Laisser le temps filer
Comment filent les mots, les pensées, les nuages

Ne rien faire
Ou plus exactement arrêter ce qu’on fait.

Se taire si on peut
Enfin, taire le brouhaha intérieur

Ecouter
et écrire.

« Tais-toi et écris. »

Le plus précieux conseil
que j’ai reçu de Ash.

Que j’applique parfois.

Z- 05/08/2025

Illustration, homme écrivant, suscitée avec l’IA de Canva.


Dis-lui, toi,
car moi, il ne m’écoutera pas.

Dis-lui ce qu’il sait déjà,
que la vie est souffrance et résilience,
qu’elle est chute et combat.

Dis-lui ce qu’on oublie tous
quand cette folle apparaît,
la tentation de la désespérance.

Rappelle-lui qu’il écrit
justement pour crier la vie qui veut vivre,
justement quand on veut le lui ôter.

Rappelle-lui qu’il écrit
pour parler au nom de ses amis, de ses amours,
parce qu’il n’est pas question qu’ils meurent.

Mais que se passe-t-il ?
La page blanche, la veine épuisée,
L’amour enfui, la mesquinerie des gens ?

Quoiqu’il arrive,
mon ami poète tu m’aides à vivre
et ce que tu portais tu le portes encore en toi.

Faut-il renoncer
quand les vents contraires arrivent ?
Souvent ils annoncent de nouveaux printemps.

Ne lui dis pas que je suis triste
qu’il se dévalue et se dénigre ainsi :
niais, minable, pitoyable, quelle bêtise !

Est-ce que les mots des autres
peuvent le rejoindre et l’aider à tenir,
et à faire face à tous les jugements ?

Dis-lui, s’il te plaît
que ces soubresauts eux-mêmes
dévoilent la beauté de son humanité.

Et sont sa force finalement.

Dis-lui, toi, si tu peux
car moi, il ne m’écoutera pas.

Z- 26 juillet /4 août 2025

Souviens-toi, poète :

Pourtant t’es beau, comme une comète
Je t’ai dans la peau, je t’ai dans la tête
Et quand bien même
Y aurait que moi
Tu peux pas t’en aller comme ça

Parce que t’es beau
Comme une planète
Je t’ai dans la peau, je t’ai dans la tête
Je te le répèterai
Tant qu’il faudra
Tu peux pas t’en aller comme ça

#FAUVE


Illustration : Timur Simakov

Quand tu es parti
j’ai serré les poings
j’ai serré les fesses
j’ai serré mon coeur
j’ai dit Je serai fort
Je t’attendrai

Ce n’était pas vrai
je n’étais pas fort
je me suis enfermé
dans le personnage
de quelqu’un de fort
jusqu’à me mentir

C’est toi
qui me rendais fort
Sans toi
je surjoue l’homme fort

Mais je savais que tu reviendrais
Tu me l’avais promis
Alors je t’attendais
et je pleurais parfois
secrètement
en pensant à toi

Alors ok pour souffrir un peu
si c’est le prix à payer
pour te retrouver
pour exploser de joie
et sentir à nouveau
mon coeur se dilater
aux dimensions de l’infini
quand on se retrouvera
Je t’attendais

Tu n’es pas parti
On nous a séparés
Ça semblait logique
qu’elle était vraie
notre promesse
de nous retrouver
Je t’attendais.

Tu n’es jamais revenu.

Z- 2 août 2025

Source image : Kirill Karpenko et Devon Broughton photographiés par Alfoso Anton Cornelis

À propos des textes du jour
(Gn 18,1-10 ; Col 1, 24-28 ; Lc 10, 38-42)…

Ce mystère enfin connu,
caché jusqu’ici aux générations précédentes
(c’est saint Paul qui le dit) :
“Christ est parmi vous”.

Rien que ça.
Christ est parmi vous !

Après 2000 ans de christianisme,
ça paraît banal de dire ça.
Ben oui, on le sait, réveille-toi :
ça fait 2000 ans qu’on nous le dit !

