La liturgie d’aujourd’hui met en rapport l’annonce d’Isaïe selon laquelle le salut viendra du pays de Zabulon et Nephtali et la décision de Jésus de s’installer à Capharnaüm, en Galilée, d’où il appelle ses premiers disciples le long de la mer de Galilée.

[Isaïe 8, 23b – 9, 3 ; 1 Co 1, 10-13.17 ; Mathieu 4, 12-23]

Ce qui me frappe particulièrement aujourd’hui, c’est la notion d’abondance qui est suggérée par les deux textes. On n’y fait pas assez attention, mais Isaïe semble indiquer la conséquence de la grande lumière qui surgit dans les ténèbres du côté de Zabulon :

« Tu as prodigué la joie,
tu as fait grandir l’allégresse :
ils se réjouissent devant toi,
comme on se réjouit de la moisson,
comme on exulte au partage du butin.
»

Comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin… Le salut est abondance, le salut est en sur-suffisance, le salut est pour toutes et tous. Finies les restrictions, finis les comptages d’arrière-boutiques, les stratégues pour avoir plus et donner moins.

Mais qui donc pratiquait cela ? Isaïe le dit aussi : « le joug qui pesait sur lui, la barre qui meurtrissait son épaule, le bâton du tyran, tu les as brisés comme au jour de Madiane ».

Le bâton du tyran. Celui qui attire tout à lui et exerce un pouvoir despotique, celui qui décide du droit de vie et de mort sans respecter l’équité, celui qui fait travailler pour lui sans retour pour ceux qu’il exploite.

Mais qui sont ces tyrans ? Tous les potentats de l’histoire bien sûr, tous les systèmes politiques et socio-économiques qui entretiennent l’injustice, bien sûr. Mais pas seulement. C’est aussi toute structure mentale, toute prédisposition en nous, en moi, à exclure l’autre d’une part, mais aussi à m’exclure du salut, de la joie d’avoir en suffisance, de n’avoir pas à ni à compter ni à mériter puisqu’il y a assez pour tous.

Dès lors, ce n’est probablement pas sans raison que Jésus appelle des pêcheurs professionnels à qui il dira que désormais ils seront pêcheurs d’hommes. L’annonce de l’amour inconditionnel de Dieu envers les hommes est pour tous les êtres humains. Depuis la Galilée, carrefour des peuples et des nations, la nouvelle va surgir d’abord à destination du peuple de la promesse s’il veut bien entendre mais aussi pour tout être vivant de tout peuple, toute nation, toute civilisation.

Assez de mesquineries, assez de jalousies, assez de rivalités. L’Evangile du Royaume est pour tous. Comprenez : la bonne nouvelle que le Royaume de Dieu est ouvert à tous est en action. Seuls ceux qui s’y opposent s’en retrouvent de facto exclus. Le royaume est pour tous mais si tu ne veux pas que un tel ou tel y soit, ou si tu y mets des conditions, si tu veux que ce soit au mérite, à l’héroïsme, à la bonne santé, à la perfection, fût elle sacrée, canonique, magistérielle… enfin, bref, quelle que soit la raison, si tu sépares les hommes, tu es préparé, tu te sépares toi-même de ce grand mouvement de retrouvailles et de réconciliation.

Avec humilité, c’est ce qu’essaie d’exprimer Paul aux Corinthiens (également à la liturgie de ce jour) : il paraît qu’il y en a parmi vous qui se réclament de Paul, Apollos, Pierre ou Christ. Mais qu’est-ce que c’est que ce bazar ? N’appartenons-nous donc pas tous au Christ et seulement au Christ ? Et le Christ serait -il mort pour rien ? On se fiche de par qui vous avez été baptisés, de quelle est votre église particulière, parce que, là, on parle d’un don fait à tous, payé au prix fort par une mort sur la croix. Et Paul de conclure que le Christ ne l’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile (qui est aussi évangile du scandale de la croix), en dépit des sagesses et des rationalités humaines.

Non, mais alors, dire qu’il y a encore des chrétiens qui pensent à exclure d’autres chrétiens au prétexte de leur orientation sexuelle ou de leur transidentité parce que, selon eux, ça ne plairait pas à Dieu. En voilà une, une usurpation d’identité : je me prends pour Dieu et décide à sa place ! En voilà un, un abus de pouvoir digne d’un tyran qui édicte des règles pour régenter la vie des autres !

Le Jésus que je connais, celui qui vient de Galilée, ce pays oublié et bafoué qui fut celui de Zabulon et Nephtali, ce Jésus-là, il vient me chercher, n’en déplaise à tous les croquants et les croquantes, tous ces gens bien intentionnés qui voudraient me fermer la porte au nez.

