route !
Toi, lève ton bâton, étends le bras sur la mer, fends-la en deux, et que les fils d’Israël entrent au milieu de la mer à pied sec.

(Exode 14, 15b-16)

La plupart des personnes LGTBIQ, nous avons longtemps été face à la mer Rouge, coincés entre des puissances qui voulaient nous soumettre et asservir, et la peur paralysante générée par une mer qui semblait être la fin du monde. La fuite d’Egypte est un texte qui a tellement à voir avec nous qu’il est difficile de le lire sans que quelque chose en nous ne remue.

Cette expérience oppressante, de ne pas savoir où nous jeter, de croire qu’il n’y a pas d’échappatoire, que nous ne pouvons que choisir entre l’esclavage et la mort, a laissé une marque si profonde sur nous que lorsque nous lisons des textes comme celui-ci, nous sentons que nous nous connectons non seulement avec ceux qui ont vécu cette situation il y a des milliers d’années – je n’entre pas dans le débat sur les événements historiques qui en sont à l’origine et qui ont façonné le texte – mais avec tant d’autres qui continuent de le vivre aujourd’hui.

Vous souvenez-vous de cette douleur thoracique, de l’essoufflement, de la peur, de la solitude ou de la croyance que même Dieu vous avait abandonné à votre destin? Eh bien, c’est semblable à ce que malheureusement les autres personnes LGTBIQ qui vivent autour de nous continuent de ressentir aujourd’hui. Des gens qui n’ont peut-être même pas atteint l’adolescence mais qui, comme nous il n’y a pas si longtemps, sont tiraillés entre le pouvoir esclavagiste LGBTI-phobique de l’Égypte et celui de la mort de la mer Rouge.

Nous pourrions essayer de tout oublier, prétendre que cela ne s’est pas produit, mais inévitablement, nous retournons continuellement à ce lieu d’origine où nous acquérons une nouvelle identité, celle d’être fils et filles d’un Dieu libérateur, car là, nous nous souvenons que la dichotomie qui nous oblige encore aujourd’hui à choisir, entre l’esclavage ou la mort, est complètement erronée.

Le choix se fait à un autre niveau, croire en un dieu fondamentaliste qui ne peut nous voir que comme des esclaves qui doivent être soumis et punis pour avoir voulu la liberté et la justice, ou croire en un Dieu libérateur qui connaît la douleur des êtres humains et qui se met du côté de ceux qui souffrent et contre ceux qui les violentent. Et ce choix se répète, et est constamment répété, dans toutes les décisions que nous avons à prendre au quotidien, c’est pourquoi il est important dy retourner constamment, face à la mer Rouge, pour se rappeler quel Dieu est celui qui nous a libérés, et lequel a voulu nous asservir. “Je suis le Seigneur votre Dieu, celui qui vous a fait sortir du placard” , nous disait-il aujourd’hui, et ajoutera plus tard: “N’oubliez donc pas l’immigré, la femme maltraitée ou l’enfant vulnérable”.

Et il est vrai que la mort n’a pas le dernier mot, nous le savons par notre propre expérience, la mer Rouge peut sembler immense et infranchissable, mais le Dieu libérateur est capable de la diviser en deux et de laisser un chemin de terre ferme où seuls ceux qui aspirent à la liberté peuvent passer. C’est par ici que nous avons traversé, que nous avons marché pendant des semaines, des mois, des années, émerveillés que la vie se fraye un chemin miraculeux.

Et il est important de partager avec nos proches que cette voie existe, que nous devons oser faire le pas et continuer à avancer, que la peur ne peut pas être le seul moyen possible de rester en vie. Mais il est tout aussi important de ne jamais l’oublier non plus, car les situations d’oppression, bien que différentes de cela, se répètent toujours.

Vivre libéré exige constamment des décisions courageuses de la part du Dieu libérateur et contre le dieu de l’oppression. La phobie LGBTIQ n’a pas disparu, même si elle n’a plus autant de pouvoir sur nous que lorsque nous avons quitté l’Égypte. C’est pourquoi nous devons chaque jour continuer à prendre des décisions courageuses qui rendent notre vie non pas régie par elle, mais par la libération.

