Un jour j’ai rencontré dans une de nos rues,
une rue de banlieue qui n’avait vraiment rien d’héroïque,
un homme
dont j’aurais cru volontiers qu’il était un ange de passage,
et qui n’était en réalité qu’un pauvre gars pensionnaire à l’hospice.
Mais cet homme que j’ai vu passer
m’a expliqué et, mieux que beaucoup de livres,
m’a démontré
ce que c’est, la véritable pauvreté
de celui qui doit aller, léger, dépossédé,
dans votre esprit.

Il avait des vêtements très ordinaires,
des vêtements qu’on ne remarquait pas.
Ses yeux regardaient droit devant lui,
avec une limpidité qui se communiquait aux choses.
La rue entière en était rajeunie,
et semblait exister pour la première fois.
Il ne portait rien dans ses mains.
Ses poches étaient plates et semblaient légères et ses deux mains
étaient ouvertes et flottaient dans l’air autour de lui.

Peut-être était-il un peu fou.
Et pourtant il était comme une leçon de sagesse.
Tout son travail semblait d’aller, de passer parmi les choses
et les hommes.
il était à lui seul comme une parabole,
comme un signal de véritable pauvreté.
« Car si vous aimez seulement ceux qui vous aiment »…
vous n’aurez pas besoin d’aller…ils viendront à vous.
Mais si vous aimez ceux qui ne vous aiment pas…
il faudra tout le temps marcher à leur rencontre.

C’est la pauvreté de celui qui va.

C’est inouï le nombre de choses qui nous empêchent d’être agiles, d’être légers.
On ne s’en rend pas compte, mais
si du jour au lendemain, nous étions dépossédés,
nous nous trouverions voisiner spontanément avec tout un tas de gens qui nous paraissent habiter au bout du monde.

Madeleine Delbrêl
Pauvreté de celui qui va, Méditation, 1946-1948.

Mais pour l’amour de Dieu qui nous a unis ensemble …
Tu sais que, après Dieu, je n’ai personne d’autre que toi, mon frère;
Au lieu de cela, j’ai renié tous les hommes et je ne me suis attaché qu’à toi.
Nous avons fait un contrat pour ne pas être séparés l’un de l’autre…
Nous étions tous les deux comme une seule et même âme,
de sorte que tous ont été stupéfiés par notre amitié …

But for His sake that did join us together….
Thou knowest that after God, I have no one else but thee, my brother;
instead, I have disowned all men and cleaved only unto thee…
We made a compact not to be separated from one another….
The two of us were just like a single soul,
so that all were put into amazement by our friendship….

 

Ce texte est issu d’une bénédiction ritualisée dans le cadre d’un affrèrement médiéval, c’est-à-dire de l’union de deux hommes dans un engagement qui n’est pas le mariage mais qui n’est pas non plus un contrat entre simples associés. Certains y voient la possibilité d’une union civile légale pour personnes de même sexe, incluant possiblement une vie affective et sexuelle  communes ; d’autres relèvent que rien ne permet ni de l’affirmer ni de l’infirmer.

Peu importe. Goûtons ces paroles telles qu’elles nous sont parvenues, et recevons ce magnifique témoignage d’une reconnaissance de l’un et l’autre, unis dans l’affection, qui en fait déjà bien plus qu’une amitié romantique et déjà une trace d’homosensibilité.,

 

Source du texte : cité dans le commentaire publié par Kevin Elphick sur le site orthodoxe Orthodoxy In Dialog à propos du livre de Claudia Rapp intitulé Brother-Making in Late Antiquity and Byzantium: Monks, Laymen, and Christian Ritual (Onassis Series in Hellenic Culture) (L’affrèrement dans l’Antiquité tardive et Byzance: moines, laïcs et rites chrétiens).

Source image : un dessin de Klaine

 

Christ, tu es la joie de la vie !

Tu es la joie
parce que Tu donnes à ma vie sa vraie signification,
sa dignité, sa sécurité.

Tu es ma joie, parce que Toi aussi, Seigneur,
Tu as souffert, Tu as été pauvre,
Tu as travaillé avec fatigue, et Tu as même été mis en croix.

Tu nous comprends, Tu es notre compagnon, Tu es notre consolateur.

Jésus, Tu es l’espérance de qui est malheureux et sans aide !

