La parfaite amitié est celle des hommes bons et semblables en vertu. Chacun veut du bien à l’autre pour ce qu’il est, pour sa bonté essentielle. Ce sont les amis par excellence, eux que ne rapprochent pas des circonstances accidentelles, mais leur nature profonde. Leur amitié dure tout le temps qu’ils restent vertueux, et le propre de la vertu en général est d’être durable. Ajoutons que chacun d’eux est (…) bon dans l’absolu et utile à son ami, bon dans l’absolu et agréable à son ami.

Aristote, Ethique à Nicomaque, liv. VIII

Photo : Yoonjae Jang, Jaemin Cho and Taewoong by Hyunjong Ryoo for Fucking Young

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« Il faut l’ami » dit Aristote. Cette nécessité est liée à notre finitude. « Qu’en est-il lorsqu’on n’a pas d’ami? » La question m’a été posée hier soir après la séance. Ne pas avoir d’ami est l’une des tragédies de l’existence. L’ami est celui qui par sa parole, par son regard ou par sa seule présence et sa seule existence, vous libère – vous ouvre en confiance à ce que vous êtes. Personne d’autre que l’ami ne peut faire cela pour vous. Il est irremplaçable. C’est pourquoi Aristote dit que la philia [amitié] est la chose la plus nécessaire pour mener une vie pleinement humaine. »

Hadrien France-Lanord,
S’ouvrir en l’amitié, Editions du Grand Est, 2010, p. 77.

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« L’ami vous arrive… »

Dans l’amitié, vous ne pouvez pas réellement vouloir devenir ami avec celui qui sera peut-être finalement votre ami. L’ami vous arrive et lorsque cela se produit, il faut parvenir à laisser cet autre me faire advenir à moi-même. De même que je me laisse approprier à moi-même en ce qui m’est le plus propre par la sophia dans la philosophie, de même je me laisse approprier à moi-même en ce que j’ai de plus propre par l’ami que je n’ai pas choisi. il ne suffit pas de déterminer des critères d’affinité, comme on peut le faire sur Internet par exemple, car jamais un ensemble d’affinités ne suffit à faire éclore l’amitié. Dans l’éclosion de l’amitié, il y a quelque chose qui échappe – et qui doit nécessairement échapper, rester abrité en retrait – à l’un comme à l’autre.

Lorsque nous parlons de se laisser approprier à soi à partir du rapport à ce qu’on aime, cela signifie que ce n’est donc pas un sujet (un « je ») qui choisit son ami, qui veut être son ami(…). Il s’agit au contraire, pour advenir à soi, de se dépouiller de tout « je ». L’amitié est un tel mouvement d’advenue, et c’est un mouvement radical.

Hadrien France-Lanord,
S’ouvrir en l’amitié, Editions du Grand Est, 2010, p. 28-29.

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N.B. L’accumulation de photos de Justin Bieber… un voeu que j’ai fait d’illustrer tout article avec des photos de Justin Bieber pendant un mois et que je suis en train d’honorer.