« Il y a un petit problème avec Noël.
Le nouveau-né que l’on célèbre, on va le massacrer quelques mois après, à Pâques…

Et puis on apprend que de ce massacre, on ne nous en veut pas.
C’est la plus vaste énigme qui soit :
celle de Pâques est plus grande que celle de Noël,
mais elles sont liées, comme les deux faces de la même pièce.

Qui n’a pas vu la terreur dans les yeux d’un nouveau-né ? Il faut imaginer une étoile tombée jusque dans la chambre surchauffée d’une maternité. Cette étoile ne comprend pas où elle est, ni ce qu’elle fait, et elle commence à ressentir les tremblements de la faim et de la soif, des menaces dont elle ne sait pas le nom.

L’extraordinaire est que celui qui est le plus exposé soit le plus grand donateur. Car évidemment, rien n’est plus réjouissant qu’un bébé. Mais comment quelqu’un qui est mis en danger à chaque seconde de sa vie, quelqu’un qui est aussi anxieux, peut-il nous réjouir autant ? Un nouveau-né est le croisement de la plus grande angoisse et du plus grand apaisement.

On ne peut résoudre ce paradoxe.
Mais à l’entrevoir,
on sait qu’on a une réponse absolument informulable
à nos interrogations sur le sens de la vie.

Christian Bobin, abécedaire intime de Noël in La Vie

Source photo : The Conversation

Il vient, il vient !

Il vient, Il vient !
Celui qui assume toute notre humanité.

Du fond des temps, il vient.
Trop d’errances, d’égarements, d’enfermements.

Voilà que l’homme est fait pour la vie,
la joie, le bonheur, le jaillissement de l’être,
et il se morfond dans la souffrance, l’accusation, la culpabilité.

Est-ce que tu le crois, toi,
que si cet homme Jésus est capable de vivre l’humanité
sans rien lâcher de l’amour de Dieu pour lui,
ce faisant, il nous ouvre un chemin ?

Il n’y a pas, ou plus, à être comme ceci ou comme cela, pour plaire à Dieu.
Pas besoin de sacrifice sanglant ni de bouc émissaire,
Pas besoin de se plaindre de telle imperfection
ou se culpabiliser de telle impureté.

Ce ne sont pas les actes extérieurs qui comptent,
mais l’intention qui les porte.

Es-tu prêt à recevoir la vie en ton humanité
comme Jésus est venu le vivre parmi nous?

Celui qui assume toute notre humanité,
Il vient, Il vient.

Z – 21/12/2018

Source photo : Raphaël Layug sur Instagram @raphlayug

Le 8 décembre est la fête de l’Immaculée Conception, une fête mariale qui se situe en plein dans la période de l’Avent, ce temps d’annonce que le Seigneur vient. Depuis le XIXème siècle, on la désigne aussi sous le nom de fête des Lumières, depuis qu’à Lyon, les fidèles choisirent d’honorer la Vierge par des milliers de lumière pour remplacer l’inauguration, compromise par le mauvaise temps, d’une statue de la Vierge.

Restons sur les symboles. Marie, les lumières, l’intériorité.

Notre expérience nous montre que la lumière de Dieu, elle est d’abord en chacun de nous. C’est donc le cas pour Marie et pour son enfant Jésus. Au delà des paroles de la chanson que je propose ci-dessous – Marie savais-tu… – c’est toute la question de l’intériorité de Marie – et en creux celle de Jésus, qui sont posées. Par intériorité, précisons que j’entends leur intimité avec le créateur, avec la Source de leur Vie.

Alors peu importe la réponse à la question. Peu importe aussi le côté merveilleux qui est suggéré dans les paroles de la chanson et qui est propre à l’image que la plupart se font de Noël. Ce qui importe, c’est de laisser cette question agir encore aujourd’hui dans nos vies : est-ce que je sais que Dieu est déjà là et en train de se manifester au monde par moi? Est-ce que je sais l’accueillir? Est-ce que je sais ne pas m’étonner, ou au contraire m’étonner si cela me convient, des merveilles qu’il est en train de réaliser ? et si je découvre que je suis différent de la référence hétéronormée, suis-je aussi capable d’entendre cette question : est-ce que je sais, j’accepte et je reçois en moi le don de Dieu qui se réalisera ainsi en moi?

On a souvent dit de Marie qu’elle est toute disponible, toute donnée à Dieu, ce qui lui a permis de dire oui sans réserve. l’enjeu est donc bien de ne pas retenir le don qui nous est fait. Ne pas juger, ne pas projeter, ne pas interpréter, ne pas interférer… Marie nous montre le chemin.