Z – 25/1/2026

Source photo : Calendrier des marins de la Cotinière – Mars 2019

Belle, sensible, habitée et imparfaite
— tel est le cours de l’existence.

Lâcher prise, se purifier, accueillir.
Rire, pleurer, se laisser traverser.

Trier, ordonner, transformer.
Se remplir, s’inspirer, laisser la lumière affleurer.

Entraînés dans le jeu de la vie,
des coeurs étrangers-familiers se rejoignent :
ils se frôlent, se rejoignent, s’étreignent
et s’étendent aux dimensions de l’univers.

Ce n’est ni facile ni difficile.
Cela se fait ni seul ni vraiment ensemble,
mais cela concerne tout le monde.

Dans une confiance encore hésitante,
on abandonne la surface,
on plonge en profondeur
et on remonte une perle.

Un souffle, une pause…
et déjà un nouveau collier se forme.

L’espace est la toile,
le coeur est l’horloge.

Nous sommes le fil qui relie tout ça,
Nous sommes le flux corps-esprit:
vivons-le joliment et disparaissons.

Timur Simakov

Talentueux modèle, Timur Simakov a quitté depuis quelque temps le monde surfait de la mode pour se consacrer à des projets plus personnels, d’abord artistiques, éthiques et finalement spirituels par un long cheminement intérieur qui l’a amené à pérégriner en simple voyageur en de nombreuses contrées asiatiques. Le texte reproduit ci-dessus en français a du mal à traduire l’original publié en russe et en anglais par Timur. C’est un texte très profond qui est à la fois dense, elliptique et rythmé — typique d’une écriture russe contemporaine où des adjectifs juxtaposés créent une atmosphère plus qu’une description. La juxtaposition de mots à la fois simples et profonds sert à évoquer la non-dualité qui règne derrière nos limites humaines. Cela est quasiment impossible à rendre compte en français sauf à déjà être introduit dans cet esprit et en comprendre immédiatement les nuances. Ce qui fait que j’ai dû ajouter des mots, du liant, pour rendre compréhensible ce texte, au risque de dénaturer un peu ce qu’essaie de transmettre l’auteur.

Le thème en est la non dualité imposée par notre incarnation et ce chemin intérieur à parcourir pour rejoindre cet espace pacifié où tout se rejoint. Une métaphore suggère que cela se fait tel un pêcheur de perle qui quitte la surface pour rejoindre la profondeur et, perle après perle, assemble un joli collier, dont nous sommes le fil. La “toile” est une allusion à la toile du peintre (Timur est aussi doué pour le dessin et la peinture) : la toile où se peint notre existence, c’est l’espace tout entier dans lequel nous évoluons ; l’horloge en est notre coeur qui bat, tant qu’il bat. L’instant qui nous est donné, faisons joliment ce collier, laissons advenir cette non dualité qui nous permet d’aimer aux dimensions de l’univers, puis disparaissons dans ce grand tout infini.

Le parcours de cet homme est étonnant, fascinant même.

Source texte et image: Insta de Timur Simakov (@timurmurtimur)

Vous tous qui commettez l’injustice. (Lc 13,27)

– Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens qui soient sauvés ?

Bah oui, réponds Jésus. C’est comme ça, je n’y peux rien. C’est vous aussi… Vous n’écoutez pas.

– Mais on a mangé et bu avec toi, tu nous as fréquentés, on t’a écouté nous enseigner sur les places publiques !

Euh, je sais pas ce que vous avez écouté, mais en tout cas pas vous avez pas mis grand-chose en pratique, les amis ! Voilà comment ça va se passer : c’est comme quand à la nuit tombée, c’est l’heure de fermer les portes de la maison pour être à l’abri. Après, ce n’est plus le moment de toquer à la porte.

– Mais c’est qui les gens qui sont à l’intérieur ? Pourquoi nous on est à l’extérieur ?

C’est qui ? Ben, euh, y’a Abraham, Isaac, Jacob… et,euh, ben, oui, tous les prophètes, quoi ! Et pis des gens de partout, de l’Orient, de l’Occident, du Nord, du Midi, de partout quoi, pour prendre part au festin. C’est pas une question de nombre, les gars, y’a de la place, hein ! C’est pas une question de pureté ni d’identité non plus puisqu’il y a des gens de partout.

– Mais alors, c’est injuste ! Nous, tu nous connais !

