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Est-il possible de marcher sans but?
A vrai dire, aujourd’hui,
tout objectif me paraît bien éphémère,
illusion ou fuite en avant,
pour ne pas regarder sa souffrance,
ne pas sentir le manque d’amour.

Dans mon cas,
pour fuir aussi le trop d’amour qui surgit
et qui ne trouve pas d’écho.

Alors des occupations,
tel objectif de réussite, de prestige ou de carrière,
tel objectif de construire une famille , de reproduire un modèle,
tel objectif de sauver, secourir, donner aux autres,
tellement d’objectifs possibles
auxquels on peut s’identifier.

Je sais et je sens
– est-ce la même chose ?-
au fond de moi,
que le but n’a pas ou plus d’importance.

Oui, je peux marcher sans but.
C’est absolument terrifiant,
car cela veut dire arrêter de fuir,
arrêter de faire semblant,
arrêter de m’occuper
la tête, le coeur, les mains,
pour enfin oser
marcher en présence.

C’est absolument terrifiant,
il va falloir que j’affronte ma peur du vide,
ma peur de ne pas être aimé,
ma peur d’être rejeté,
ma peur de n’être rien ni personne.

C’est absolument terrifiant,
mais je ne veux plus fuir,
ni rien, ni personne,
ni moi-même.

Je veux marcher
en conscience,
en présence.

Je veux être qui je suis.

Mon espérance
est que ce soit toi, Seigneur,
qui m’appelle
du fond de mon être
à te retrouver.

Tu ne peux pas m’aimer
– je ne peux pas laisser ton amour me guérir –
si je ne m’accepte pas
tel que tu m’as fait,
si je n’arrête pas, un jour,
de fuir après des objectifs illusoires,
par peur de ne pas exister,
par peur d’être seul,
immensément seul et inutile
à tout et à tous.

Si j’arrête de courir, et me disperser,
telle Marthe qui s’agite pour faire mille choses,
si j’arrête et me pose à tes pieds,
comme Marie,fragile, disponible, vulnérable,
soumise à la critique des autres,
seras-tu là, mon amour,
coeur de mon coeur,
être de mon être ?

Présence de ma présence.

Je crois que je peux marcher sans but
si je marche en ta Présence.

Je dois passer la peur
de ce grand vide qui m’effraie
parce que je crains d’y ressentir à nouveau
cette blessure de ne pas exister
pas aimé, pas accueilli, pas reconnu.

Et pourtant je suis là,
j’existe.
tu m’as donné la vie,
et, au fond de moi,
je sens mon être s’agiter,
il veut paraître,
il veut te louer,
il veut te rendre gloire
par le seul fait d’être.

Le vivant, voilà ta gloire.

Alors, aussi grande soit ma peur,
je lâcherai un à un mes oripeaux
et m’approcherai autant que je peux,
et je marcherai en ta Présence,
mon Seigneur et mon Dieu.
Ma vie.
Vie de ma vie.

« Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira« 

(Sophonie 3, 17)

« Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants.« 

(Ps 114,9)

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« Mais qu’est-ce que je vais faire de toi ? »

C’est ce que me dit un ami, gentiment. Dans sa bouche, c’est une manière de dire sa tranquille exaspération devant mes attentes et mes frasques en tout genre.

Il le dit d’une manière amusée. Aucune méchanceté dans ses propos, ni dans le ton. Pas une once de négativité. Non, ce que je perçois c’est comme de l’amusement. Et c’est bien ce qui l’a traversé et ce qu’il a transmis.

Pourquoi, alors, suis-je touché plus que je ne devrais par cette boutade ?

Ce n’est pas qu’elle me rappelle des reproches et réprimandes, rien qui renvoie à l’enfance… Encore que, si, peut-être.

Ce que je ressens, dans un premier temps, c’est le soulagement et la joie, une profonde joie intérieure, de compter pour quelqu’un, d’être quelqu’un pour lui, cet ami. Enfin une réciprocité. Enfin être aimé, enfin être reconnu, enfin exister. Si tu demandes ce que tu vas faire de moi, c’est donc que vas faire quelque chose de moi, c’est donc que je suis important pour toi, même un petit peu.

