Je Le vis sur les routes du monde caché qui tenait quelque chose dans Sa main. Je demandai : « Mon Dieu, qu’est-ce que ceci ? » Il répondit : « Ton coeur. » Je dis : « Mon coeur possède donc une demeure qui est ta main ? » Il plia mon coeur qui se trouva être comme une chose enroulée. Puis Il l’étendit et mon coeur recouvrit l’espace qui s’étend du trône jusqu’à la terre. Je demandai : « Est-ce là mon coeur ? » Il répondit . « Ceci est ton coeur, et il est plus vaste que l’ensemble de l’être créé. »

Puis Il l’emporta dans l’état où il se trouvai dans Sa main vers les contrées du monde angélique. Je l‘accompagnais jusqu’à ce que j’atteigne le conseil du mystère du monde caché. Je demandai : « Mon Dieu, jusqu’où l’emmèneras-Tu ? ». Il répondit : « Jusqu’au monde de la prééternité pour que Je me contemple en lui, pour susciter en lui les commencements des vérités, et pour que Je Me révèle à lui pour l’éternité sans fin sous l’aspect de la divinité. »

Je dis : « Je veux Te voir sous l’aspect qui est le tien dans l’éternité sans commencement. » Il répondit : « Il n’y a pour toi aucun chemin qui pourrait t’y conduire. » Je suppliai en disant : « Mais je le veux ! » Apparurent alors les lumières de la magnificence. Je fus réduit à néant, annihilé. Les réalités phénoménales ne purent plus fraire face à l’orage de la superbe après cela. (…)

Rûzbehân Baqlî (1128-1209)
in Le dévoilement des secrets.

Source texte : http://consciencesansobjet.blogspot.fr

Photo : un touareg dans le désert, photo publiée par blueliketheskyandyoureyes.tumblr.com et d’autres pages internet.

Lorsque (les fils de Jessé) arrivèrent et que Samuel aperçut Eliab, il se dit : « Sûrement, c’est lui le messie, lui qui recevra l’onction du Seigneur! » Mais le Seigneur dit à Samuel : « Ne considère pas son apparence ni sa haute taille, car je l’ai écarté. Dieu ne regarde pas comme les hommes : les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le coeur. » (1 Sam 16, 6-7)

Le regard divin est libre de tous les déterminismes, pensées toutes faites ou habitudes solidement établies. La leçon vaut pour tous les temps et tous les hommes désireux de le suivre.(…) Le critère du choix de l’élu ne se fondera jamais sur « l’apparence » – fût-elle séduisante – mais bien sur la qualité du coeur.

Encore faut-il ne pas se méprendre sur ce que représente l’organe cordial dans la pensée biblique. Plus que la vie affective, le coeur est le centre de l’être, le lieu où l’homme dialogue avec lui-même et avec Dieu. C’est là et en cette présence que s’opèrent ses choix décisifs. En quelque sorte, Dieu regarde avant tout le lieu dans lequel Il célèbrera ses noces avec l’homme ! une chambre nuptiale qui doit être large et ouverte, dénuée d’a-priori, de raisonnements et de mentalisations en tout genre – fussent-elles les plus saintes.

Frère Irénée, moine à Chevretogne
La Vie, 23 mars 2017

Source photo: Photo prise par Thomas Knight