Et c’est le Seigneur qui non seulement « nous sort du placard» , mais qui « nous sort de toute autre Égypte» chaque jour, et cela doit être affirmé, partagé, crié, chaque fois que cela est nécessaire.

Source photo et texte : homoprotestantes.blogspot.com

Quand arriva le jour de la Pentecôte,
au terme des cinquante jours après Pâques,
ils se trouvaient réunis tous ensemble.
Act 2, 1

Que dire ? En ce temps de déconfinement, cette parole prend une consonance évidemment particulière.

Une lecture rapide pourrait être : Allez, voilà, recevez l’esprit de liberté et de légèreté, sortez de tous vos fardeaux et emprisonnements, déployez-vous ! Tant de gens , oh oui tant de gens, attendent cette bonne nouvelle !

Le magazine La vie rappelle fort opportunément dans son numéro de cette semaine dédié à l’histoire de la solidarité chrétienne que l’Eglise s’origine dans ce fruit immédiat de l’Esprit qu’est le vivre ensemble : communauté de vie et partage avec les pauvres. Et pas en tant que pauvres ! En tant que frères !

Bien sûr, ce récit est idyllique, mais il reste quand même la marque de l’église ( = la communauté) qui se crée autour de la présence et du faire mémoire de ce Jésus le Christ, qui, bon sang de bonsoir, n’a pas fini de dire son dernier mot. Puisque je suis, puisque nous sommes, nous les suivants de Jésus le Christ, son dernier mot.

Idyllique parce que le « voyez comme ils s’aiment » n’a probablement jamais existé tel que nous l’imaginons. Dommage, n’est-ce pas ? Et pourtant, il a existé et existe dans nos désirs, nos envies, notre projection du meilleur de ce que nous avons à faire ensemble. Vivre ensemble, nous accueillir mutuellement dans nos différences, ne pas nous juger partager nos biens, protéger les plus fragiles.

Vision idyllique mais pas fausse : oui nous sommes une famille, oui nous sommes tous les aimés du Père, les frères de ce Jésus venus sur nos chemins nous réconcilier avec nous-mêmes et les uns avec les autres. Oui, oui et oui !

Jésus vient nous visiter dans nos confinements et l’Esprit vient nous inviter à sortir de ces confinements. Infini respect de nos enfermements, de nos traumatismes, baume guérisseur sur nos plaies de non amour par Jésus notre frère, mais invitation à nous décentrer de notre petit moi, y compris dans notre petit moi blessé, pour aller en guéri, en sauvé, en ressuscité, partager cette bonne nouvelle au monde entier.

Ce n’est pas magique. Cela vient forcément de l’intérieur, pas de l’extérieur. Cf l’article que j’ai déjà posté sur ce sujet à propos de flammes de Pentecôte non pas qui se posent mais qui apparaissent en chacun : Et si on s’asseyait !

Notre confinement à chacun. De nous-même à nous même. Jésus vient le partager et nous en libérer. L’Esprit de Jésus vient en faire une force qui va témoigner dans le monde entier.

Et comment c’est possible ? Je n’en sais rien… Mais je trouve qu’il est un peu trop rapide de dire que la fête juive de Chavouot (terme hébreu pour dire Pentecôte) n’a rien à voir avec la Pentecôte chrétienne comme je l’ai lu récemment ici ou là.

D’abord parce que Luc qui écrit les Actes des Apôtres, certes en milieu hellénisant mais en devant tenir compte des judaïsants de la diaspora, ne peut pas ne pas faire le lien avec Chavouot quand il évoque la fête de Pentecôte. Et puis, dans cette reconstruction théologique postérieure que sont les évangiles et les actes, comment ne pas voir que c’est savamment voulu et porteur de sens ? Quoi qu’il en soit de la véracité historique, si ça n’avait pas de sens, il n’aurait pas eu besoin de mentionner la fête de Pentecôte, il suffisait alors de mentionner que les apôtres étaient confinés avec leur trouille dans un coin de Jérusalem et qu’un événement imprévu est venu les en libérer et les en faire sortir.