Mary did you know / Marie, savais-tu?


Mary did you know that your baby boy will one day walk on water?
Mary did you know that your baby boy will save our sons and daughters?
Did you know that your baby boy has come to make you new?
This child that you’ve delivered, will soon deliver you

Mary did you know that your baby boy will give sight to a blind man?
Mary did you know that your baby boy will calm a storm with his hand?
Did you know that your baby boy has walked where angels trod?
And when you kiss your little baby, you have kissed the face of God

Mary did you know, Mary did you know, Mary did you know

The blind will see, the deaf will hear and the dead will live again
The lame will leap, the dumb will speak, the praises of the lamb

Mary did you know that your baby boy is Lord of all creation?
Mary did you know that your baby boy will one day rule the nations?
Did you know that your baby boy is heaven’s perfect Lamb?
This sleeping child you’re holding is the great I am

Mary did you know, Mary did you know, Mary did you know

 

Marie, savais-tu que ton bébé un jour, marcherait sur l’eau?
Marie, savais-tu que ton bébé sauverait nos fils et nos filles?
Savais-tu que ton bébé est venu pour faire des choses nouvelles?
Cet enfant que tu as enfanté, bientôt te délivrerait(*)

Marie, savais-tu que ton bébé redonnerait un jour la vue à un aveugle?
Marie, savais-tu que ton bébé apaiserait une tempête de sa main?
Savais-tu que ton bébé avait marché au même endroit que les anges ont foulé?
Et que lorsque tu embrasses ton petit bébé, tu embrasses le visage de Dieu

Marie, savais-tu? Marie, savais-tu? Marie, savais-tu?…

L’aveugle verra, le sourd entendra et le mort vivra à nouveau
Le boiteux bondira, le muet parlera, les louanges de l’agneau.

Marie, savais-tu que ton bébé est le Seigneur de toute création?
Marie, savais-tu que ton bébé, un jour gouvernerait des nations?
Savais-tu que ton bébé est l’agneau parfait venu du Ciel?
Que cet enfant endormi que tu tiens est le grand ‘Je suis’

Marie, savais-tu? Marie, savais-tu? Marie, savais-tu?…

(*) Jeu de mot en anglais sur le verbe deliver qui signifie à la fois accoucher, délivrer ou « délivrer » au sens fournir, offrir quelque chose.

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Mary, Did You Know? est une chanson de Noël écrite par Mark Lowry (paroles) et Buddy Greene (Musique), interprétée pour la première fois en 1991 par Michael English. Depuis, cette chanson a connu un immense succès et a été reprise par de nombreux groupes, chorales et artistes.

Payton Kemp, qui interprète la version mise en ligne ici, est un jeune américain, à la voix sublime, qui essaie de percer dans la chanson en participant à différents concours. Il a enregistré cette chanson en 2016 pour participer au challenge #LightTheWorld, organisé par la communauté mormon, pour diffuser pendant 25 jours la lumière de Noël par 25 moyens différents.

Payton a non seulement une voix magnifique mais ses choix musicaux me paraissent très intelligents pour la mettre en valeur. N’hésitez pas à visiter sa page youtube et à l’encourager, notamment dans sa version de Purpose de Justin Bieber, très douce, et qui éclaire cette chanson d’une autre lumière que celle apportée par son auteur.

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Photo : Marie et Jésus enfant, photo tirée du film « Le jeune Messie (2016) [The Young Messiah]








« Fils de David, aie pitié de moi ! »

Voilà.
En Jésus, certains reconnaissent le « Fils de David ».
Bien sûr, cela fait référence au roi David, à son côté messianique, au roi selon le coeur de Dieu.

Jésus serait donc son descendant,
selon Mathieu, par Joseph, selon Luc, par Marie,
selon certains, par les deux parents.
Bref, il est de la tribu de Juda,
un rejeton lointain de la tribu de Jessé,
un descendant de David.

Mais dans ce temps de Noël
où l’on fait mémoire de la naissance et de l’enfance de Jésus,
il me vient à l’esprit l’image de ce petit rouquin qui gardait les troupeaux de son père,
un garçon agile et sensible, beau comme le plus beau des enfants des hommes.

Dans cette famille de fidèles à l’Alliance et au trône,
dans cette famille de guerriers valeureux,
c’est ce petit-là, mi-artiste mi serviteur,
enfant au coeur disponible,
qui est choisi.

Il est beau. Séduisant.
A vrai dire, tous tombent sous son charme.
les troupeaux et les herbes folles,
le vent et les notes de musique.

