C’était pour un recensement.
Une raison comme une autre de se déplacer.
Pas vraiment le choix.

C’est fou qu’il y ait des gens qui se déplacent pour leur plaisir, non?
La plupart dans le monde se déplacent parce qu’ils y sont contraints.
La famine, la guerre, l’oppression, la torture, l’opprobre, les menaces,
le parquage de populations ici ou là,
bientôt la montée des eaux, la sécheresse, la surpopulation…

Pour lui et ses parents,
c’était juste une formalité administrative,
mais une contrainte quand même.
Il fallait retourner là-bas,
dans la ville des origines,
la ville de Jessé et de David
pour se faire recenser
– la belle affaire !

Et ce déplacement devient naissance.

Pas si facile que ça de naître,
d’accoucher de soi-même quand on est en train de se déplacer.
Les peurs, les fuites, les préoccupations ou dispersions multiples…
Et pourtant, c’est ainsi que cela se passe.
Toujours.

Quand je me déplace,
je re-nais.

Puissè-je re-naître chaque jour
jusqu’à ma mort et au-delà
le visage tourné
vers la lumière.

Z. 21/12/2019

« Où le Christ naît-il
si ce n’est au plus profond
de ton coeur et de ton âme ?

saint Ambroise

Mais qu’en est-il
quand je suis empêché d’avancer,
contraint de rester dans mes turpitudes
ou de les voir se durcir encore plus ?

Honte
à ceux qui empêchent
les hommes et les femmes de ce temps
d’aller et venir pour leur survie.

Avec ce bébé Jésus qui naît,
c’est l’humanité qui est promise à naître.
Par quelle perversité empêchons-nous les gens de vivre ?

Z. 21/12/2019

Source photo : elperiodico.com

 

Fratoun… quel chemin ! Depuis Zion by bus qu’il chantait sur les parvis de Montmartre, en nous donnant le décodeur « théologique », du haut de ses 15 ans, avec déjà cette étrange et gentille naïveté qui le caractérise, à ces chants plus engagés sur le monde. Dans la chanson ci-dessous, sur la migration et ses conséquences humaines terribles. Allusion aussi possible à la traite des noirs, façon « Nobody knows« . Mais pas seulement. Avec « No country for my soul« , nous devenons tous des migrants, nous sommes tous de passage avec une âme à sauver « qu’ils » n’auront pas – qui « ils » à propos ?

De ma famille ils m’ont arraché.
Et mes habits, ils me les ont volé.

Voilà que se superpose une autre histoire, celle d’un homme à qui on a arraché les vêtements, déjà, il y a environ 2000 ans, un homme qu’on a torturé, mis à mort, et ce fut assez vite, également, le sort de ses compagnons, de ses amis… Mais « ils n’ont pas eu leur âme… »

Et puis, moi, nous… Ne suis-je pas aussi un migrant sur cette terre ? Ne suis-je pas pieds et mains liés, ballotté par ce que d’autres, même bien intentionnés, voudraient pour moi ? Quand, à cause de mon orientation sexuelle, je suis écartelé entre le désir ou la nécessité de me conformer aux normes sociales et qu’au fond je sais mon être différent et vouloir se déployer autrement ?

« Ils » peuvent bien m’attacher, « je » peux bien m’attacher. Mes mains, mes pieds, empêchés de bouger. Oui, cette vie de déni ou de mépris, d’humiliation, d’empêchement d’être qui je suis. Mais, au fond, je le suis quand même. Et oui, « ils n’auront pas mon âme », tel que je suis, je serai accueilli par Celui qui ne juge pas.

 

No country for my soul

There is no land, no country for my soul
There is no land, no country for my soul
De mon pays ils m’ont enlevé,

De ma famille ils m’ont arraché.
Et mes habits, ils me les ont volé.
Et mes amis, ils ont torturé.
Mais jamais ils n’auront mon âme,
Jamais ils n’auront mon âme,
Jamais ils n’auront mon âme,
Jamais ils n’auront mon âme.

Ils m’ont pris, ils m’ont attaché
Et de mes mains ils m’ont séparé.
Puis c’est mes pieds qu’ils ont coupé,
Et ils riaient pendant que je leur criais
Que jamais ils n’auront mon âme,
Jamais ils n’auront mon âme,
Jamais ils n’auront mon âme,
Jamais ils n’auront mon âme.

Paroles & Musique : François-Joseph Ambroselli.
Arrangements : Les Guetteurs
(c) 2016 GE2L Editions / Rejoyce

Et toujours cette sincérité chez le leader des Guetteurs qui fait qu’on se sent bien avec lui. Fratoun ne fait pas que chanter. Quand il chante, il prie, il s’expose, il se donne. Et c’est beau.

Source photo: Jésus devant Pilate par Jon Mcnaughton