Justement : ça fait 2000 ans
et l’humanité n’a toujours pas encore pris la mesure
de cette nouvelle : Christ est parmi nous.

Dans le récit des évangiles,
Marie (de Béthanie) l’a pressenti au point d’arrêter toute activité
pour profiter de cette présence – qui sera réalité qui dure –
là où Marthe s’affaire encore dans un objectif généreux de bien faire,
d’être une femme impeccable, serviable et hospitalière.
– Manquerait plus qu’on dise qu’elle a mal reçu le Seigneur ! –
ꟷ Mais bouge-toi donc, Marie! Pourquoi tu me laisses seule au service alors qu’il y a tant à faire !

Rien. Il n’y a rien à faire pour recevoir ce don gratuit
que le Christ est parmi nous.
Pas seulement la réalité tangible d’un homme qu’on reçoit,
fût-ce Jésus.
Mais la réalité que la Vie-même,
l’origine de tout élan vital dans l’univers
se manifeste dans cette humanité-là,
celle de Jésus.
Et le don, le voici :
si cela est vrai pour l’homme Jésus,
c’est vrai pour toute humanité, homme et femme,
qui veut bien s’y rendre disponible,
l’accueillir
enfin y croire.

Car Dieu a toujours été là,
ce sont nos yeux, nos cœurs, mal décillés
qui sans cesse cherchent à l’extérieur
une vérité profonde qui est déjà là, disponible en chacun.

C’était déjà l’intuition d’Abraham
qui perçoit recevoir le Seigneur en ces trois étrangers
qui apparaissent à lui au chêne de Mambré.
Innocence et confiance incarnées,
il n’est qu’accueil et hospitalité
au mystère de Celui qui vient, qui est.

L’étranger, cet autre, est son Seigneur.
En lui, il reconnaît la visitation, la communication qui lui est faite
qu’il est digne d’intérêt pour le Tout Autre.
Il n’a pas encore compris, peut-être, que ce tout Autre est aussi en lui,
alors même pourtant qu’il va donner la vie, créer une formidable descendance.
Il faudra que son hôte, cet étranger, revienne à la naissance de son enfant pour le lui confirmer.
Ce tout autre qu’il appelle Le Seigneur
et qui pourtant sont trois.

Texte tellement étrange
qu’il semble y avoir un élément de compréhension qui nous échappe,
un décodeur, quelque chose qui ferait que le sens est évident.
La tradition chrétienne, magnifiée par l’œuvre de Roublev,
y relit la présence du Dieu trinitaire,
complètement un, complètement trois,
ce qui, bien sûr est une relecture théologique tardive, a posteriori.
Tant mieux si elle aide à comprendre que Dieu est amour
quoi qu’il en soit de la manière dont on le regarde,
et jamais peur, guerre et méchanceté !

Abraham voit trois hommes,
ils sont l’Etranger par excellence,
quoiqu’il en soit de leurs spécificités personnelles.
Ils sont le Tout Autre,
ils sont le Seigneur.
Ils le sont
et lui ne sait pas encore
que, dans cette logique il est lui aussi le Seigneur.
Le Seigneur qui se reçoit lui-même.
« Le seigneur dit à mon Seigneur :
siège à ma droite » dit un des psaumes.

Revenons à saint Paul.
Son cri du cœur est :
le mystère qui était caché depuis des générations est enfin révélé,
Christ est parmi vous !

Christ est parmi nous.
Christ est parmi moi.

Certains dira-t-il ailleurs ont reçu des anges sans le savoir.
Les anges, ces messagers de Dieu.
Autre interprétation projetée parfois
sur les trois hommes qu’Abraham reçoit à Mambré.

Des anges reçus sans le savoir.

Combien en ai-je reçu dans ma vie sans le savoir ?
Tiens, et là, aujourd’hui,
toi qui croises ma vie, es-tu un ange pour moi,
un messager du ciel, un ange
que je n’aurais pas encore reconnu ?

