Je reproduis ci-dessous quelques extraits d’un commentaire fait par une blogueuse sur le livre de Krzysztof Charamsa intitulé La première pierre – Moi, prêtre gay, face à l’hypocrisie de l’Eglise. Je ne commenterai pas le livre lui-même puisque je ne l’ai pas lu et, à vrai dire, n’ai pas envie de le lire tellement je suis déjà à peu près certain de ce que je trouverais dedans. Le père Charamsa, comme ouvrier qualifié du Vatican connaissait l’hypocrisie qu’il dénonce aujourd’hui et probablement s’en est-il satisfait un temps. Cet étrange paradoxe maintes fois relevé et étudié par les psychologues, qui fait qu’on est à la fois victime et complice du forfait…

Las ! Ce n’est même pas de l’hypocrisie dénoncée que j’ai envie de parler. La blogueuse de graine de moutarde exprime assez bien ce qu’il faut en penser. Non, ce qui m’interpelle, ce sont les deux questions sous-jacentes à son commentaire : d’une part, celle d’ouvrir le clergé aux sciences humaines et aux réalités d’aujourd’hui et, d’autre part, d’enfin oser une théologie qui prenne en compte ces nouvelles informations sur l’humanité et son évolution.

D’où ma propre question : à quand la théologie se saisira-t-elle de ce dossier à nouveaux frais ? C’est une question de vérité mais aussi de charité spirituelle. Tant de croyants – des jeunes et des vieux, des laïcs et des religieux, des hommes et des femmes – tant de chrétiens sincères se sentent perdus, abandonnés, rejetés, dévalorisés du fait de leur orientation sexuelle alors que le message chrétien est que depuis la Résurrection, il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus (Galates 3, 28).

Je ne sais pas si le péché originel, la loi naturelle et tutti quanti sont les concepts prioritaires à revisiter (comme le suggère notre amie blogueuse) mais il est certain que si nous ne sommes pas condamnés par le Christ à cause de notre orientation sexuelle, l’Eglise usurperait son pouvoir si elle le faisait à sa place.

Si nous ne sommes pas condamnés par le Christ à cause de l’orientation sexuelle, comment intégrer cette dimension dans la vie spirituelle ? Comment “c’est” quand on arrête d’avoir une vie spirituelle “malgré” l’homosexualité et qu’on peut la peut déployer “avec” cette dimension intégrée, acceptée et valorisée dans sa personnalité ?

Que ce soit aux niveaux théologique, spirituel ou pastoral, c’est un énorme chantier où seuls quelques précurseurs ont osé se risquer dans la sphère francophone de l’Eglise. Sur ce plan-là, la théologie nord-américaine est bien plus en avance, et notamment dans les églises de tradition protestante.

A défaut de recherche, on pourrait au moins traduire et publier en français les meilleurs ouvrages sur ce sujet. Cela rendrait service aux pasteurs et accompagnateurs d’aumônerie qui agissent avec un coeur sincère. Qu’attendent donc nos éditeurs francophones?

A quand la théologie…

Z – 8/5/2017

“Ce qui m’a frappé dans le livre de K. Charamsa, c’est vraiment la dénonciation d’un système qui pousse les catholiques homosexuels à nier une part de leur identité, à intégrer totalement cette homophobie institutionnalisée. Cela m’a rappelé plusieurs conversations avec des amis concernés, d’ailleurs, qui ont tous passé le cap du coming-out un jour ou l’autre mais ont également ressenti cette pression parfaitement intériorisée – qui poussait un certain nombre d’entre eux tant à vivre des relations hétérosexuelles parfaitement douloureuses, qu’à envisager le sacerdoce qui leur permettrait de sublimer ce qu’ils considèrent comme des pulsions irrémédiablement peccamineuses. (…)

Et comme tout système de ce type, il est bien entendu nié par ceux-là même qui l’entretiennent, et, sans doute sincèrement, ne mesurent pas ce qu’ils imposent, voire estiment œuvrer au bien commun. L’autre constat terrible est le refus de l’Église de lire les travaux qui démontreraient qu’une partie de son discours sur l’humain est erronée ; les passages sur la manière dont la Congrégation pour la doctrine de la foi les envisage, sur comment ses membres plaisantent d’une littérature de toutes façons sulfureuse qui provoquerait le soupçon sur eux s’ils s’avisaient de la travailler ouvertement, révèlent ce qui est sans doute l’un des plus grands scandales de l’Église d’aujourd’hui : sa fermeture intellectuelle.