Alors, pourquoi ne pas se souvenir que la Pentecôte/Chavouot est tout simplement la fête des moissons ? Le temps où on récolte, où on partage, où on assure la vie pour les temps qui viennent…

Il y a un temps où on sort de la cabane (eh oui ! Voir ici), re-gaillardi, soigné, guéri, libéré, et où on s’occupe des autres et de ce monde qui va mal. Oui, il est un temps où on moissonne.

Le temps de la germination et de la floraison est terminé. C’est le temps de la moisson. Qu’ai-je à moissonner dans ma vie, quels grains ai-je à apporter au moulin, quelle farine à celui qui meurt ?

Ok ok, c’est peut-être pur délire de ma part. Ok… Mais pourquoi Jésus dit-il ailleurs qu’il espère qu’il y aura assez de moissonneurs ? Si chacun ne moissonne pas dans sa vie, qu’a-t-il à moudre ? Qu’a-t-il à apporter? Qu’a-t-il à partager ?

Bon, certains relèvent que le sens de fête de la moisson (Chavouot) a cédé le pas sur une fête rappelant le don de la Loi. D’accord, et cela fait-il une différence ? Si tu as reçu la Loi, t’enfermes dedans et cadenasses toutes les issues, ou prends-tu sa puissance de vie, sa puissance structurante, pour jaillir de terre et porter ton fruit? La loi – bien comprise ! – c’est la vie, Jésus n’a de cesse de le rappeler. Il n’y a pas de loi divine qui ne soit au service de la vie. Loi qui dépasse les règlements réducteurs qu’on en fait. Un seul principe : la vie!

Fête des moissons, fête du don de Loi, fête de l’Esprit : c’est exactement pareil au fond. Après le temps de l’appropriation, il faut porter du fruit, sortir le fruit – pour me faire bien comprendre, je vais employer un mot fort : expulser le fruit de soi. Donc oui sortir du confinement, sortir de la Loi, vivre de l’esprit qui nous a fait naître et nourrit. Il est un temps où il faut sortir et donner à la terre – c’est à dire à l’extérieur, aux autres – ce qui lui revient. Regardez une tubercule germer par exemple: c’est tellement merveilleux ! Voilà une pomme de terre, bien lisse de partout, avec une consistance apparemment uniforme, et voilà que, quand les conditions sont réunies, le processus de germination s’enclenche…

Quelle merveille n’est-ce pas que la vie confinée, que la Loi méditée et ruminée, que l’esprit de Dieu observé en ce Jésus qui a croisé nos chemins, ne puisse que jaillir de nos propres existences.

Bon réveil, les moissonneurs ! Bon déconfinement !

Photo : Ben Brooksby, alias The Naked Farmer qui publiait des photos de son activité d’agriculteur dans le plus simple appareil mais toujours de manière pudique jusqu’à ce qu’Instagram lui ferme son compte.

“Désormais, je ne suis plus dans le monde ;
eux, ils sont dans le monde,
et moi, je viens vers toi.”
Jn17, 11

Waouh, faut oser quand même !

Je suis absolument certain que les croyants ne se rendent pas compte de l’immensité de cette parole. Le mot “monde”, on a tellement l’habitude de l’entendre qu’on n’y prête plus attention. On l’a affadi, on le comprend souvent comme “mondanités”, petites choses, là où on est, avec nos contingences.

C’est pas faux, mais c’est très réducteur.

Car le mot qu’emploie l’évangéliste et qu’on a traduit par monde est ni plus ni moins que le cosmos. pas notre petit monde quotidien, non, mais l’ensemble du monde, l’ensemble du monde ! L’univers ! Le COSMOS (kosmos, en grec).

