Bonjour à tous,

Des évolutions se préparent concernant ce blog, j’en reparlerai prochainement. Pour le moment, je voudrais partager avec vous un joli dialogue qui date d’il y a presque 10 ans et qui est passé un peu inaperçu car il était en commentaire de la page de confirmation d’inscription au suivi de ce blog. Cela commence par un beau message d’un lecteur qui témoigne de ce que ce blog apporte dans sa vie, j’y réponds et s’ensuit, je trouve, un bel échange qui pourrait rejoindre d’autres personnes.

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Pol on 26 novembre 2017 at 22 h 24 min said:
Aujourd’hui je m’étais égaré mais grâce à toi un rayon de lumière a percé mon chagrin et a éclairé mon esprit agité…
Gay assumé depuis plus de 7 ans -j’en ai alors 22- j’avais commencé par marier religion catholique et sexualité.
Mais le temps a fait qu’en moi naisse une idée qui m’a éloigné de cet équilibre. L’idée que ce n’est pas la religion catholique qui m’a délivré des maux causés par le mal-être du placard de l’homosexuel inavoué… L’idée qu’elle avait pourtant, en tant que phare alors de ma spiritualité, le rôle de me guider vers le bonheur auquel j’aspirais…L’idée que ce n’est pas grâce à cette religion que je dois mon épanouissement…
Depuis j’ai bien du mal à me confier au Christ, je n’arrive plus à percevoir cette figure d’amour auquel je partageais autrefois toutes mes émotions. Aujourd’hui, je puis me confier à un Dieu tout en préférant lui donner d’autres noms que ceux de la religion chrétienne car je n’arrive plus à lui attribuer cette figure paternelle qui autrefois berçait mes nuits après une douce prière…
Je n’arrive plus à confier ma spiritualité à un Dieu qui prend corps dans une religion dont l’histoire est marquée dans mon esprit principalement par des bains de sangs et du prosélytisme (ce qui causa la disparition de nombreuses croyances dont on ne garde plus de traces… ).
Et je dois mon malheur à cette spiritualité trop longtemps vécue en solitaire et sans lumière directrice autre que moi, mon coeur et ma raison… Mais je ne pense pas que ce soit suffisant, je pense qu’à cette vie mystique manque une composante phare de toute spiritualité: le partage.
C’est ainsi, aujourd’hui je me suis retrouvé assez perdu et vagabondant dans les abysses du web alors que j’avais d’autres occupations à m’affairer.
Je suis tombé sur ton blog qui a fait briller quelques belles étoiles dans les ténèbres de mes tourments de ce jour et pour ce, je t’en remercie!
Merci pour ton écrit et ton témoignage,
Je ne sais vers quel chemin je vais,
Mais je pense me laisser guider par quelque brillante étoile pour retrouver un équilibre me laissant en paix avec moi-même.
Merci beaucoup!
Pol

zabulon on 27 novembre 2017 at 1 h 01 min said:
Bonjour et bienvenue sur ce blog !
Je comprends ce combat entre la foi de l’enfance, l’inconséquence de certains chrétiens, l’acceptation de ton orientation sexuelle et ta soif (légitime) de bonheur. Si tu veux revenir à la foi de ton enfance, peut-être faut-il revenir au Maître, plutôt qu’aux disciples, parfois si maladroits… Pour illustrer cela, je pense à l’Evangile de l’aveugle de Jéricho où l’aveugle qui crie se fait rabrouer par les apôtres, il faut que ce soit Jésus lui-même qui l’entende et demande à ce qu’on aille le chercher. Je pense aussi et surtout à ce passage d’Evangile dans lequel Philippe dit à Jésus : “Allez, quoi ! Montre-nous le Père et cela suffira!” Et Jésus de répondre : “Quoi? Si longtemps que tu es avec moi et tu n’as toujours pas compris? Qui me voit, voit le Père.”
Ami c’est ainsi. Dieu, nul ne l’a jamais vu sinon le coeur de l’homme dans lequel il a fait sa maison. En Jésus, il a trouvé complètement sa demeure et nous, en regardant, en accompagnant et en imitant Jésus, nous voyons Dieu, nous le voyons restaurer sublimement notre humanité. Contempler l’humanité de Jésus, c’est toucher la promesse de Dieu envers notre humanité, celle de chacun d’entre nous. La tienne, aussi. Il t’aime tel que tu es et, en vérité, il est déjà en toi. Y es-tu?
Fraternellement,

Pol on 27 novembre 2017 at 23 h 40 min said:
Merci pour cette belle réponse qui méritera de ma part des moments de réflexions !