J’ai quelques regrets. K. Charamsa est un théologien, et j’aimerais éventuellement qu’il s’empare de son sujet sous cet angle. Il dénonce ici des faits, il décrit des souffrances et une libération, mais il ne traite pas du sujet de fond que serait la lecture catholique de l’homosexualité (et tout ce qu’elle implique de vision de la personne, du péché, de la « loi naturelle » etc.). Ce n’était pas son objet.”

Source texte cité : grainedemoutarde.wordpress.com

Source photo : medias-presseinfo

LES TROIS RAISONS POUR LESQUELLES JE NE VOULAIS PAS ÊTRE GAY
par Jim Decke

(traduit de l’anglais)

Pourquoi avez-vous renoncé à devenir hétéro?” Cette question m’a été posée récemment par un nouvel ami. Il m’avait vu donner mon témoignage à l’église sur le fait d’être chrétien et gay et il avait lu mon histoire sur Facebook. Je lui ai dit qu’être hétéro ne m’importait plus, que je me contentais de vivre seul comme un célibataire et que Dieu était content de moi. En quittant notre conversation, j’avais le sentiment de ne pas avoir vraiment répondu à sa question, ou à la mienne. Alors, j’ai beaucoup réfléchi depuis.

J’ai su que j’étais gay avant d’avoir 10 ans, mais l’impact total de ce que cela signifiait ne m’a pas atteint avant l’adolescence. J’étais gay ! J’ai tout fait pour changer. Je suis allé voir des conseillers, j’ai vu des psychologues, des psychiatres, des travailleurs sociaux et des pasteurs. J’ai passé 2 ans dans un programme de rééducation, j’ai rejoint un petit groupe d’ «ex-gays», j’ai lu des livres et des témoignages sur la façon d’être hétéro. Plus que tout autre chose, j’ai prié, prié, prié, prié, prié, prié …

Je savais que la Bible condamnait l’homosexualité, et avec ce peu de connaissances, j’en ai conclu que jétais en train d’aller en enfer. J’ai grandi dans une famille chrétienne, mais j’étais terrifié à l’idée de parler à quelqu’un de l’homosexualité, il n’y avait donc personne qui aurait pu laisser une lumière dans mon obscurité. Ma première raison de vouloir être hétéro, c’était d’éviter d’aller en enfer.

La deuxième raison pour laquelle je ne voulais pas être gay était d’éviter le rejet. Les seules choses que j’aie jamais entendues à propos des homosexuels, c’était des blagues grossières, du dégoût et des moqueries. Pour moi, il était clair que je ne pouvais pas être considéré comme un homme, et encore moins être digne d’amour ou d’acceptation, si j’étais gay. Je voulais avoir des amis et être conforme au modèle, et j’ai pensé que je ne serais pas considéré comme grossier et indésirable si j’étais hétéro. La peur et la honte étaient insupportables, et le besoin constant de cacher mes attractions gay était une tâche épuisante et impossible.

J’étais seul et j’avais peur à l’idée que je serais ainsi pour le reste de ma vie. Je voulais partager ma vie avec quelqu’un et je pensais que le fait d’être hétéro et d’épouser une femme était la seule façon de répondre à ce besoin et d’être heureux, et satisfait. Les simples faits de regarder un film tout seul, par exemple, ou d’aller faire mes courses seul à l’épicerie et, ça, pour le reste de ma vie, me semblaient tristes et déprimants. Je ne voulais pas vieillir seul. La troisième raison pour laquelle je ne voulais pas être gay, c’est pour que ma vie ne soit pas vide.

Je vais avoir 41 ans en avril et je ne ressens plus le besoin d’être hétéro. Je sais que Dieu ne me condamne pas pour avoir des attractions ou des tentations homosexuelles. La Bible n’appelle jamais péché l’une ou l’autre de ces choses, elle condamne seulement le comportement*. Loin d’être promis à l’enfer éternel, je suis pleinement aimé et accepté par Dieu et, un jour, j’espère entendre les paroles, “Très bien, serviteur bon et fidèle” (Mt 25,23) Je vais passer l’éternité avec Dieu!