L’évangéliste Jean l’utilise pour la première fois dès le premier chapitre, au verset 9, parlant du Verbe qui était au commencement (v1) avec Dieu (v2), qui était la vie (v4), et lumière des hommes (v4 aussi) et : “Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde (kosmos), éclaire tout homme” (V9)

Waouh !

Il est question de cosmos, là. Pas de petites choses matérielles et d’embrouilles de tous les jours. De l’univers entier !

Cette lumière, là.. oui, l’évangéliste dit aussi qu’ “elle était dans le monde (kosmos), et le monde (kosmos) a été fait par elle, et le monde (kosmos) ne l’a point connue.” (Jn 1, 10)

Vous en voulez d’autres ?

En Jn 1,29 alors que Jésus vient à Jean le Baptiste, celui-ci dit : “Voici l’Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde (kosmos)”. En clair: voici celui qui empêche le monde d’aller dans sa mauvaise direction, d’aller à sa perte. (sur le péché comme mauvaise direction, voir ici)

En Jn 3,16 il est est question de savoir pourquoi Dieu s’intéresserait au monde et en quoi ça concerne ce Jésus-là qui est venu parmi nous : ” Car Dieu a tant aimé le monde (kosmos) qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle.”

Etc. Je ne peux quand même pas tous les citer. Mais dites donc, est-ce que vous vous rendez compte de ce que ça signifie ? Quand Jésus dit qu’il est le pain de Dieu celui “qui donne la vie au monde (kosmos)” par exemple, que le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde (kosmos), quand il dit qu’il est venu dans le monde pour l’éclairer, pour lui apporter une paix qui n’est pas de ce monde [Jn 14, 27: “Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde (kosmos) donne.”] c’est qu’enfin la pacification de nos êtres est commencée, et pas seulement de nos êtres du coup mais aussi de toute la création. Interrogeons-nous si nous ne la ressentons pas encore, peut-être sommes encore trop dans le cosmos (le monde), pas encore traversés par la lumière?

Waouh…

“Désormais je ne suis plus dans le cosmos, eux (nous !) sont dans le cosmos et je viens vers toi.”

En fait, ça pourrait être assez désespérant. Genre, je les quitte,je les abandonne, je retourne au Père, au dessus de la ligne qui sépare le Royaume des cieux et le Royaume du monde, du cosmos. Sauf que 1/ le Royaume des Cieux est déjà là 2/que la lumière est venue dans le cosmos 3/ que l’Esprit nous est envoyé pour continuer à être cette lumière.

Ce pourrait être désespérant, oui, sauf que justement l’Evangile de Jean est celui qui insiste le plus sur le fait que le Verbe s’est fait chair justement parce que le monde (le cosmos) n’a pas reconnu la lumière qui l’a créé. Plus exactement, les hommes n’ont pas reconnue la lumière et ont perdu cet esprit de vie pour se laisser “fasciner par l’esprit du monde” – un faux esprit – qui loin de leur donner l’autonomie rêvée les entraîne vers leur destruction. La mort, la vie : il faut choisir. Pour choisir, discerner. Pour discerner, savoir que les deux existent (Jn 12, 25 : Jn 12, 46; Jn 12, 47).

Ce brave Jean, est celui qui insiste le plus sur sur ce sujet, il faut croire que cela le travaille. On trouve le mot cosmos dans 152 versets du second testament, dont 55 dans l’évangile de Jean (Et pour ne parler que des versets car si on compte le nombre de fois où le mot est utilisé plusieurs fois dans le même verset – spécialité de cet évangéliste 😉 – c’est bien plus d’occurences encore.) Si on s’en tient aux quatre évangiles, le mot cosmos n’y apparaît que dans 69 versets, ce qui fait de l’évangile de Jean le grand champion : ramené aux quatre évangiles, 80% des versets employant le mot cosmos sont dans celui de Jean. C’est dire si c’est important pour l’auteur de cet évangile.

Mais alors pourquoi tout ça ?