(Désolé pour cette longue réponse, je ne sais le temps dont tu disposes ni si mon message t’es d’un grand intérêt car je suis parti assez loin sur ce qui m’a emmené ce dimanche sur mon désarroi spirituel… Puis je parle d’une conception fictive car imaginée pour un monde de contes de fées, je ne sais si c’est très adapté et surtout si ça intéresse d’autres que moi!).
(Du coup s’il n’y a pas de réponse faute de “pas le temps” ou autre je ne m’offusquerai pas, car à vrai dire je profite aussi de ce moment de réflexion que je m’offre pour transcrire ce qui me pèse et avancer dans ce sac de nœuds que peuvent être les émotions très profondes que l’on rattache à nos croyances.)

Je pense me ré intéresser aux Écritures et laisser dans un premier temps mon esprit vagabonder librement entre mes pensées mes envies et mes émerveillements…

Car je suis quelqu’un d’émerveillé par bon nombre de choses dont en ce moment par un auteur très connu pour ses romans fantasy mais dont les croyances religieuses sont très peu connues -je crois- par le grand public. (C’est d’ailleurs par sa faute/ grâce à lui que je me pose des questions sur mon avenir et mes besoins spirituels).
Il s’agit de J.R.R. Tolkien qui m’émerveille de part sa Poésie et son Lyrisme dans ses oeuvres traitant de la Terre du Milieu, monde imaginaire qui naît de sa passion des langues tout en étant très très très empreinte de valeurs qu’il attribue à sa confession catholique (rappelons qu’il était anglais…).
Mon esprit n’a su rattacher l’enchantement que j’ai eu lors de la lecture de la la genèse de la Terre du Milieu avec la genèse dans la Bible qui me parait à l’inverse très dure…
Cette première, L’Ainulindalë, également appelé « Grande Musique », relate la création d’Eä, l’univers, par la volonté d’Eru Ilúvatar (=Dieu) . Il naît d’une grande musique interprétée par les Ainur, êtres créés par Ilúvatar (=dieux, que Tolkien compare plus tard dans des lettres à des anges). Cette musique laisse aux Ainur une vision à laquelle ils doivent se rattacher pour créer Eä (qui comprend la Terre du Milieu).
(il faut comprendre que s’il existe des “petits dieux” -comme je les appelle- cette fiction se base sur un Monothéisme car Eru Iluvatar est, et toujour fut, est le père des “enfants d’Illuvatar” les Elfes et les Hommes.)

Et mon coeur s’est attaché à cette vision fictive de la genèse d’un monde imaginaire. Mais ma raison a ensuite compris que l’écrivain, fervent catholique a écrit une genèse pour laquelle j’éprouve plus d’émerveillement et de fascination que pour la genèse de cette Bible qui a 10 00 ans d’histoire (pour l’ancien testament…).

(Je dis fervent catholique car: allait à la messe très souvent, était attaché à sa lecture en latin, a eu un fils prêtre, a demandé à sa femme protestante de se convertir au catholicisme, et a converti C.S. Lewis -écrivain du Monde de Narnia- à la chretienneté -pour le plus grand désarroi de Tolkien, il est devenu protestant- je dis cela car je pense que c’est assez peu su de nos jours… On entend bien plus parler des films!)

Ceci n’est pas la raison pour laquelle mon cœur a arrêté de chanter à l’église mais certainement l’une des raisons pour lesquelles mon esprit n’arrive plus à s’intéresser aux Écrits. Hors j’ai le sentiment d’avoir besoin d’une croyance, et surtout que cette croyance ait la possibilité de s’enrichir par des échanges, des lectures et des épisodes de vie…