Et, si cela t’amuse et que tu m’adresses cette parole, c’est que tu me parles, c’est que tu m’associes à cette question et à son solutionnement. Quelque chose de la relation, d’une relation entre toi et moi, douce et tranquille, qui est là, qui tient. Nous allons donc vers l’avenir ensemble?

Et plus loin encore pourtant, oui, cet appel de l’enfance, cette prise de conscience que mon enfant intérieur est touché, ravi, séduit. Tu sais, cet enfant blessé, cet enfant déconsidéré, qu’on ne regardait pas, à qui on ne marquait pas de marques de tendresse ou, pire, si on le faisait, c’était pour les reprendre immédiatement en donnant des signes contraires. Cet enfant abandonné, en quelque sorte, à qui on n’a pas dit, pas assez, qu’on l’aimait.

« Qu’est-ce que je vais bien faire de toi ? » C’est bête, hein, cette question. C’est celle que j’aurais voulu entendre, percevoir, vivre lorsque c’était le temps de l’enfance. Et c’est toi, mon ami qui me la sort, comme ça, avec un naturel déconcertant qui me prend, immédiatement, aux entrailles.
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Tu n’en sauras rien car je ne me sens pas capable de te dire tout cela. C’est très intime quand même, et je sais que tu n’aimes pas ce genre d’intimité.

Me voilà avec cette drôle de flèche qui me transperce et me réveille. Droit au but, droit au cœur. Et ça ne fait même pas mal. Elle s’est frayée un chemin vers quelque chose d’enfoui très profondément et me le ramène doucement, provoquant une multitude de micro prises de conscience et encore plus de réajustements inconscients.

C’est quoi ce mystère qui me rend si sensible à des choses que d’autres ne perçoivent pas ? J’ai le cœur à nu ; Dieu merci, personne ne le voit !

J’ai un secret : la blessure qui m’a rendu fragile et hypersensible est aussi ma force. Car je ne puis douter un instant que ce qui me révèle et me restaure ainsi dans ma dignité intérieure, d’une manière si indicible qu’elle n’en est pas humaine, vient de Dieu lui-même.

La voix de l’ami – ses paroles, le ton de la voix, la vraie amitié qu’il y a dedans, et même l’amusement, bref tout son contenu – la voix de l’ami, dis-je, c’est la voix de la vie, c’est la voix du Seigneur qui me parle, me touche, m’atteint : « Mais qu’est-ce que je vais faire de toi ? »

Car tu vas faire quelque chose, c’est ce que cela veut dire. Et toi, tu fais toutes choses nouvelles.

Zabulon – 3 mai 2016

 


Source photo : Freddy Keith, modèle américain, Next Models, Los Angeles.

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Va, et ne pèche plus.

Dans la liturgie de ce dimanche (13 mars) « Va et, désormais, ne pèche plus ».
Je voudrais m’arrêter quelques instants sur cette finale de l’Evangile de la femme adultère.

Parmi les réceptions de cette Parole, il me semble qu’il y a  deux interprétations qui ne sont pas, ou ne sont plus, recevables.

  • La première serait de se dire : ouh la la, tous les gens ils sont méchants, et en plus ils veulent embêter Jésus. Heureusement, il ne tombe pas dans le piège. Il transforme l’indignité publique en une affaire privée et finalement réussit à sauver une pauvre pécheresse. Super Jésus !
  • La deuxième serait de conclure par une justice compassionnelle mal  placée : bon, cocotte,  je t’ai tirée d’affaire. Ils t’ont pas condamnée, et moi non plus, mais quand même t’es une pécheresse, alors que ça te serve de leçon, hein ! Arrête tes activités de pécheresse ! Hum, hum…

Evidemment ces deux interprétations sont possibles, et même nécessaires pour comprendre ce qui se passe, mais il me semble bien que nous sommes invités à aller plus loin. Sinon, pourquoi toute cette histoire pour répéter un message que finalement nous connaissons par cœur : Dieu nous aime au-delà d’une justice rétributive, il nous aime si fort qu’il a le pardon facile… du moment qu’on s’engage à ne plus pécher !