Allons plus loin, toi que je croise aujourd’hui,
en quoi es-tu ange qui me parle de mon Seigneur,
qui me renvoie à ma propre humanité, à la tienne,
et réalise en nous ce doux mystère
que Christ est parmi nous ?

Bien sûr que moi aussi je suis un ange,
ou que je devrais être un ange pour toi,
et que de me rencontrer t’aide à réaliser
que le Seigneur est avec toi.

Mais chhhhut ! Mets une garde à ta bouche,
ne t’occupe pas de ça
pour ne pas tomber dans l’orgueil
et te couper de Celui qui te donne tout
et dont tu ne peux que te recevoir.

Il suffit bien que tu réalises qu’en chaque rencontre,
aussi dure, aussi compliquée, aussi perturbante soit-elle,
c’est le Seigneur, en cet homme-là, en cette femme-là, qui te rejoint.
Le seigneur invite le Seigneur à l’accueillir.

Au-delà des formes, au-delà des apparences,
savoir comme Abraham reconnaître la bonne nouvelle
qui se manifeste par la rencontre de l’autre,
l’insigne honneur qu’il me fait
d’être entré dans ma vie.

Voilà donc Jésus qui entre dans ma maison.
Immédiatement, viennent s’animer en moi
ces deux forces qui semblent s’opposer :
vite s’affairer, faire quelque chose
pour être à la hauteur de la venue de celui que j’aime
et que surtout il ne lui vienne pas à l’idée de me quitter ou de m’abandonner;
suspendre toute activité pour gouter la Présence de celui qui me révèle à moi-même,
là, maintenant et toujours.

Viens, Seigneur, visite-moi encore et encore
jusqu’à temps que j’arrête de courir
pour enfin te recevoir.

Z – 20 juillet 2025

Photo : Une photographie de Thomas Synnamon

J’ai un gros problème
Je ne sais pas où sont les gens qui sont comme moi

Alors, probablement, ça devient encore plus compliqué
De rencontrer celui qui pourrait être l’homme de ma vie

C’est assez paradoxal je ne crois pas qu’on doive se ressembler
pour s’aimer mais non plus qu’on doive être trop différents

Je ne suis pas intéressé par les lieux qui ne seraient
que masculins que gays ou que chrétiens

Et encore moins la conjonction des trois
Mais alors où sont les gens qui sont comme moi

Cherchant l’amour, la tendresse, le partage
Sans s’enfermer dans aucune catégorie

Les gens assez matures pour assumer leur histoire
Sans s’y enfermer ni y enfermer l’autre

Les gens qui seraient ouverts et curieux de découvrir
Que la rencontre tout à la fois façonne émerveille et ouvre l’avenir

Et le présent.

Je n’ai pas un gros problème à trouver des communautés déjà constituées
Juste celui de croiser la route de la personne qui m’attendrait déjà

Je fuis les communautés, je fuis l’uniformité, je fuis les particularismes
Tout ce qui enferme dans un seul modèle et prive des autres

Je veux m’éveiller chaque matin en m’émerveillant de la vie
Qui renouvelle son invitation à se nourrir de l’inconnu

Je ne conçois pas l’existence autrement qu’une grande aventure
Dans laquelle chaque pas est nouveau et rend meilleur

Et ces pas ça m’arrive oui bien souvent
De souhaiter ne pas les faire seul

Il me semble qu’il y a quelqu’un quelque part
Qui serait comme moi il suffit d’une seule personne

Une personne avec qui ce serait évident et facile peut-être
De s’émerveiller sans cesse et de cheminer ensemble

Découvrant – non, expérimentant – chaque jour
Que cheminer vers l’autre c’est cheminer vers soi

Et se préoccupant seulement chacun du bonheur de l’autre
Comme un cadeau qui renouvelle l’amour en permanence

Que c’est le sens de l’amour humain
(que c’est l’essence de l’amour humain).

Z- 5 juillet 2025

Source image : trouvé sur tumblr (auteur inconnu)