Sauf que je n’arrive pas à m’enchanter de croyances tirées d’une Bible qui ne me parle plus, surtout que -comme susdit- ma passion pour la fantasy et qui se trouve être en ce moment nourrie par les textes de J.R.R. Tolkien m’enchante et me donne pleins d’étoiles aux yeux tellement il arrive à me transporter vers des histoires qui me parlent et me font rêver…
Et mon plus gros trouble est que je ne comprend pas comment un monsieur qui a écrit de choses si belles croie et s’attache à des textes Bibliques qui ont perdu de mes yeux en beauté… Il se peut que je n’arrive plus à la percevoir à cause justement de disciples qui en ont terni la lueur… Ou bien que je ne passe pas assez de temps à la chercher… Ou bien peut être que comme les astres les plus lointains ils faille regarder un peu à côté -ici lire entre les lignes- pour en percevoir l’éclat très lointain…

Bref, après avoir finit son livre je fais une pause de fictions pour m’attacher à la réalité et notamment à ma soif de spiritualité que je dois étancher tout en trouvant façon à me ré-émerveillé de cette religion dont pas mal de choses m’ont éloigné. Je sais que j’ai besoin de croire et je ne pense pas pouvoir être assouvi par autre source de croyances…
Pour finir, je me suis rappelé ce matin que si je n’attribue pas -ce jour- à l’Eglise catholique mon épanouissement, ma croyance en Dieu m’a beaucoup aidé pour m’accepter tel que je suis dans ce monde terrible.
Car je ne pense pas qu’Il m’aurait fait ainsi si je n’avais pu moi aussi vivre l’amour. Pourquoi eux y aurait-ils eu droit et pas moi? Pas possible selon ce que l’on m’a dit de Lui. Et me le rappeler fut un beau pas de franchit!

zabulon on 28 novembre 2017 at 9 h 55 min said:
Bonjour, merci pour ce message. C’est toi qui vois si tu veux communiquer par com public ici ou en MP (utiliser dans ce cas la page contact ou le mail), mais je ne vois rien dans ton message qui empêche de le publier. Tes réflexions peuvent rejoindre celles d’autres internautes. On est étonné parfois de découvrir que ce que l’on pense unique et étrange peut rejoindre d’autres personnes et exprimer ce qu’elles mêmes n’osent pas exprimer.

Concernant Tolkien, je ne le connais pas bien. Et pourtant, cela fait longtemps que j’entends parler de lui ! Mais, sur ce point précis, je ne pourrai donc pas te répondre.

Concernant la différence que tu vois entre le monde imaginaire qu’il décrit et qui qui te fascine et celui que tu crois percevoir de la Bible comme moins “excitant”, je comprends. Mais puis-je apporter quelques réflexions?