Ce serait un peu long à expliquer, mais en gros c’est un peu comme si Jésus le Christ avait restauré l’échelle de Jacob. A nouveau, la communication terre-ciel est rétablie. A nouveau l’esprit peut innerver la terre. A nouveau la vérité de notre condition et de notre destinée peut se déployer. A Pilate qui l’interroge sur sa royauté, Jésus répond : “Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde (kosmos) pour rendre témoignage à la vérité.” (Jn 18, 37)

Même son de cloche un peu auparavant quand il répond à Jude, à ne pas confondre avec Judas l’Iscariote, qui l’interroge clairement sur cette apparente opposition entre ciel et terre, Monde et Royaume du Père, et finalement sur le comment et le pourquoi il se ferait que lui et ses copains disciples ils recevraient quelque chose que le reste du monde aurait plus de mal à recevoir : “Seigneur, d’où vient que tu te feras connaître à nous, et non au monde (kosmos) ?”(Jn 14,22)

La réponse de Jésus est claire : “Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera; nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure chez lui.” (Jn 14, 23) où parole, n’est-ce pas, est logos ( Au commencement était le logos), et aimer est agapeo, un verbe très intéressant puisqu’il suggère plus que le fait d’aimer (phileo) mais aussi d’accueillir, d’agréer.

Bref, le courant est rétabli.

Jésus, comme envoyé du Père (messie, christ), apporte au monde (kosmos) la lumière que les hommes ont rejeté ou n’ont pas su reconnaître. Cette lumière qui est vie… et vie éternelle. Ceux à qui il a pu la partager, ils les a gardés, et désormais la lumière est à nouveau dans le monde (kosmos). Il sont reliés, unis, uns avec lui et avec le Père. Et désormais, la lumière ne peut que grandir à nouveau dans le coeur des hommes.

Nous assistons à une cosmologie divine. Non, je m’exprime mal. Nous n’assistons pas, nous sommes propulsés dans une cosmologie divine dont nous devenons les acteurs par le simple fait que nous ayons rencontré Jésus le Christ et que sa lumière nous a touchés.

Désormais le monde ne peut plus fonctionner comme avant, il est sanctifié par la vie, la mort et la résurrection de Jésus le Christ. Et cette puissance de vie qui le traverse est plus forte, quoiqu’il en soit des apparences, que les forces de mort du monde (“cosmos”) qui entraînent les hommes quand ils ne sont plus réceptacles de lumière.

Affreux anthropomorphisme, à vrai dire. Car la nature a ses lois d’équilibre et d’harmonie bien plus sûres que celles des hommes. Et justement, peut-être parce que dans son instinct de survie vital, si je puis dire, elle n’a pas loisir de refuser la lumière pour laquelle les humains, quant à eux, ont reçu liberté d’accueil et d’accomplir.

Il me vient à penser qu’une certaine tradition juive, amoureuse de la création au point d’encourager la créativité dans toutes ses formes artistiques, ainsi que la cosmologie célébrée dans la liturgie céleste orthodoxe, ont peut-être sauvegardé cette célébration de la lumière bien plus que n’ont su le faire les traditions chrétiennes occidentales.

Toujours est-il que la lumière est venue dans le cosmos, et que Jésus, lumière des hommes venu dans le cosmos s’en retournant au Père, la question est bien : qu’allons-nous faire de cette lumière qu’il nous a transmise, qu’il a restauré dans le cosmos? L’univers entier devrait en profiter, devrait la célébrer. Quand je dis l’univers, je vise bien notre maison commune, comme l’appelle le pape François, mais aussi la qualité de nos relations sociales entre humains et avec les autres vivants.

Waouh, ça aussi… Jésus nous laisse dans le cosmos. Ca y est, sa mission est remplie (ou presque, on recevra l’esprit-saint à la Pentecôte!), mais bon sang, on va en faire quoi alors de ce cosmos?


Photo : The Golden Hair, cliché de Maxence Brierre sur flickr

“Seigneur, est-ce maintenant le temps
où tu vas rétablir le royaume pour Israël ?”
Act 1,6

L’histoire des représentations et notre imaginaire aiment bien se représenter Jésus, sur une colline, qui s’élève dans les airs.