Ah ça, c’est marrant que vous parliez de justice. Parce que oui, moi je vous connais, mais vous, au fond, vous ne me connaissez pas. Sinon, vous sauriez quel est le critère pour accéder au Royaume des cieux : c’est de ne pas commettre l’injustice.

(Libre compréhension de Lc 13, 22-30 – Evangile de dimanche prochain)

Mais alors de quelle injustice parle-t-on ? En fait d’aucune en particulier et de toutes en général. La justice, c’est celle de Dieu, et pour le croyant la bonne attitude est de se conformer à cette justice-là. Or il se trouve que Dieu, lui, il fait pleuvoir sur les pauvres et les riches, les justes et les méchants. Il ne juge pas les humains, il pratique l’équité. Assez souvent, dans la bible hébraïque, les mots employés pour traduire l’expression « il ne commet pas l’injustice » peuvent se dire aussi sous la forme suivante : il ne pratique pas l’iniquité, il ne fait pas de mal à autrui.

C’est subtil et simple à la fois : Dieu aime tout le monde mais il ne pratique pas l’injustice, il veut rassembler tous les hommes mais ne peut pas accueillir les personnes qui seraient injustes. En quoi consiste l’injustice ? A se juger et s’exclure les uns les autres, quel qu’en soit le critère. Dans la suite de l’Evangile de Luc, Jésus rappelle que souvent Dieu a envoyé des prophètes pour rassembler comme une poule rassemble ses poussins. Dans l’Evangile de Jean, Jésus insiste sur cette mission de rassemblement, d’être uns, de ne perdre personne – ce qui sera ultimement accompli par sa mort consentie sans en faire porter le poids à quiconque.

Alors peut-être serons-nous tous sauvés. Probablement même si l’on s’en tient à cette théologie. Mais, sauvés pour sauvés, si nous appliquions un peu cette justice qui consiste à n’exclure personne, peut-être le monde serait-il meilleur, pus humain, plus proche du cœur de Dieu ?

Je pense que je n’ai pas à faire un dessin sur ce qu’il en serait de l’accueil des personnes homosexuelles. Au même titre que n’importe quelle autre personne.

Source images : The Naked Pastor : Get out ! & It’s complicated

Laisser le temps filer
Comment filent les mots, les pensées, les nuages

Ne rien faire
Ou plus exactement arrêter ce qu’on fait.

Se taire si on peut
Enfin, taire le brouhaha intérieur

Ecouter
et écrire.

« Tais-toi et écris. »

Le plus précieux conseil
que j’ai reçu de Ash.

Que j’applique parfois.

Z- 05/08/2025

Illustration, homme écrivant, suscitée avec l’IA de Canva.


Dis-lui, toi,
car moi, il ne m’écoutera pas.

Dis-lui ce qu’il sait déjà,
que la vie est souffrance et résilience,
qu’elle est chute et combat.

Dis-lui ce qu’on oublie tous
quand cette folle apparaît,
la tentation de la désespérance.

Rappelle-lui qu’il écrit
justement pour crier la vie qui veut vivre,
justement quand on veut le lui ôter.

Rappelle-lui qu’il écrit
pour parler au nom de ses amis, de ses amours,
parce qu’il n’est pas question qu’ils meurent.

Mais que se passe-t-il ?
La page blanche, la veine épuisée,
L’amour enfui, la mesquinerie des gens ?

Quoiqu’il arrive,
mon ami poète tu m’aides à vivre
et ce que tu portais tu le portes encore en toi.

Faut-il renoncer
quand les vents contraires arrivent ?
Souvent ils annoncent de nouveaux printemps.

Ne lui dis pas que je suis triste
qu’il se dévalue et se dénigre ainsi :
niais, minable, pitoyable, quelle bêtise !

Est-ce que les mots des autres
peuvent le rejoindre et l’aider à tenir,
et à faire face à tous les jugements ?

Dis-lui, s’il te plaît
que ces soubresauts eux-mêmes
dévoilent la beauté de son humanité.

Et sont sa force finalement.

Dis-lui, toi, si tu peux
car moi, il ne m’écoutera pas.

Z- 26 juillet /4 août 2025

Souviens-toi, poète :

Pourtant t’es beau, comme une comète
Je t’ai dans la peau, je t’ai dans la tête
Et quand bien même
Y aurait que moi
Tu peux pas t’en aller comme ça

Parce que t’es beau
Comme une planète
Je t’ai dans la peau, je t’ai dans la tête
Je te le répèterai
Tant qu’il faudra
Tu peux pas t’en aller comme ça

#FAUVE


Illustration : Timur Simakov