– Tolkien utilise son imagination en puisant dans sa foi catholique : c’est donc qu’elle est vive (au sens vivante) pour lui. Et pourrait l’être pour toi.
– Faire attention à ce que dit vraiment la Bible, et les nombreux filtres qu’on lui applique, issus de notre éducation, de notre histoire, de milliers d’années de couches d’interprétations diverses et variées, même officielles. Nous ne sommes pas dispensés de recevoir la Parole divine, chacun en notre for intérieur, là où elle prend tout sens sens, libéré de toutes les apories extérieurs. Je pense à Kierkegaard, un des fondateurs de l’existentialisme, qui en gros nous dit qu’un jour, en notre développement, il faut nous libérer du filtre déformant de la foi reçue de nos pères pour entrer dans notre propre expérience et perception du divin. Nous ne sommes pas dispensés de faire une expérience personnelle du divin, nous ne pouvons pas croire par procuration. Cette position est d’ailleurs conforme à la position juive libérale (celle qui a traversé les temps) : la Bible est sans cesse à interpréter, car, même si c’est au travers d’un texte d’il y a 2 à 3000 ans, c’est aujourd’hui que Dieu parle dans nos coeurs et nos consciences, pour que nous le trouvions – en fait nous nous recevions de Lui – et vivions de Lui, aujourd’hui. Là, maintenant.
– Donc, je ne perçois pas ça comme Imagination (de Tolkien ou un autre ) vs Bible. Les deux sont compatibles, et l’une peut alimenter les autres. Il ne faut pas négliger la force symbolique de la Bible. C’est en cela aussi qu’elle est Parole vivante.
– Ta question, au fond, (en es -tu conscient?) est : où est Dieu? Où est-il ce Dieu de mon enfance qui me parlait et à qui je parlais? Qui me faisait chanter dans mon coeur, m’apportait consolation et me rendait heureux ? Il n’est plus dans les représentations que je m’en faisais enfant, il n’est pas dans ce monde désenchanté que les hommes semblent en avoir fait, il n’est pas dans les attitudes et arguments des chrétiens qui n’acceptent pas l’homosexualité et qui, du coup, remettent en cause ton existence et la vérité de ton être. Et pourtant,il Est. Et pourtant, tu l’aimes et il et manque… Peut-être as-tu à faire le deuil de tes représentations et à en venir à ta propre liberté d’enfant de Dieu, avec la même Bible :), peut-être as-tu à te libérer de la référence externe à ta foi, pour devenir un croyant…. Un croyant, ce n’est pas quelqu’un qui adhère à un ensemble de codes et de lois qui lui sont imposés de l’extérieur et qu’il ne comprend pas. Un croyant, c’est d’abord quelqu’un qui a fait une expérience spirituelle, celle d’une Rencontre avec quelqu’un qui nous met en chemin, nous entraîne avec lui : Jésus, le Christ. Où en es-tu de ton expérience spirituelle? En plein dedans, me semble-t-il. 🙂
– Ce que je vois de bon dans ce que tu exprimes de ton chemin, et aussi du “merveilleux” que tu partages ici, c’est que ton coeur est vivant et a envie de beau, de pur, de connexion aussi. Je te propose d’écouter cela en toi, de l’accueillir, de de poser doucement le mot Dieu dessus… Car il se pourrait bien que Dieu te parle ainsi. Et c’est beau.
– J’aime beaucoup ton image du chant : “mon coeur a arrêté de chanter à l’église“. Peu importe que ce soit à l’église ou ailleurs. Chante, mon ami ! Retrouve le chemin de ce chant, c’est bien plus essentiel que de savoir où et comment cela se passe. Car, oui, tu as le droit d’être heureux et de vivre l’amour. Retrouve ce chant, rends grâces à Dieu avec et pour lui et laisse-toi conduire sans crainte. Tu sais bien que l’Esprit souffle là où on ne l’attends pas, et le lieu de sa réception : c’est toi-même.

J’espère que ces quelques mots sauront te rejoindre.

Bien amicalement,

Pol on 28 novembre 2017 at 19 h 54 min said:
Seconde fois que je ne m’attendais pas à une si belle réponse, merci, merci et encore merci!
Mon cœur n’arrête pas de chanter et de s’exalter à la vue d’arbres et de nature, sans doute faudrait-il que je m’attache à la vie de Saint François pour entrevoir une religion catholique attachée aux animaux, peut-être est-il des saints que je ne connais ou dont je ne sais les attaches aux arbres… Je suis aussi dans l’attente d’une Église plus à même de s’attacher aux luttes écologiques dont notre monde a tant besoin… Car comme le dit si bien l’article 5 de la Loi Scout des Guides et Scouts d’Europe: “Le scout voit dans la nature l’œuvre de Dieu, il aime les plantes et les animaux”.

Merci encore pour ta réponse! Je suis très heureux d’avoir découvert ta page!

zabulon on 30 novembre 2017 at 12 h 40 min said:
Bonjour, j’avais la même loi scoute 🙂 , celle qui dit que le scout est l’ami de tous et le frère de tout autre scout.

Puis-je me permettre … “Je suis dans l’attente d’une Eglise qui…” … … Mais tu es l’Eglise ! Comme moi, comme d’autres. Si tu sens ce besoin fondamental en toi, c’est peut-être que tu es invité à y répondre pour toi et pour le bonheur des autres. C’est ainsi que naissent les vocations : elles ne nous tombent pas dessus de l’extérieur (ah! la pensée magique jusqu’au fins fonds du christianisme !), elle surgit de l’intérieur ou, en tout cas, vient corroborer l’élan naturel de ton être : ce qui fait que répondre à ce genre d’appel ne nous trompe jamais et nous rend heureux.