Comme je me suis lentement ouvert à des amis sur mes attractions de même sexe, au lieu de rejet, j’ai trouvé l’amour, la compassion et l’amitié. Avec l’acceptation de Dieu et des amis proches, j’ai pu m’accepter. Je ne vis pas ma vie dans la peur ou la honte, mais comme un ami et comme l’égal aux autres.

Une vie remplis d’amis et de camaraderie n’est une garantie pour personne. Dieu ne fait aucune promesse sur ces choses. J’ai actuellement les meilleurs amis que je pourrais demander et plus de gens qui partagent ma vie que j’avais besoin. Ce n’est pas toujours ainsi, mais j’ai vu la fidélité de Dieu et je sais qu’il répondra toujours à mes besoins. Je refuse de craindre ou de m’inquiéter pour l’avenir quand Dieu dit que nous n’avons pas besoin de s’inquiéter. Déjà ça.

Jim Decke,
article publié le 24 mars 2014 sur www.atacrossroads.net

– – – –

(*) Précision : ce témoignage intervient dans une culture où l’on a pensé que l’homosexualité était condamnée par la Bible, ou bien qu’elle était une maladie, et où l’on pense maintenant que les gays ne sont pas condamnés par la Bible mais leurs actes sexuels, si, et donc qu’ils doivent rester continents.
Personnellement, je ne suis pas pour la débauche mais je ne se suis pas non plus pour cette continence-là. Il y a quelque chose d’inhumain à brimer une personne dans sa sexualité, dans sa capacité à donner et recevoir de la tendresse de manière sexuée. Aucun des arguments que j’entends ou lis n’arrive à briser cette conviction intime que Dieu, dans son projet d’épanouissement de tous les hommes et de tout homme, ne demande pas cela.
Et plus j’entends les arguments avancés, moins j’y vois la posture évangélique. Imaginant Jésus rencontrant les personnes gays, je ne peux pas douter un instant non seulement de sa compassion mais de sa geste de rétablissement dans la dignité pour toute personne rencontrée, tout paria, tout rejeté tout rabaissé socialement. Un être humain est un être humain, il a les mêmes droits et devoirs que les autres êtres humains. Non pas tant envers la loi ou la culture ambiante, d’ailleurs, qu’envers la vérité.

Z.

Source photo : One kiss (Un bacio), film de Ivan Cotroneo, 2016, avec Rimau Grillo Ritzberger, Leonardo Pazzagli, Valentina Romani.

coming-out

On a beau le proclamer sur tous les toits, nombreux sont ceux qui n’arrivent pas à accepter qu’on ne choisit pas d’être homosexuel. Non, on ne choisit pas. Mais le conditionnement culturel est tellement fort pour affirmer ou faire penser que la norme est l’hétérosexualité et que toute autre réalité relèverait d’une déviance volontaire qu’il est bien difficile, lorsqu’on est différent, de s’accepter soi-même tel qu’on est, ce qu’on est, qui on est.

Si c’était si simple ! Imagine-t-on la violence intérieure que l’on se fait quand on doit faire semblant d’être hétéro, au point de s’en convaincre soi-même? Etre dans le déni, refouler sans cesse, non pas ses pulsions sexuelles comme certains détracteurs aimeraient le faire croire, mais qui on est.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : être en vérité avec soi-même. S’accepter tel qu’on est. Ne pas être jugé et ne pas se juger. Ce deuxième point, ne pas se juger soi-même, est bien difficile dans un développement humain quand toute la culture ambiante encourage un autre modèle et laisse peu de place aux autres possibilités.

Certains savent assez tôt, et trouvent assez d’assurance intérieure pour affirmer qui ils sont. Il semble que, malgré la haine toujours présente et rampante, ce soit de plus en plus facile. Mais ça ne l’est pas toujours.

Qu’est-ce qui fait la différence? La famille bien sûr, l’amour des proches, parents et amis. L’assurance qu’on sera aimé pour ce qu’on est, quelle que soit son orientation sexuelle, et plus encore : avec cette orientation sexuelle comme constitutive de l’être profond et le structurant de telle manière qu’il est impensable d’imaginer autre chose, et indécent – vraiment indécent – d’imaginer une maladie à soigner, un démon à expulser ou un péché à expurger.