Tous tombent sous son charme.
Dieu lui-même.

Mais aussi le prophète,
et puis le roi Saül, et puis le fils du roi, Jonathan,
et même la fille du roi et soeur de Jonathan
et puis, et puis…

David.
Roi au grand coeur.
Roi authentique, serviteur non feint,
qui rassemble les tribus d’Israël,
danse nu devant l’Arche du Seigneur,
protège ton peuple de toute invasion.

David,
Roi fidèle,
à la vie tellement bouleversée
par tes amours, tes erreurs, les trahisons, les déconvenues.
Roi, toujours fidèle.

Roi messager,
Roi prophète,
Roi sensible,
Roi humain,
Roi donné.

Et qui pour te succéder ?

Tes fils te trahissent, complotent, envient et jalousent.
Personne pour te succéder?
Sinon Salomon, le fils de l’adultère,
le fils au grand coeur,
le fils de la sagesse,
le fils de l’amour?

Qui sera le Fils de David
qui pourra succéder à son père
et, ce, au delà de Salomon ?

Voilà toute la question.

Est-ce toi Jésus ?

As-tu ces reflets roux dans tes cheveux,
as-tu ce coeur sensible à la beauté de l’univers,
au chant du vent et du luth dans la prairie
au rythme du vivant qui ne peut que s’accomplir?

As-tu ce coeur qui t’accorde avec l’authentique, le beau, le vrai,
l’amitié de ton frère et semblable,
la beauté et la tendresse d’une femme,
la promesse d’un bonheur unique et pour chacun?

Jésus,
qui nait à Bethléem, un jour du temps,
grandit et devient homme à Nazareth en Galilée,
es-tu le Fils de David,
le roi promis,
l’homme au grand coeur,
l’homme disponible à la beauté,
l’homme-Dieu ?

Tu es cet enfant-là,
Jésus,
prince d’humanité,
roi de toute éternité
et humilité.

Jésus,
Fils de David,
aie pitié de moi,
emmène-moi avec toi !

Z – 30/12/2016

Source photo : Oeuvre de Hugo Laruelle








recensement

« En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. –

Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine.

Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli.. »

(Luc 2, 1-6)

Et donc, il y eut un recensement.

C’est en tout cas ce que nous affirment Luc concernant les circonstances de la naissance de Jésus. C’est d’ailleurs le récit le plus détaillé.

Certains y verront l’indice que Luc est très bien renseigné et aurait reçu des informations précieuses de Marie elle-même ou, en tout cas, de la parenté même de Jésus ou de très proches témoins. D’autres trouveront dans la multiplication des informations données qu’il y a anguille sous roche et interrogeront le zèle de Luc à donner tant de détails, là où les autres évangélistes en donnent si peu. Matthieu mis à part.

La question des dates n’a pas plus d’importance que ça, pour la foi, mais citons-là pour le principe. Donc, d’après Luc, Jésus serait né sous le règne de César Auguste. Autre indication importante, cela eut lieu sous le règne de Hérode le Grand, mentionné par Mathieu, qui est décédé en -4.

On parle d’un « premier » recensement effectué alors que Quirinius était gouverneur en Syrie. D’après les sources que nous possédons, le fameux Quirinius était gouverneur de Judée après le règne d’Archelaüs mort en 6… Ca se complique ! A moins de supposer que le dit Quirinius avait déjà des fonctions dans la région avant d’être légat de Judée. Ou que Luc se trompe en confondant et mélangeant différents évènements et personnages historiques ? Mais alors pourquoi lui qui est si précis prend-il le temps donner tous ces détails ?

Un recensement, disions-nous. Un « premier recensement ».

Les historiens disent qu’il y eut un recensement dans l’Empire romain en – 8 et que celui-ci ou un similaire (entre le temps où c’est décrété et le temps où c’et fait !) vers – 6 sous Hérode le Grand. Quirinius aurait lui aussi procéder à un recensement vers 7 après JC : le même recensement ? un autre recensement? Sur le même secteur administratif ? Un 2ème recensement, un recensement complémentaire ?

Les questions ne manquent pas. Mais alors, pourquoi c’est important ? Il me semble que c’est pour deux raisons.

D’abord, l’attestation historique de l’Incarnation. La foi des premiers chrétiens est centrée sur le mystère pascal et la proclamation que Jésus est Fils de Dieu, au risque que, dans l’imaginaire merveilleux de certains, on en vienne à imaginer un être éthéré, venu tout droit du ciel, issu selon la mentalité de l’époque comme de la « cuisse de Jupiter ». Or Jésus est né et a vécu comme un homme, il a partagé notre humanité comme on dit parfois. Alors de même qu’il est important de proclamer qu’il a été « crucifié sous Ponce Pilate », attestation historique qui fait partie intégrante de la profession de foi (credo) des chrétiens, il était important de dire qu’il est né sous le règne de l’empereur Auguste, alors qu’Hérode le Grand était monarque était en Judée.

