La Grâce, qui est considérée par l’homme naturel comme un don qui lui vient d’un Divin extérieur, est pour l’homme initiatique l’accès à la conscience du Dieu intérieur, de son être propre.

Karlfried Graf Durckheim, (1896 – 1988), mystique et philosophe allemand,
L’expérience de la transcendance.

Photo : Rene Capone (b. 1978) Blue boy, yellow light (sur pookiestheone.tumblr.com)

Je finirai bien par te trouver.

Chaque jour,
Je reviendrai sur le chemin
Où j’ai goûté ta Présence,
Et je laisserai mes pas aller
Là où tu les attires.

Chaque jour,
Je m’immergerai dans l’océan de la vie,
Cherchant ta Présence dans l’instant présent,
Au-delà des formes, des idées, des pensées,
Au-delà de tout ce que je croyais savoir.

Je t’attendrai,
Je goûterai ton absence comme ta présence,
Tu es le seul qui peut ravir mon cœur
Et le contenter.

Je t’attendrai,
Oubliant à chaque pas
Comment j’en suis arrivé là,
Oubliant même qui je suis
Pour être à Toi.

Et c’est Toi qui finiras bien par me trouver.

Zabulon – 29/8/2017

Photo : Ian Jacob, photographié par Mariana Bellot-Flores pour summerdiaryproject.com

Laisse subsister ce peu de moi par quoi,
je puisse te nommer mon tout.

Laisse subister ce peu de ma volonté par
quoi je puisse te sentir de tous cotés,
et venir à toi en toutes choses, et t’offrir
mon amour à tout moment.

Laisse seulement subsister ce peu de moi
par quoi je puisse jamais te cacher.

Laisse seulement cette petite attache
subsister par quoi je suis relié à ta volonté,
et par où ton dessein se transmet dans ma vie :

c’est l’attache de ton amour.

Tagore, L’offrande lyrique.

Tagore, grand poète indien, chantre de l’immanence dans les choses simples de la vie, est aussi le découvreur de Kabir dont il a proposé une traduction dès 1922.

Source photo: everydaysagreatday.tumblr.com

Celui qui trône au milieu de ce corps,
Indestructible
Celui que tu crois loin, ô chagrin,
Il est tout près
Dans ce pot de terre

Kabir te le dit
Sans le guru la distance restera
Celui qui est près paraîtra loin
Et l’illusion restera
La distance c’est l’illusion

Kabir

 

Quelques mots d’explication sur cet étrange poème

Kabir est un poète, mystique et tisserand de métier, né en Inde au XVè siècle, assez inclassable puisqu’il ne se réclame d’aucune religion et, au contraire, les fustige toutes comme autant de manières d’arrêter la Révélation, l’Eveil. Son ton est parfois très insolent et accusateur face à ceux qui enferment dans des rites quels qu’ils soient ou dans une connaissance affichée et apportée de l’extérieur.

Par certains aspects, pour moi, chrétien, il figure certaines attitudes du Christ, Jésus, lorsqu’il s’en prend aux marchands du Temple, lorsqu’il querelle avec les pharisiens ou lorsqu’il apprend aux sages ce qu’ils sont censés déjà connaître.

Nous sommes là en pleine mystique. Non pas à la recherche d’une certitude, d’un enseignement qui viendrait de l’extérieur et nous dirait le chemin, mais dans l’expérience d’une rencontre avec l’Être, le Divin, qui parle au Soi, bien plus qu’au Moi, pour reprendre une catégorie ontologique partagée par certaines écoles de psychologie.

C’est une rencontre avec Soi mais plus encore avec l’Être tout entier qui nous dépasse, nous surpasse, nous précède et s’expérimente pourtant dans la Présence, ici, maintenant. Une fois cette rencontre faite et reconnue, même si l’expérience est ténue, l’être humain n’a de cesse de la retrouver et de s’y complaire, comme l’exprime magnifiquement saint Augustin. Sauf que la Présence nous échappe parce que, sans cesse, nous voulons la capter avec nos critères et nos réflexes humains. Nous aimerions nous l’accaparer, nous aimerions, la cadrer, l’expliquer, bref la faire rentrer dans notre pauvre finitude alors qu’elle est d’une tout-autre nature.

Les mystiques, l’appellent parfois le Bien Aimé, et décrivent le chemin expérienciel de l’Ami(e) vers son/sa Bien-Aimée. mais le Bien-Aimé semble s’échapper. Ce n’est pas qu’il s’échappe, c’est que nous l’enfermons sans cesse. Et comme, il est hors-limites, il semble s’échapper. Il est pourtant là, c’est nous qui n’y sommes plus. Nous revenons sans cesse au Moi et ne laissons pas le Soi accueillir doucement la Présence sans n’avoir rien à faire.

En ce sens les religions et leurs rites peuvent se révéler finalement des obstacles à la Rencontre quand elles s’enferment dans des rites qu’elles rendent nécessaires ou obligatoires, alors que l’Âme sait, sent, pouvoir s’en passer. C’est le sens de la critique de Kabir qui dénonce le fait que le formalisme religieux dispense ses contemporains de trouver vraiment… l’Être.


Celui qui trône au milieu de ce corps :
l’Être, l’Amour, le principe de vie originel, plus présent à moi-même que moi-même.

Indestructible: aucune manifestation terrestre, aucun événement, aucune évolution personnelle, ne peut empêcher l’Être d’être quelque soit la forme adoptée par l’être humain

Celui que tu crois loin, ô chagrin : l’expérience de l’Être nous fait soupirer après lui pour le retrouver et nous conduit parfois à une tristesse, ou un désespoir, car nous le croyons loin alors qu’il est tout proche. Ce “chagrin”, cette “distance”, est illusion nous dira Kabir.  Si chagrin il y a, il est de laisser cette distance s’installer. Laisser ce chagrin s’installer est aussi entretenir la distance