Certes, dans le contexte de l’époque comme dans bien des consciences contemporaines, c’est déjà un énorme progrès. Mais, franchement, ça ne suffit pas. Jésus est bien plus fort que ça !

 

« Va, ne pèche plus ! »  Comment expliquer ce paradoxe entre le constat du péché et la non-condamnation ? D’abord, c’est quoi « pécher » ? Les hébreux qui poussent la femme devant Jésus semblent croire que ça consiste à commettre quelque chose qui est interdit dans la Loi et donc qu’il faut punir, comme les textes le proposent. Donc, ce serait une faute, quelque chose de vilain par nature que, berk, il faut réprimer. Sinon y’a plus d’ordre, plus de repères, où va le monde, quoi !…

« Va, ne pèche plus !»… Elle a donc péché.  Mais pourquoi donc Jésus  qui est venu accomplir la Loi et non pas l’abolir, ne laisse –t-il pas s’appliquer les prescriptions prévues dans la Torah ? Elle a péché ou elle a pas péché ?

« Va ne pèche plus ». Nous-mêmes aujourd’hui, et déjà les hébreux anciens, semblons avoir oublié le sens originel du mot péché.  En hébreu, le terme ‘HaThaH, parfois écrit Chatta’ah,   désigne le fait de rater sa cible, comme un archer rate sa cible.  Le mot grec  amartia  par lequel cela  été traduit, a sensiblement le même sens.  Il y a donc un glissement de sens qui n’est pas correct chez ceux-là même qui parlent la langue hébraïque, ces fameux gardiens de la loi. Et, dommage pour nous,  ce glissement sera encore plus marqué en Occident avec la traduction latine par pecco , peccatore, d’où vient le mot français péché. Parce que pecco veut clairement dire faire un faux pas… ce qui enclenche immédiatement la question de la faute et de la responsabilité qui ne sont pas forcément contenues dans les termes hébreux et grecs !

« Va ne pèche plus »… Donc, si on entendait : « Va et ne rate plus ta cible ».  Ouverture très intéressante. La femme est alors renvoyée à elle –même, hors tout jugement et condamnation. Jésus lui dit simplement : fais ce pour quoi tu es faite. Ton cœur, ton être, te disent la mesure. Et la mesure, elle est de répondre à cet appel à être qui sourd en toi, y répondre sans commettre le mal envers autrui.

Oui, je sais que Jésus ne dit pas tout ça textuellement, mais  comme Dieu ne se contredit pas, s’il faut assumer l’héritage de la Torah, il faut bien lui trouver un sens dans les paroles de Jésus.

« Va, ne pèche plus…» Ne rate pas ta cible, tu es faite pour le bonheur, un vrai  bonheur. Pas pour en prendre des miettes, ici ou là, dans la vie des autres. Ecoute attentivement l’appel de Dieu en toi, l’appel de la Vie.  La question n’est finalement pas celle de l’adultère mais celle de ta vérité, et aussi celle de ne pas faire de mal à autrui pour ne pas blesser leur vérité. Je parle  bien de vérité, pas du sentiment fugace de sincérité. Quelle est fondamentalement ta cible, ce pour quoi tu es faite ? Le sachant, tu pourras faire un, toi, ton arc, ta flèche et la cible, ainsi que l’explique  Karl Graf Durkheim relatant parfois son initiation aux arts japonais.

« Va, ne pèche plus.. » La mesure est en toi, pour peu que tu sois lucide sur toi-même et un tantinet disponible. Ce pourquoi, ce n’est pas aux autres de te condamner. C’est tellement facile de pointer les soi-disant erreurs ou écarts des autres pour ne pas regarder le mal en soi. Le mal, c’est l’aveuglement qui coupe de soi-même et tue l’autre.