J’ai parfois lu (par exemple ici) qu’il y a trois types de coming out : celui pour soi, celui auprès des autres,notamment les proches, et celui pour les autres au sens large : le grand public, la communauté gay, etc.

Certains coming out donnent l’impression que les trois se font en même temps. Pour ce qui me concerne et un certain nombre de cas que je connais, il semble pourtant que le premier, celui pour soi-même, est le plus long et le plus dur à faire.

Il s’agit vraiment de sortir du placard (sens originel de “coming out”) c’est à dire se révéler…oser se révéler. Et d’abord à soi-même. Mais cette réalité est parfois enfouie tellement loin dans la conscience et l’inconscient que c’est vraiment au fond d’un placard tout noir dans lequel on ne va jamais qu’il faut aller chercher.

J’entends déjà les questions. “Mais comment peut-on se mentir à soi-même?” Parce que la force du déni est terrible. On ne voit que ce qu’on veut voir. Il ne faut pas être homo, ce n’est pas bien? Donc la sensibilité est réinvestie dans l’art et la spiritualité, les amitiés dans des grands idéaux, les attirances réprimées et réinterprétées en confusions adolescentes passagères, les rêves érotiques masculins en dysfonctionnements passagers…qu’un jour, peut-être, on prendra le temps d’expliquer avec un psy, à moins que d’ici là le mariage ne démontre qu’il ne s’agissait que de la peur des filles et que depuis tout va bien.

La force du déni est terrible. Comment l’expliquer sinon par le fait que le petit enfant, pour se protéger d’un danger qu’il a ressenti comme étant plus grand, a préféré ne pas dévoiler qui il était vraiment? Je ne prétends pas généraliser cette explication, mais elle vaut apparemment pour moi et pour certains.

Je vais dire ou redire deux choses que j’ai déjà eu l’occasion d’exprimer. Je ne comprends pas la haine et le dégoût des chrétiens envers les personnes à orientation homosexuelle. J’ai entendu et vu des commentaires et des comportements absolument indignes de personnes qui se réclament de l’amour du prochain à l’occasion du débat sur le mariage pour tous. Cet événement ainsi que, récemment, le massacre d’Orlando, avec toutes les ambiguïtés du meurtrier lui-même, mais aussi les applaudissements de certains, ont réveillé mon indignation et accéléré le processus de sortie du placard.

Il est un peu tôt pour que je fasse un coming out général, mais il est certain que je ne peux pas, ou plus, me cacher à moi-même que moi aussi j’en suis, que depuis toujours je rêve d’une tendresse qui soit masculine, et que les années passant la souffrance est de plus en plus prégnante. Vous savez, ce genre de souffrance qui ne se voit pas, celle qui vous contracte de l’intérieur pendant que vous jouez un rôle social, vous fait sentir la vacuité de tout cela, vous révèle vos masques, vos mensonges même s’ils sont de bonne foi, et puis ce vide intérieur, cet isolement, cette solitude immense même quand vous êtes reliés, entourés par la famille, par des amis.

Parce qu’au fond, je ne veux pas être aimé pour ce que je ne suis pas. Et surtout… Je ne peux pas m’aimer vraiment ni sortir de cette souffrance si je ne m’accepte pas moi-même tel que je suis. Certains arrivent à s’en tirer en menant une sorte de double vie, époux et pères parfaits d’un côté et quelques compensations sexuelles de l’autre. Je ne peux pas me satisfaire de cela. J’ai besoin de vérité.

Je sais trop bien pourquoi j’ai une orientation homosexuelle : les manques de tendresse maternelle de ma prime enfance et régulièrement répétés ensuite. Mais, quelque part, en avoir pris conscience me libère de la “cause” homosexuelle. J’ai juste besoin d’être, de vivre, besoin d’avancer tel que je suis, savoir -enfin ! – que je suis le bienvenu dans ce monde et que je suis invité à y jouer ma partition au même titre que les autres. Peu importe que je sois gay ou pas, c’en est presque devenu accessoire. Je veux être et je veux jouer ma partition et pas celle d’un autre. Ca ne me donne aucun droit, aucun privilège et, même, ça me libère de cette sorte d’égoïsme qui cherche toujours de la reconnaissance et veut ramener sans cesse à lui. Je n’ai rien à prouver, je n’ai rien à prendre à quelqu’un d’autre. Je veux juste être moi. Et moi sera qui il est, gay ou pas, quelle importance?