Ami, tu as en toi tous les trésors nécessaires pour t’épanouir et rendre le monde meilleur, il te suffit d’accepter qui tu es avec reconnaissance. Pas par rapport à l’Eglise, non ; mais envers, ton Créateur, qui t’a suscité et qui, en te voyant a dit que cela était très bon. Assume ton homosexualité et cette sensibilité si particulière qui nous fait être présent au monde autrement ; engage-toi pour la protection de la nature et combats pour l’écologie, avec d’autres qui ont déjà commencé, si cela est important pour toi. N’hésite pas à créer le bonheur auquel tu as droit ; si tu le sais important pour toi, c’est que tu es invité à y collaborer. Et peut-être au sein de l’Eglise, pour témoigner que ta foi t’amène là et aider les frères et soeurs à cheminer, à leur rythme. Chacun son rythme, mais nous nous soutenons et exhortons les uns les autres (n’est-ce pas ce que suggère St Paul aux membres des premières communautés chrétiennes ?) C’est cela un appel.

Et merci pour les compliments 🙂

Fraternellement,

PS : François d’Assise est un bon compagnon. Nous avons un ami en commun !

Photo : Yiorgos Paraskeva (Iorgo Paraskeva)

Ici, une visite canonique débouche sur le blocage brutal d’ordinations ; là, une autre visite, apostolique cette fois, est déclenchée dans un diocèse ; ailleurs, c’est une communauté charismatique qui est dissoute ; quelques jours plus tard, une association publiant des revues pour la jeunesse perd sa reconnaissance diocésaine. Puis on apprend avec émotion qu’un prêtre de 50 ans s’est suicidé…

Ainsi s’exprime Aymeric Christensen dans l’éditorial du dernier numéro du magazine La Vie (et j’encourage à lire l’intégralité de son texte).

Quel paradoxe. Voilà donc une institution qui fait figure d’autorité, qui est, normalement, une autorité morale, prise en flagrant délit d’abus d’autorité en tous genre, en son sein. Bien sûr, certaines décisions semblent être le signe d’une reprise en mains. Au nom de l’autorité, par une autorité qui serait enfin raisonnable ou légitime. Mais enfin… C’est toujours l’exercice solitaire et surplombante d’une autorité. Et c’est bien ce qui pose problème.

On peut espérer que la démarche synodale en cours fasse avancer la question. Mais ce n’est pas gagné quand on apprend ici ou là que des pans entiers de la communauté chrétienne ne s’y sont pas investis. Les jeunes notamment, et les membres du clergé. J’avoue que moi-même j’ai regardé cela de loin, ne m’y impliquant pas du tout, pensant plus ou moins que de toute façon les dés étaient jetés et que tous nos bons cathos tradis iraient y défendre leur vision surannée de la communauté chrétienne. A tort certainement, j’ai pensé que ça ne me concernait pas. Pas envie de me battre, pas envie de me défendre, pas envie de me justifier. Au fond, tellement pas confiance dans le fait que ce soit un processus fraternel.

Abus d’autorité, processus synodal enraillé (je voulais écrire enrayé, le correcteur m’a imposé enraillé – les deux me vont)… J’essaie d’imaginer comment les premiers chrétiens, comment Jésus lui-même, se sont investis dans le monde, au service de leur société et de leurs communautés croyantes. Leur moteur ne semble pas avoir été le recours à une institution, sinon celle de la relecture libre et priante des Ecritures. Etre tellement libre dans sa foi que l’on n’a rien à revendiquer, juste laisser être qui on est.

Je pense à ce passage où une force guérisseuse sort de Jésus, touché par le pan de son manteau, sans qu’il n’ait rien à faire pour cela.

Mais voilà, nous sommes dans nos querelles de chapelle, de qui a raison et qui a tort. Dans un jugement permanent les uns sur les autres, et je n’en suis pas exempt. Alors que nous devrions être dans l’accueil et le respect du mystère de l’autre. Dans l’écoute permanente du chemin de Dieu qui nous interpelle à travers l’autre. Mais pour être dans cette écoute non jugeante, il faudrait encore être bien installé dans la confiance que nous n’avons rien à revendiquer mais juste à recevoir. Le mystère de la vie, c’est que nous recevons l’être que nous sommes, en permanence, et non que nous le produisons ou même que nous le sommes. En permanence nous nous recevons. Voilà pourquoi l’attitude et la prière d’abandon sont si efficaces pour produire des merveilles dans nos vies.

Une fois que j’ai lâché le pouvoir sur moi-même et me reconnais humblement comme enfant de Dieu – c’est-à-dire réceptacle et récepteur de l’amour gratuit qui me fait être – quelle importance d’avoir du pouvoir sur autrui ? Je suis alors en capacité d’admettre que le processus est le même pour autrui et que toute main mise sur lui est à la fois contreproductive et contre témoignage. En fait, je n’ai même pas à y penser – même s’il faut toujours être vigilant et tout passer au crible du discernement – cela se fait naturellement.