Si nous reprenons maintenant l’autre parole de Jésus, prononcée à l’égard de ceux qui lui amènent la femme, en quoi consiste-elle ? Il les renvoie à eux-mêmes. Il les remet, eux aussi,  dans la bonne direction qui est d’écouter son cœur en vérité. En ce sens, il me semble que Jésus n’est pas du tout piégé par cette situation. Peut-être est-il las ou attristé mais cela aussi est une libre interprétation car rien dans le texte ne permet de connaître les sentiments du Maître. Jésus, il est égal à lui-même. Il ne réagit pas à la pression, il est tout entier uni à son Père, et c’est très calmement qu’il peut renvoyer chacun à ausculter sa vérité. N’es-tu pas pécheur toi-même ? Ne rates –tu pas régulièrement la cible de ce pour quoi tu es fait ? Te conduis-tu toujours en être créé à l’image et à la ressemblance de ton Dieu ? N’es-tu pas en train de rater ta cible, là, en t’occupant de celle des autres ?  Que celui qui n’a jamais raté sa cible, que celui qui n’a jamais péché, lui jette la première pierre, si c’est ça votre vérité !

« Va, ne pèche plus ». Ce n’est pas une condamnation même a postériori.  Ni avec sursis, ni avec absoute. Nous sommes dans un autre registre qui est plutôt de l’ordre de : « écoute ton coeur, écoute ton être, et va dans cette direction, fais ce que tu as à faire. » Quel formidable encouragement, quelle formidable preuve de confiance !

Il y en a un autre à qui Jésus dira cela. Un peu plus directement, sous la forme de « fais ce que tu as à faire », et ce sera Judas.  Grand mystère que cette amitié trahie par un homme qui n’écoute pas bien son cœur et qui projette sur les gens, les évènements et Jésus lui-même des aspirations qui ne viennent pas de lui. Nous sommes tous faibles, tous capables d’abandon, lâcheté, trahison face à l’ampleur de la tâche. Aussi cela doit-il nous conduire à l’humilité. Je ne sais pas pour mon frère ce qui convient pour lui. Je ne peux pas le savoir puisque j’ai bien du mal à savoir pour moi-même. Mais  ce que je sais, c’est que dans la vie de mon frère, il y a quelque chose de Dieu, une étincelle divine, qui l’éclaire et me parle. Ses combats, ses luttes, ses chutes, ses débats intérieurs  ne sont pas sans laisser  percevoir la présence de Dieu dans sa vie, même quand il ne le sait pas lui-même.

Alors, le condamner ?  Alors que, sans le savoir, il me parle de l’amour de Dieu pour lui… et donc pour moi ?

Pas possible.

[Libre commentaire, vu du pays de Zabulon 🙂]

Businessman with crown sitting at desk

Jésus répondit :
« C’est toi-même qui dis que je suis roi.
Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci :
rendre témoignage à la vérité.

Quiconque appartient à la vérité
écoute ma voix. »

(Jn 18,37)

 

 

« Je suis né et venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité »

 

Jeu de mot imperceptible en français sur le fait d’être roi. Certaines traductions préfèrent faire dire à Jésus : « tu l’as dit, je suis roi », et cela est correct aussi. Mais de quelle royauté parle-t-on ?  Sinon celle de la sagesse perdue pour les rois de la terre et retrouvée en Jésus. Celle que l’on retrouve aussi dans le règne-modèle du roi Salomon.

La sagesse-vérité,
la sagesse fondement,
la sagesse qui révèle
d’où l’on vient et où l’on va
sans erreur possible sur la trajectoire.

Je suis roi (Basileus), pas un roi de pouvoir, un roi de de fondement. (‘Basileus‘  vient de ‘Basis‘, qui désigne souvent « les pieds », c’est-à-dire à la fois ce avec quoi on marche et ce sur quoi on s’appuie, ce qui fonde, ce qui est sûr et fait aller de l’avant)

Je suis roi,
pas un roi de pacotille,
pas un roi qui gouverne à la surface des choses,
pas un roi imbu de son importance parce qu’il tient des êtres et des choses sous sa domination.

Je suis,
assis en ma base, posé en ma base.

Je sais d’où je viens, et où je vais.
Cela seul compte : la Vérité de ce que je suis,

La vérité d’où je viens, de qui je viens,

Et ultimement à qui je dois révérence.