Dire qu’il m’aura fallu 50 ans pour arriver à écrire ce genre de choses… Mais je vais me taire, tout cela est encore bien trop récent pour moi. Je vais plutôt saluer le courage de ceux qui comme Coeur de Pirate, ont dévoilé leur homosexualité dans la suite des massacres d’Orlando.

Et puis, même s’il est plus ancien, je voudrais partager le coming out de Troye Sivan,ce youtuber de génie devenu un chanteur tout autant talentueux. Ce garçon aime la vérité et c’est notre bien le plus précieux. Dans la vidéo, Troye s’exprime en anglais mais ci-dessous vous trouverez la traduction en français.

J’admire la démarche de ce jeune homme. Je l’aimais comme chanteur, je l’apprécie encore plus depuis que j’ai visionné cette vidéo. Je n’ai rien à ajouter.

“Bonjour à tous, c’est Troye Sivan, et je n’ai jamais été aussi nerveux de ma vie, mais je vais y arriver. J’ai quelque chose à vous dire, comme vous pouvez le deviner à travers le titre de cette vidéo. Nous sommes le 7 août 2013, et la raison pour laquelle je vous parle aujourd’hui est que le 7 août 2010 j’ai dit à ma famille que je suis gay. Et aujourd’hui je veux que vous sachiez à votre tour que je suis gay.

C’est un peu étrange de l’annoncer comme ça sur internet, mais j’ai l’impression que bon nombre d’entre vous êtes de vrais amis et je partage tout avec vous sur internet. J’ignore si c’est une bonne idée ou non, mais ce n’est pas quelque chose dont j’aurais à avoir honte, ni dont quiconque devrait avoir honte d’ailleurs, alors pourquoi pas le partager avec vous ?

Je suis terrifié, je sais que certains d’entre vous pourraient avoir un problème avec ça, ça pourrait tout bouleverser dans ma vie, mais en même temps ça ne devrait pas, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai fait cette vidéo, parce que c’est très important que d’autres personnes fassent ce genre de témoignage. Ma chaîne est destinée à vous faire sourire et vous faire rire, ça ne va pas changer. Je suis toujours le même, c’est simplement une nouvelle information à propos de Troye, une façon de vous faire partager une petite pièce qui manquait dans le tableau sur internet.

Depuis que je suis né, j’ai toujours su que j’avais quelque chose de différent. Je ne savais pas trop de quoi il s’agissait, mais le mot “gay” me terrifiait quand j’étais plus jeune et je savais que ce n’était pas une “bonne” chose. Je me rappelle que quand j’étais petit j’avais l’habitude de m’étendre sur mon lit et de me représenter les symboles qu’il y a… vous savez… sur les portes des toilettes, “hommes” et “femmes”, et systématiquement je barrais le premier et je cochais le deuxième. Je crois que ça prouve que j’ai toujours été comme ça et que j’ai toujours su qu’il se passait un truc spécial. Mais je remisais toujours ces idées dans un coin, je ne voulais pas y penser, ça me faisait peur, ça me terrifiait, je me disais que ça changerait peut-être.

Mais un jour, quand j’avais quatorze ans, je suis allé dans un parc avec ma meilleure amie, Kayla. Nous avons l’habitude de partager nos plus grands secrets. Et il y avait cette chose que je pensais ne jamais jamais pouvoir partager avec personne, qui était cachée au plus profond de moi, mais Kayla n’est pas ma meilleure amie pour rien, et elle a réussi à me faire dire : “je pense qu’il est possible qu’éventuellement je sois…” Et là elle a dit : “Troye, es-tu bisexuel ?”. Alors j’ai commencé à pleurer, je l’ai serrée dans me bras, et j’ai dit : “Oui, ça pourrais être le cas”. Mais après, j’ai paniqué, parce que je n’étais pas prêt. Je n’étais vraiment pas assez mûr pour l’admettre, il y avait simplement ce truc au fond de moi auquel je ne voulais pas penser. Je me suis réfugié chez moi en pleurant et nous avons décidé de ne plus jamais en parler. Mais la discussion a eu au moins pour effet d’ouvrir une porte et de me forcer à tenir compte de cette éventualité, quand j’avais 14 ans et demi.

