dormeur

L’oiseau du matin chante.

Comment sait-il que l’aurore va poindre, alors que le dragon de la nuit enlace encore le ciel de ses replis glacés et noir ?

Dis-moi, oiseau du matin comment, au travers de la double nuit du ciel et des arbres, il trouva son chemin jusque dans tes rêves, le messager qui surgit de l’Orient ?

Le monde ne pouvait te croire lorsque tu t’es écrié : “Il vient, le soleil, et la nuit n’est plus.”

Ô dormeur, éveille-toi !

Découvre ton front, dans l’attente du premier rayon béni de lumière, et chante avec l’oiseau du matin en joyeuse ferveur.”

Rabindranath Tagore, in L’offrande lyrique.

source image : www.trentonthegreat.com

eden-eff

 

J’ai un secret. Amour, je peux t’appeler amour ? Pardonne-moi, c’est ça mon instinct. C’est mon identité fragile. Je t’ai dit, j’ai un secret que je confie aux dieux pour qu’ils me donnent la force nécessaire pour supporter cet insatiable égoïsme, qui devient toujours plus ingérable et troublant. Je suis tellement égoïste.

L’égoïsme c’est de posséder ton essence vitale, mais à cause de cela je ne vendrai pas mon âme au diable, parce qu’il n’est pas mon ami, oui, il n’est pas mon ami. L’amitié me rend meilleur, et lui  il n’est pas bon, il est le mal qui me transperce la poitrine.

Laisse-donc, cet égoïsme tranquille mon tout, et dors plus longtemps sans peurs, sans cette  lumière qui t’aveugle de  sa tromperie.

Ode à toi mon coeur, ode à toi mon âme, ode à toi, mon secret.

E’den Eff

 

Source (texte original et photo) : eden-eff.tumblr.com

 

Je trouve ce texte étrange et beau à la fois.

Il est prière et il est discussion avec soi-même. Est-ce bien à Dieu – aux dieux [correction demandée dans la traduction par l’auteur malgré  le singulier employé en italien] –  qu’il s’adresse ou au Soi profond, actuellement aveuglé par le sentiment d’amour ?

L’amour est  est-il égoïste?  c’est la question posée , finalement. Certes, dans la conception commune, il ne le devrait pas. Mais dans l’être ou l’objet aimé, n’est-ce pas soi-même que l’on cherche ? N’y aurait-il pas comme une perversion de l’intention ?  A moins d’admettre  qu’effectivement , c’est bien soi que l’on cherche, soi en relation, soi qui s’éveille comme Soi parce que reconnu en l’autre soi.

L’auteur parle d’égoïsme. Ce me semble un jugement sévère. En matière d’amour humain, le désintéressement total n’existe probablement pas. Il est toujours accueil et acception de soi en relation avec l’autre ou de l’autre en relation avec  soi. Que ces deux termes deviennent équivalents , soi  en relation avec l’autre et l’autre en relation avec soi, est peut-être même l’indice d’une juste et belle circulation.

J’ai un secret…je suis fait pour aimer, et je suis fait aussi pour être aimé. Je n’arrive pas à séparer les deux. Et si l’un s’exprime plus fort que l’autre , j’ai tout à coup comme le vertige et peux en perdre toute conscience de la réalité.

Quel texte étrange et beau à la fois !

 

Z.

time

S’AIDER SOI-MÊME

 

Comment arrêter le temps : embrasser.

Comment voyager dans le temps : lire.

Comment s’échapper du temps : la musique.

Comment sentir le temps : écrire.

Comment libérer du temps : respirer.

 

Matt HaigReasons to Stay Alive (Raisons de rester vivant)

 

unrealray13
Sources photo : unrealray13 et fineartamerica

contigo_a_14

CONTIGO AVEC TOI
¿Mi tierra?
Mi tierra eres tú.

¿Mi gente?
Mi gente eres tú.

El destierro y la muerte
para mi están adonde
no estés tú.

¿Y mi vida?
Dime, mi vida,
¿qué es, si no eres tú?
*
Luis Cernuda
***

Ma terre ?
Ma terre, c’est toi.

Mon peuple ?
Mon peuple, c’est toi.

L’exil et la mort,
pour moi c’est là où
tu n’es pas.

Et ma vie?
Dis-moi, ma vie,
qu’est-ce, si ce n’est pas toi ?
*
Luis Cernuda
***

Source : cristianosgays

Je n'ai rien qu'aujourdhui

Pour t’aimer sur la terre,
je n’ai rien qu’aujourd’hui…

Thérèse de Lisieux

 

 

Ma vie n’est qu’un instant, une heure passagère
Ma vie n’est qu’un seul jour qui m’échappe et qui fuit
Tu le sais, ô mon Dieu ! pour t’aimer sur la terre
Je n’ai rien qu’aujourd’hui !…

(…)

Que m’importe, Seigneur, si l’avenir est sombre ?
Te prier pour demain, oh non, je ne le puis !…
Conserve mon cœur pur, couvre-moi de ton ombre
Rien que pour aujourd’hui.

Si je songe à demain, je crains mon inconstance
Je sens naître en mon cœur la tristesse et l’ennui.
Mais je veux bien, mon Dieu, l’épreuve, la souffrance
Rien que pour aujourd’hui.

Je dois te voir bientôt sur la rive éternelle
O Pilote Divin ! dont la main me conduit.
Sur les flots orageux guide en paix ma nacelle
Rien que pour aujourd’hui.

Ah ! laisse-moi, Seigneur, me cacher en ta Face.
Là je n’entendrai plus du monde le vain bruit
Donne-moi ton amour, conserve-moi ta grâce
Rien que pour aujourd’hui.

(…)

Je volerai bientôt, pour dire tes louanges
Quand le jour sans couchant sur mon âme aura lui
Alors je chanterai sur la lyre des Anges
L’Eternel Aujourd’hui !…

 

Texte intégral de ce poème ici : http://www.therese-de-lisieux.catholique.fr