Ensuite, le recensement. Il est bien difficile de savoir quand a eu lieu ce recensement, sur quel mode d’organisation, s’il y en eût un premier, puis un deuxième, etc. Mais au delà de l’historicité, recevons ce que l’on nous donne : Luc affirme qu’il y eut un recensement. La signification théologique est simple : il a été compté parmi les habitants de ce pays. Laissons les pointilleux exercer leur sagacité pour savoir si Joseph avait fait ses démarches administratives avant la naissance ou juste après. Et accueillons cette bonne nouvelle : Jésus qui naquit dans la famille de Joseph et de Marie est compté comme l’un d’entre nous. C’est le sens profond de ce recensement, en tout cas de la raison qui motive Luc à nous le mentionner.

Comprenons bien : il y eût un recensement. « Tous allaient se faire recenser, chacun dans sa propre ville » nous dit le texte. Et Jésus était de la partie. Dans ce comptage de ce qui fait la famille humaine, Jésus est pris en compte. Il en est.

Je me souviens avoir entendu un jour une homélie de Noël portant sur le fait que ce n’était pas bien de faire un recensement au motif que ce serait interdit dans l’Ancien Testament (2 Samuel 24, 1 Chroniques 21) et que dès sa naissance Jésus sauve ainsi le monde, en contrebalançant l’effet négatif du recensement mauvais par nature. Il me semble que c’est un contresens terrible. Si le recensement du peuple est désigné comme une faute dans l’Ancien Testament, c’est parce qu’il semble comme une usurpation de pouvoir sur les droits de Dieu. Le seul vrai roi d’Israël, c’est Dieu. Vouloir dénombrer le peuple pour lever des impôts ou constituer une armée, apparaît comme un manque de confiance en Dieu. Ce n’est pas le nombre qui fait la force d’Israël, quel qu’il soit. C’est la confiance en Dieu, scellée dans une alliance irrévocable.

Dans la mention qu’en fait Luc, le recensement ordonné par César Auguste ne relève pas de cette catégorie. Il apparaît – au moins dans la manière d’écrire de Luc – d’une neutralité absolue. Peut-être parce que Auguste n’est pas lié par la première Alliance. Surtout, Luc met en avant la démarche humble de Joseph qui s’acquitte sans réserve ni plainte du devoir impérial qui lui revient, occasion de retourner à la ville de ses Pères. Jésus ne vient donc pas remettre en cause le système politique et administratif. Il va naître à l’occasion d’un dénombrement de population. Il va être compté lui aussi parmi les habitants du pays.

La seule différence, c’est que Dieu va, en quelque sorte, annoncer la nouvelle de sa naissance, et ainsi les anges, les bergers, les mages pourront venir reconnaître ce petit homme comme un des leurs. Cette reconnaissance prend la forme d’une révélation, d’une « épiphanie » à travers cet enfant, Dieu révèle son plan de salut pour l’humanité, il réalise sa Promesse. Si l’on regarde bien, il y a des éléments qui ressemblent aux autres théophanies, celle du baptême de Jésus, ou celle de la Transfiguration : un homme nommé Jésus qui, en présence de témoins en humanité, reçoit cette confirmation de Dieu lui-même: « Tu es mon Fils bien aimé, en toi j’ai mis toute ma confiance ».

Ce que l’on peut comprendre ainsi : En ton humanité, je révèle ma splendeur. Sois Homme, pleinement homme, et je montrerai à travers toi que je suis déjà là pour eux. En te recevant, en te voyant, ils auront le chemin.

Donc cette théophanie. Genre littéraire? genre théologique ? Oui sûrement mais pas seulement.

Il y eût un recensement. Et Jésus était compté comme l’un des habitants de l’époque.

Arrêtons de rêver l’évènement de Noël : avec Jésus, Dieu se révèle dans l’humanité. Et dans cette humanité, il fait des merveilles, pas en son extérieur. « Un sauveur nous est né« …et c’est un petit d’homme. Puissions -nous ouvrir nos yeux, notre coeur et nos mains pour le reconnaître en chaque homme que nous croisons et par, notre attente, notre confiance, accueillir, réveiller, encourager la présence de Dieu en chacun.

Source image : themoderngay