Je suis né et venu dans le monde,
pour cela :

Cette vérité,

Qui est en moi,
Qui est en toi.

Ton origine et ta destination,

Ne te perds pas en chemin !

 

Z –  22/11/2015

manteau

 

L’aveugle jeta son manteau,
bondit et courut vers Jésus.

(Marc  10,50)

 

Il jeta son manteau…

‘Himation’. C’est le mot grec que la traduction liturgique a pudiquement traduit par  « manteau ». Voilà un terme qui est employé 59 fois dans le Nouveau Testament, et  qui est traduit la plupart du temps par le mot vêtement, au singulier ou au pluriel. ‘Himation’ est notamment employé pour désigner le vêtement de Jésus dans l’épisode où une femme touche son « vêtement »,  mais également lors de la Transfiguration quand ils deviennent  « resplendissants », ou lorsque qu’on le  dépouille avant la crucifixion.

himation

Certains avancent que le mot ‘himation’ serait un dérivé de ‘ennumi’ (mettre dessus). Cet argument ne suffit pas à traduire le mot himation par manteau car tout vêtement est mis par-dessus le corps. Il n’est d’ailleurs jamais traduit de la sorte dans ses autres emplois, sauf en Mt 5,40 parce que dans le même verset un autre mot désigne la tunique portée sur le corps : ‘chiton‘: si on veut prendre ta tunique ( ton habit de dessous), donne ton vêtement en plus (ton habit de dessus) – à quoi pourrait-il donc servir de plus !  – Il existe d’autres mots grecs pour désigner un vêtement qui serait mis par-dessus les autres, un manteau. Ces termes sont également connus des évangélistes : par exemple, ‘chlamus’ (Mt 27) pour désigner le vêtement dont on recouvre Jésus lors de la Passion, ou en 2Ti 4, 13, le mot ‘phelones’  employé par saint Paul pour désigner le précieux manteau de voyage qu’il  aimerait récupérer.

Mais on trouve également le mot  ‘himastimos’, qui pourrait avoir la même racine, ‘himatizo’, recouvrir, se vêtir, et désigne une tunique qui touche  et recouvre directement la peau.

 

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Bref, si l’aveugle jeta son vêtement, il était nu.  A moins qu’on imagine qu’il porte encore un caleçon sous sa tunique, ce qui n’était pas l’usage du temps, comme attesté en d’autres endroits de l’Evangile. D’autant que nous n’avons pas, là, affaire à un notable distingué dans ses vêtements et parures.

 

Bref, si l’aveugle jeta son vêtement, il était nu.
C’est nu qu’il bondit vers le Seigneur.

 

Dans sa nudité, il bondit,
Dans sa nudité, il court vers Jésus,
Dans sa nudité, il se reconnaît aveugle
Dans sa nudité, il demande à voir.

 

Avant cela, il est habillé socialement
Par son handicap, par son métier de mendiant,
Par le regard que lui renvoient les autres,
y compris celui des apôtres,
Par le regard qu’il a sur lui-même, sans doute,
puisqu’il n’a pas, de prime abord,
l’énergie de bondir de lui-même vers Jésus…

Mais si le Maître appelle,
si enfin la vérité peut se faire
et que justice nous soit rendue,
alors il faut aller, bondir,
nu, comme on est.
Quelle importance ?

 

Seigneur, tu me connais.
Je n‘ai rien à cacher,
Tu sais tout de mes aveuglements,
De mes handicaps,
De la vérité  sur moi-même
que je ne connais pas
ou que je n’accepte pas encore,
Je n’ai rien à cacher

Si tu me dis : viens,
J’accours.

 

Nu.
Tel que je suis.

 

Nu,
Tel que tu m’as créé.
Nu tel que tu m’aimes.

Tel que tu me libères,
tel que tu me restaures
dans la dignité

Foin de ces apparats
et de tous ces faux habits.

Nu
Devant toi,
aucune importance.

Appelle-moi, Seigneur.

 

 

Z – 25 oct 2015