Jésus, c’est Toi qui nous rends frères,
qui nous donnes le sens de la justice,
Qui nous rends forts à souffrir, forts à vouloir.

Jésus, c’est Toi qui nous apprends à aimer,
C’est Toi qui nous donnes la paix,
la vraie paix,
Avec le pain pour cette vie,
Et avec le pain pour l’éternelle vie, meilleure que celle-ci.

C’est Toi, Jésus, le prophète des béatitudes.

Jésus, tu es la joie de notre vie !

Paul VI

 

(Transcription par Michel Cool d’une homélie prononcée sur le parvis de l’église Sainte-Cécile de Bogota (Colombie) le 24 août 1968 – Postée par Michel Cool sur son compte Facebook.

Photo : « on the road of EmmaUs » par André Durand

 

Voici un magnifique poème de Rûmi mis en musique par Amand Amar pour accompagner le film réalisé par Nacer Khémir dans lequel il raconte un épisode de la vie du grand poète et mystique soufi Rûmi, un des piliers fondateurs du soufisme,  Bab’Aziz, Le Prince qui contemplait son âme (2016).

L’histoire raconte de manière poétique, le périple d’une petite fille, Ishtar, qui accompagne son grand-père, bien vieux et devenu aveugle, Bab’Aziz (Rûmi) dans le désert, sous prétexte de se rendre à une réunion de derviches qui n’a lieu que tous les trente ans.

– (Ishtar) Bab’Aziz, nous allons sûrement nous perdre dans le désert…
– (Bab’Aziz) Ishtar, ceux qui sont en paix avec eux-mêmes ne peuvent perdre leur chemin.

Le film raconte en fait les derniers instants du sage. Pour Bab’Aziz, il s’agit en fait d’aller rejoindre sa tombe, délimitée par un carré de cailloux. Mais le voyage s’avère plein de surprises et de rencontres, occasions pour le vieux sage de distiller son amour de la vie et sa sagesse.

Alors que Bab’Aziz défait son turban et s’assied sur sa propre tombe pour attendre la mort, un jeune homme lui demande pourquoi il est si calme :

La mort est la fin de toute chose » dit le jeune homme en pleurant.
Comment cela peut être la fin de quelque chose quand il n’y a pas de début ?  » répond le vieil homme avec douceur.

La danse des atomes (qu’on appelle souvent le poème des atomes) nous raconte la communion ente toutes choses de l’univers et ce fil ténu et invisible qui fait que tout tient. Tous les atomes dansent. Le soleil, le vent, le désert et les hommes-mêmes. Tous et chacun, nous sommes invités à entrer dans la danse…

La musique a été composée par Armand Amar, d’après des paroles du célèbre mystique persan Rûmi.  Les chanteurs sont Haroun Teboul , puis Salar Aghili .

 

Ô Jour, lève-toi!
Fais resplendir ta Lumière, les atomes dansent.
Grâce à Lui l’Univers danse, les âmes dansent, éperdues d’extase,
libérées du corps et de l’esprit,
Je te murmurerai à l’oreille où les entraîne leur danse.

Tous les atomes dans l’air et dans le désert dansent,
étourdis et ivres dans un rayon de lumière,
comme fous.

Tous ces atomes ne sont pas si différents de nous,
heureux ou malheureux,
hésitants et déconcertés
Nous sommes tous des Êtres dans le rayon de lumière du Bien-Aimé,
au-delà des mots.

Rûmî

 

 

 

Photo : le danseur Roberto Bolle, par Bruce Weber, photo publiée par homotography

 

Sans son, ça chante
Et sans rythme, ça danse
Ecoute la musique inaudible.

 

Attribué à Mirabaï

 

Mirabaï (1498 – 1546) est une poétesse de l’hindouisme,  auteur de chants d’amour mystique dédiés au dieu Krishna et qui sont encre chantés dans le nord de l’Inde.  Le poème cité ici est mentionné par Michel Gay dans « Kabir : Une expérience mystique au-delà des religions« , Collection « Spiritualités vivantes, Albin Michel, 2012,  qui, lui-même le tient de Catherine Clément, La princesse mendiante, Editions du Panama 2007.

On retrouve dans ce poème une même source mysqtique que celle signalée, il y a quelques jours,chez le poète persan, Sohrab Sepehri, de tradition soufie.

Photo : Piero Méndez, modèle espagnol sur Instagram