Le texte des Actes des Apôtres ne dit pas ça.

Il parle d’un repas – un de plus ! – durant lequel s’établit une conversation entre Jésus et les désormais onze apôtres et pas encore à nouveau douze.

Et sans transition, voilà qu’il s’élève dans le ciel et que ses amis continuent de fixer le ciel jusqu’à ce que des envoyés de Dieu lui-même – des anges ! – leur demande d’arrêter de fixer le ciel et de retourner à leurs affaires, non sans avoir préciser que ce Jésus reviendrait de la même manière qu’il est parti. Du ciel, donc.

A propos de ce ciel, je renvoie donc à ce que j’en disais récemment (ici), qui peut être utile à ne pas interpréter n’importe comment. Il y aurait le ciel où est Jésus, d’où il reviendra. Et il y aurait la terre de Galilée (très à propos, le texte rappelle aux amis de Jésus qu’ils sont galiléens, donc pas judéens, pas vraiment attachés au culte du Temple et d’Israël…). En fait, comme Jésus a brisé cette séparation fictive entre ciel et terre, cela interroge à nouveau. De quel ciel parlons-nous, où est-il parti et d’où va-t-il revenir ?

Et c’est là que la question « Est-ce maintenant ? » et du contexte du repas prennent tout leur sens.

Repas… Avec nos deux mille ans d’histoire, on pense tout de suite au repas eucharistique. Forcément. Un repas, en présence du Ressuscité, qu’est-ce que cela pourrait être d’autre ? Cela étant, c’est un repas entre amis, entre vrais amoureux de Jésus. Les onze, encore un peu froussards ne sont pas là juste par convention sociale ou représentation de leur identité culturelle catholique.

« Galiléens », « vous recevrez une force », « pourquoi restez-vous là à regarder le ciel », « ne pas quitter Jérusalem », « y attendre que s’accomplisse la promesse du Père »… Autant d’éléments qui incitent à se rapprocher du concret et à ne pas chercher à s’évader des circonstances historiques et matérielles dans lesquelles nous sommes invités à vivre.

Au passage, le rappel qu’ils sont Galiléens renseigne sur la réponse concernant un royaume qui ne viendrait que pour Israël. Assumez donc d’être galiléens, d’être au carrefour des nations. Assumez votre ici et maintenant, au lieu de vous chercher des missions prestigieuses et rêvées.

Et maintenant alors, qu’est-ce qu’on fait ?

La réponse de Jésus, telle que rapportée dans ce texte est tellement d’actualité ! En gros – interprétation libre, bien sûr : ne vous préoccupez pas des changements socio-politiques, ça n’est pas votre affaire, mais témoignez de ce que vous avez compris de mon évangile. Vous allez recevoir une force pour cela, une force intérieure.

Pourquoi je dis intérieure ? Parce que Jésus passe quarante jours à leur parler en privé du Royaume des cieux, nous dit le texte – et que s’il est cohérent il est encore en train de leur dire qu’il est déjà là. Mais si on regarde bien, la force, ce n’est pas lui qui va leur donner, il s’en va, il reviendra, mais la force viendra du Père ( ?) (c’est pas précisé), en tout cas cette force semble s’appeler l’Esprit Saint. Et pourquoi ce n’est pas Jésus qui envoie sinon parce qu’il ne s’agit pas de l’idolâtrer comme celui sans qui rien n’est possible mais de recevoir REELLEMENT et TOTALEMENT cet esprit pour soi, en soi. C’est le même Esprit que celui de Jésus, mais il est promis à tous. Donc il faut authentiquement le recevoir et l’accueillir en soi, en sa propre humanité.