Voilà pourquoi – pour rester dans la raison d’être de ce blog – il ne m’importe normalement pas de savoir comment l’autre mène sa vie, quelle est son orientation sexuelle, etc. L’autre suit son chemin de vie. Comme moi, il se cherche ou plus exactement il cherche la part de Dieu en lui qui lui apportera la sérénité et la plénitude, ce fameux « bonheur » qui n’est pas statique mais une dynamique toujours en mouvement vers plus de Soi.

Allez, peu importe l’institution, nos familles spirituelles, nos choix ou non-choix personnels ; je ne connais que Jésus. Ou plus exactement le témoignage de ceux qui l’ont rencontré avant moi et ont cherché avec leurs mots et dans leur contexte particulier à témoigner du bouleversement intérieur et bienfaisant que provoquait cette rencontre.

C’est là à nouveau que nous nous rencontrerons, que nous nous reconnaîtrons, comme la communauté fraternelle des quidam touchés par un geste, un regard, une parole de ce Jésus le Nazaréen. Une brûlure, une chaleur, une folie qui vient nous révéler à nous-mêmes et faire que plus jamais rien ne sera pareil.

A condition de ne pas vouloir s’en rendre propriétaire.

Nous avons reçu gratuitement, sans mérite de notre part. Ne jamais l’oublier. Ne pas imposer à l’autre d’être méritant en quoi que ce soit selon nos vues humaines alors qu’au fond on sait bien que ce n’est pas comme ça que ça a marché pour nous.

Le sentiment de fraternité je le ressens le plus fort quand je croise des êtres qui , où qu’ils en soient et quel que soit le chemin emprunté, sont investis dans ce chemin d’humilité et de vérité sur eux-mêmes.

Z- 9/7/2022

Photo : collection “Amour” présentée par Jacquemus (été 2021)

justin-praying

“Seigneur, envoie Ton Esprit-Saint en abondance
sur les familles dont un membre ou un ami
découvre son orientation homosexuelle.

Qu’Il habite de Sa paix et de Sa douceur
les liens familiaux et amicaux
souvent éprouvés dans cette situation,
et apprenne à chacun à aimer comme Tu aimes.

Conduis les personnes et proches concernés selon Ta volonté,
sur Ton chemin où vérité et charité ne font qu’un.
Que jamais ils ne se croient jugés ou rejetés de Toi et de l’Eglise,
mais qu’ils y soient accueillis comme tous Tes enfants
avec beaucoup d’amour et de miséricorde,
quelles que soient les difficultés de leur vie.

Vierge Marie,
qui aimes le coeur des doux,
soutiens Tes enfants,
protège-les, console-les,
donne leur Ta paix,
et amène-les à Jésus.”

pape François

Source : hozana.org

ovation

“Paul et Barnabé (…) désignèrent des Anciens pour chacune de leurs Églises
et, après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur
ces hommes qui avaient mis leur foi en lui.”

(Ac 14, 21b-27)

 

La liturgie de ce dimanche me donne l’occasion de revenir sur l’ecclésiologie à laquelle je faisais allusion dans mon dernier article publié. La version liturgique de ce verset des Actes des Apôtres semble aller à l’inverse de ce que je disais lorsque je parlais des premières communautés qui choisissaient en leur sein des Anciens. En fait, il n’y a pas contradiction.

Car, comme cela arrive assez souvent, la traduction liturgique française peut nous induire en erreur. Dans la version grecque de Act 14,23, c’est le verbe χειροτονέω (cheirotoneo) qui est employé et a été maladroitement traduit par désigner, verbe que l’on retrouve aussi en 2 Co 8,19 :”Nous envoyons avec lui le frère…qui a été choisi (cheirotoneo) par les Eglises pour être notre compagnon de voyage.”

Le verbe grec qui est employé indique clairement qu’il ne s’agit pas d’une désignation au sens d’un acte de nomination unilatérale de la part des Apôtres mais qu’il s’agit d’un vote, d’une élection, semble-t-il à mains levées.

Il faut donc comprendre que les apôtres “firent choisir par un vote (cheirotoneo) des anciens (presbiteros) dans chaque Eglise”

Ce verset confirme donc que c’est bien le modèle qui prévaut dès les premiers temps de l’Eglise, y compris dans les nouvelles communautés qui sont en train de naître en terre païenne. Ici, en Act 14, on nous décrit le zèle missionnaire de Paul et Barnabé, qui, reviennent – nous précise-t-on- à Lystres, Iconium et Antioche de Pisidie, avant qu’ils ne repartent vers d’autres missions. Il semble donc qu’ils assument momentanément la direction des communautés qu’ils ont créées dans ces villes mais qu’au moment de partir plus loin, il faille désigner des responsables qui pourront assurer la continuité.

Ce qui est remarquable c’est ce double mouvement d’abandon et de continuité.

Continuité parce que c’est bien à leur initiative que se fait la désignation des Anciens. Ainsi se fonde la continuité de l’annonce de l’Evangile reçu et transmis par les Apôtres, c’est pourquoi on dit des premières Eglises qu’elles sont “apostoliques”. Cela veut dire : nées de la rencontre et l’enseignement des Apôtres. Cette continuité est gage que c’est bien la foi au Ressuscité qui est transmise, ce Jésus de Nazareth qui lors de son dernier repas a donné ce commandement nouveau : “c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres.” (Jn 13,34) [Evangile de ce dimanche]

Abandon, au sens désaisissement et confiance, parce que les apôtres ne choisissent pas eux même les Anciens. Ils laissent la communauté se prononcer. Aucun acte de pouvoir ou de puissance de la part des apôtres. Mieux, dans ce court passage,ils ne revendiquent aucune propriété ou paternité sur ces communautés : c’est au Seigneur qu’ils confient les hommes qui ont mis leur foi en lui.

“Après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur…” Autre fait marquant qui montre l’esprit de ces premiers chrétiens : les Apôtres commencent par se purifier, se libérer de toutes influences ou interférences extérieures, grâce au jeûne et à la prière.

Voilà pourquoi je plaidais pour un retour aux sources. Il me semble que notre fonctionnement institutionnel (à nous, ceux de l’Eglise Catholique) a quand même un peu vieilli. Vouloir le maintenir de force, vouloir le réparer ou le re-légitimer, c’est perdre du temps. Alors que, dans cette affaire, l’enjeu est essentiellement d’accompagner et confier au Seigneur ceux qui ont mis leur foi en lui.

Z – 23/4/2016

Justin-Bieber-officiant

En ce moment, circule sur les réseaux sociaux un texte intitulé Un curé sur catalogue. Fort beau texte, joliment écrit, prenant. Je ne peux pas m’empêcher de me laisser entraîner: c’est beau, c’est dynamique, c’est plein de sens et de générosité.

On nous dit que le texte a été écrit par une mère de famille, sœur de deux prêtres et qu’il paru initialement sur le Blog du padre, précision qui n’apporte rien au texte. Est-ce que le grand âge d’une dame, aussi respectable soit-elle, et le fait que des membres de sa famille se soient engagés dans l’Eglise, lui donnent plus de poids ou de légitimité? C’est sûr, je n’aime pas cet argument.

Bon, le texte est beau et je me laisse entraîner, je l’ai déjà dit. Et pourtant, au total, je suis gêné. Je sens qu’il y a quelque chose qui cloche mais, dans un premier temps, je ne sais pas quoi.

Je relis donc le texte, attentif d’abord à ce qui me séduit. Et là, c’est facile, cette verve, ce côté redresseur de torts, empreint à la fois d’humilité et de courage, ce côté vieux scout, en fait… Ah ça me rappelle des souvenirs ! Combien d’auteurs je pourrais appeler à la rescousse avec ce sens de la formule comme un étendard qui claque, qui fait de sa fragilité une force, avec un zeste d’assurance, de certitude, d’insolence, peut-être.

La fin surtout, sur le modèle de la célèbre prière de Mère Teresa de Calcutta sur la vie, claque au vent :

« Le prêtre s’use quand il ne sert pas » : demandons lui les sacrements.
Le prêtre est faible : servons-le !
Le prêtre est pêcheur : aidons-le !
Le prêtre est consacré : respectons-le !
Le prêtre est notre frère en Christ, aimons-le… en Christ !
Les ouailles sont perdues : éclairons-les… avec le Christ !
Les ouailles sont en manque : montrons-leur le Christ !
Les ouailles sont pauvres : offrons-leur le Christ !
Les ouailles sont absentes : apportons leur le Christ !
Lui qui luit le jour et la nuit !
Dieu seul suffit !