Bon, ben alors, est-ce maintenant ? Euh, oui, il se pourrait bien que ce soit maintenant que tu reçoives l’esprit qui animait Jésus et que tu sois chargé et envoyé pour continuer de le répandre sur cette pauvre terre! Souviens-toi : le ciel s’est abaissé, Jésus comme Christ en a franchi les limites, et cette force du ciel déjà en action (le Royaume des Cieux est déjà là) n’attend plus que toi. Cette fameuse distinction entre Royaume et Règne… Le Royaume est déjà là, mais est-ce qu’il règne déjà en toi ?

Il se pourrait bien en effet que le ciel soit descendu jusqu’à toi, mais toi es-tu là?

Si oui, qu’attends-tu pour aller ? Si non, qu’attends-tu pour le recevoir ? Tu ne vas pas encore nous faire le coup des scribes et pharisiens qui jugent de l’extérieur, font des commentaires sur tout et n’importe quoi sans savoir de quoi ils parlent, non ?

Est-ce maintenant ? Ca dépend de toi… tu es où, là, maintenant ? Tu fais quoi pour que le Royaume des Cieux soit dans ta vie et que cela irradie au-delà de toi ?

Attention, je ne parle pas de grandes dévotions sur le Christ Roi, le Règne céleste, la suprématie du Christ, etc. telles qu’elles ont été dévoyées dans une fantasmagorie avide de merveilleux et de soumission – tellement pas le message de Jésus tel que nous le transmettent les Evangiles ! Je parle de cette cohérence de vie, de cœur et d’action qui fait qu’en te voyant, en te touchant en te côtoyant, on puisse se dire : le Royaume des Cieux est venu jusqu’à nous, Dieu nous aime et nous ne le savions pas, Dieu accepte notre humanité et ne la juge pas. Dieu nous aime, quoi ! Tels que nous sommes !

Moi, je ne fais pas plus ni mieux que les autres, j’essaie d’être cohérent et par ce modeste blog de témoigner de l’amour de Dieu envers chacun. Et toi que fais-tu ? Parce que, c’est maintenant.

– – – – – – – – –

Photo : Tobias Worth photographié par © Michael Laurien pour Adon Magazine

“Seigneur, est-ce maintenant le temps
où tu vas rétablir le royaume pour Israël ?”
Act 1,6

L’histoire des représentations et notre imaginaire aiment bien se représenter Jésus, sur une colline, qui s’élève dans les airs.

Le texte des Actes des Apôtres ne dit pas ça.

Il parle d’un repas – un de plus ! – durant lequel s’établit une conversation entre Jésus et les désormais onze apôtres et pas encore à nouveau douze.

Et sans transition, voilà qu’il s’élève dans le ciel et que ses amis continuent de fixer le ciel jusqu’à ce que des envoyés de Dieu lui-même – des anges ! – leur demande d’arrêter de fixer le ciel et de retourner à leurs affaires, non sans avoir préciser que ce Jésus reviendrait de la même manière qu’il est parti. Du ciel, donc.

A propos de ce ciel, je renvoie donc à ce que j’en disais récemment (ici), qui peut être utile à ne pas interpréter n’importe comment. Il y aurait le ciel où est Jésus, d’où il reviendra. Et il y aurait la terre de Galilée (très à propos, le texte rappelle aux amis de Jésus qu’ils sont galiléens, donc pas judéens, pas vraiment attachés au culte du Temple et d’Israël…). En fait, comme Jésus a brisé cette séparation fictive entre ciel et terre, cela interroge à nouveau. De quel ciel parlons-nous, où est-il parti et d’où va-t-il revenir ?

Et c’est là que la question « Est-ce maintenant ? » et du contexte du repas prennent tout leur sens.

Repas… Avec nos deux mille ans d’histoire, on pense tout de suite au repas eucharistique. Forcément. Un repas, en présence du Ressuscité, qu’est-ce que cela pourrait être d’autre ? Cela étant, c’est un repas entre amis, entre vrais amoureux de Jésus. Les onze, encore un peu froussards ne sont pas là juste par convention sociale ou représentation de leur identité culturelle catholique.