Mais bon,je ne suis pas convaincu, je dois l’avouer. Alors, pourquoi ? Oui, pourquoi… Eh bien, il me semble que c’est parce que l’arrière fond de ce beau texte repose sur une ecclésiologie qui me paraît d’un autre temps. Car, finalement, même si le texte veut servir à réconcilier prêtres et laïcs par un double discours : aux uns, les prêtres sont faibles, n’abusez pas ; aux autres, ne vous prenez pas pour des super-héros et ne vous tournez pas en ridicules, n’abusez pas ! – eh bien, même en faisant cela, ce texte reste d’un autre temps.

Quelle conception de l’Eglise soutient-il inconsciemment? Quelle conception du prêtre ? Quelle conception du peuple de Dieu? Quelle conception de l’invitation du Christ à se convertir et à changer de vie?

Dans les premiers temps de l’Eglise, la communauté choisissait l’un des siens pour l’aider à s’organiser et à prier, à ordonner tout ça. D’où le mot ordination. Ca n’était pas un privilège, ça n’était pas le signe d’une élection divine, c’était d’abord l’appel de la communauté chrétienne à l’un des siens pour la servir.

Bien sûr, il y avait des précautions à prendre. Ce n’était pas le premier venu qui était choisi. On prenait un ancien, quelqu’un qui avait vécu et avait de l’expérience, quelqu’un de sage et de prudent, quelqu’un qui n’entrait pas dans les conflits d’intérêt et savait se faire apôtre de la paix et du partage.

Maintenant, je sais ce qui me gêne dans le texte dont je parle : c’est que, même en invitant chacun à être raisonnable pour que ça marche bien, il s’appuie sur une conception du prêtre que je ne partage pas et qui semble aujourd’hui de plus en plus passée. Un prêtre, serviteur de l’institution et dont le principal travail serait de faire venir du monde dans sa paroisse et d’administrer les sacrements ne m’intéresse pas. Car cette attitude ne me parle pas, ou plus, du Seigneur Jésus.

En d’autres temps, déjà, le pape Paul VI avait prévenu que ce monde n’avait pas besoin de donneurs de leçons mais de témoins de la lumière. Pas besoin d’être prêtre pour cela, pas besoin de vouloir concilier les deux comme si le ministère de prêtre rendait plus proche de Dieu. Le prêtre n’est pas d’abord un spécialiste de Dieu ou un élu. Il est un serviteur de la communauté. Cela veut dire qu’il l’aime, qu’il l’écoute, qu’il la cajole, qu’il la sert. Pour respecter l’esprit des temps apostoliques, probablement faudrait-il aussi qu’il en soit issu, qu’il la connaisse de l’intérieur, cette communauté. Et évidemment, vu la raréfaction des troupes dans les paroisses et la tendance à ce qu’une seule ligne ne reste, monolithique et vieille France, on est un peu mal barrés…

Et pourtant… Et pourtant, ici ou là, Dieu parle encore à des coeurs purs. Certains seront prêtres, d’autres  non, mais l’amour du Seigneur brûle en leurs coeurs. Ils ne sont pas à leur propre service, ils ne sont pas, non plus, au service d’une autorité supérieure, ils ne sont pas au service d’une conception de Dieu, la leur ou celle qu’ils ont apprise. Ils sont au service du Dieu qui est déjà là et qui vient à eux à travers l’autre.

Ces gens-là n’apportent rien, ils accueillent Dieu. Ils se laissent surprendre. Ils n’ont pas peur. Ils savent s’émerveiller de chaque rencontre. Et leur posture, leur gratuité, leur bienveillance, faites d’accueil, de douceur et de miséricorde… me parlent de mon Seigneur.

Source photo : Photo de Justin Bieber publiée le 1er Mars 2016 sur sa page facebook. Je sais que c’est un peu provoc’ mais je la trouve marrante cette photo. On dirait un prêtre en train d’officier, avec une chasuble violette, couleur carême. Et c’est Bieber en tournée. Si ça pouvait en dérider certains… 🙂