« Galiléens », « vous recevrez une force », « pourquoi restez-vous là à regarder le ciel », « ne pas quitter Jérusalem », « y attendre que s’accomplisse la promesse du Père »… Autant d’éléments qui incitent à se rapprocher du concret et à ne pas chercher à s’évader des circonstances historiques et matérielles dans lesquelles nous sommes invités à vivre.

Au passage, le rappel qu’ils sont Galiléens renseigne sur la réponse concernant un royaume qui ne viendrait que pour Israël. Assumez donc d’être galiléens, d’être au carrefour des nations. Assumez votre ici et maintenant, au lieu de vous chercher des missions prestigieuses et rêvées.

Et maintenant alors, qu’est-ce qu’on fait ?

La réponse de Jésus, telle que rapportée dans ce texte est tellement d’actualité ! En gros – interprétation libre, bien sûr : ne vous préoccupez pas des changements socio-politiques, ça n’est pas votre affaire, mais témoignez de ce que vous avez compris de mon évangile. Vous allez recevoir une force pour cela, une force intérieure.

Pourquoi je dis intérieure ? Parce que Jésus passe quarante jours à leur parler en privé du Royaume des cieux, nous dit le texte – et que s’il est cohérent il est encore en train de leur dire qu’il est déjà là. Mais si on regarde bien, la force, ce n’est pas lui qui va leur donner, il s’en va, il reviendra, mais la force viendra du Père ( ?) (c’est pas précisé), en tout cas cette force semble s’appeler l’Esprit Saint. Et pourquoi ce n’est pas Jésus qui envoie sinon parce qu’il ne s’agit pas de l’idolâtrer comme celui sans qui rien n’est possible mais de recevoir REELLEMENT et TOTALEMENT cet esprit pour soi, en soi. C’est le même Esprit que celui de Jésus, mais il est promis à tous. Donc il faut authentiquement le recevoir et l’accueillir en soi, en sa propre humanité.

Bon, ben alors, est-ce maintenant ? Euh, oui, il se pourrait bien que ce soit maintenant que tu reçoives l’esprit qui animait Jésus et que tu sois chargé et envoyé pour continuer de le répandre sur cette pauvre terre! Souviens-toi : le ciel s’est abaissé, Jésus comme Christ en a franchi les limites, et cette force du ciel déjà en action (le Royaume des Cieux est déjà là) n’attend plus que toi. Cette fameuse distinction entre Royaume et Règne… Le Royaume est déjà là, mais est-ce qu’il règne déjà en toi ?

Il se pourrait bien en effet que le ciel soit descendu jusqu’à toi, mais toi es-tu là?

Si oui, qu’attends-tu pour aller ? Si non, qu’attends-tu pour le recevoir ? Tu ne vas pas encore nous faire le coup des scribes et pharisiens qui jugent de l’extérieur, font des commentaires sur tout et n’importe quoi sans savoir de quoi ils parlent, non ?

Est-ce maintenant ? Ca dépend de toi… tu es où, là, maintenant ? Tu fais quoi pour que le Royaume des Cieux soit dans ta vie et que cela irradie au-delà de toi ?

Attention, je ne parle pas de grandes dévotions sur le Christ Roi, le Règne céleste, la suprématie du Christ, etc. telles qu’elles ont été dévoyées dans une fantasmagorie avide de merveilleux et de soumission – tellement pas le message de Jésus tel que nous le transmettent les Evangiles ! Je parle de cette cohérence de vie, de cœur et d’action qui fait qu’en te voyant, en te touchant en te côtoyant, on puisse se dire : le Royaume des Cieux est venu jusqu’à nous, Dieu nous aime et nous ne le savions pas, Dieu accepte notre humanité et ne la juge pas. Dieu nous aime, quoi ! Tels que nous sommes !

Moi, je ne fais pas plus ni mieux que les autres, j’essaie d’être cohérent et par ce modeste blog de témoigner de l’amour de Dieu envers chacun. Et toi que fais-tu ? Parce que, c’est maintenant.

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Photo : Tobias Worth photographié par © Michael Laurien pour Adon Magazine