Et alors, pendant six mois, j’ai fait la seule chose que j’étais en mesure de faire : allumer mon ordinateur portable. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle je fais cette vidéo, pour que les personnes de 14 ans qui sont comme celui que j’étais alors la trouvent, car à l’époque, entre 14 ans et demi et 15 ans j’ai regardé à peu près toutes les vidéos de coming out qu’on trouvait sur youtube. Or sans ces témoignages, sans ces personnes si courageuses, je ne sais pas où j’en serais aujourd’hui, je n’ai sincèrement aucune idée de ce que je serais devenu. Vous savez, elles m’ont montré simplement qu’il y avait toutes ces personnes heureuses qui vivaient une existence comme les autres, et qui se trouvaient être gay par ailleurs.

Et en six mois, je me suis réconcilié avec moi-même, j’étais heureux de ce que j’étais, alors je suis retourné chez Kayla. On n’en avait plus du tout parlé. Alors je lui ai annoncé que j’avais quelque chose à lui dire. Et je lui ai redit les choses, pour la deuxième fois. Depuis, notre amitié est devenue indestructible, la plus solide qui soit. Elle est un soutien total. Elle m’a simplement serré dans ses bras et dit que c’était ok, et dix minutes plus tard, tout était redevenu comme avant.

Ensuite, le 7 août 2010, j’étais dans mon lit et je discutais avec mon père. Nous avons commencé à parler de religion et de choses de ce genre. Je lui ai demandé : “Est-ce qu’il y a quoi que ce soit dans la religion que tu aimerais changer si tu le pouvais ?” Et il m’a dit : “tu sais, il y a toutes ces choses à propos des gays que je ne comprends pas, pourquoi la religion serait contre, alors que c’est complètement naturel.” Pour être honnête, je pense qu’il essayait de me faire dire des choses, car c’est la personne qui me connaît le mieux au monde. Et d’ailleurs il m’a demandé : “Et toi, alors, tu en penses quoi ?” Alors j’ai opiné, et je me suis lancé : “… parce que, Papa…”. Et là, je ne sais pas si d’autres que moi ont ressenti la même chose, mais j’avais l’impression d’avoir la gorge nouée et je n’arrivais pas à parler. Alors j’ai dit : “… parce que, parce que, Papa… [silence] je suis gay. » Je me souviens de lui me regardant et ouvrant grand les yeux, moi aussi j’avais les yeux écarquillés, et puis il m’a serré dans ses bras et je lui ai demandé s’il m’aimait toujours. Il m’a regardé comme si j’étais devenu complètement fou : “évidemment, je t’aime toujours.” On a discuté jusque tard dans la nuit. Il voulait être absolument sûr que j’allais bien. C’était son seul souci, pour le reste ça ne faisait pas la moindre différence pour lui. Et oui, ce n’était absolument pas un problème à ses yeux. Je pense qu’au fond de moi-même je savais qu’il en irait ainsi, mais c’était comme un grand saut à accomplir, et c’est sans doute la chose la plus difficile que j’ai eu à faire dans ma vie.

Le lendemain, quand je me suis réveillé, il avait parlé à ma mère. Elle s’est levée, m’a embrassé, et nous avons discuté longuement. Durant la journée, à ma demande, mes parents ont parlé à tous mes frères et sœurs. Même s’ils leur ont parlé séparément, ils ont tous eu la même réaction : ils sont venus un par un dans ma chambre, ils m’ont embrassé et m’ont dit que ce n’était pas un problème et qu’ils étaient à 100% avec moi. Après ma famille, j’ai entrepris d’en parler au cercle de mes amis les plus proches, et aucun d’entre eux n’avait un problème avec ça. Je pense que c’est absolument incroyable. Je suis entouré par les personnes les plus chouettes qui soient. Je suis encore plus proche d’eux car je n’ai plus rien à cacher. Je peux simplement me laisser aller et ne plus penser à rien de désagréable. La vie est formidable.

Et quand vous voyez les vidéos du genre It Gets Better, qui disent qu’au début ça sera vraiment difficile, mais qu’après ça ira mieux, je me dis, c’est vrai, ça ira mieux pour n’importe qui, mais ce que j’aurais à dire, mon message, ce serait que ça peut aller bien dès le début, vous pouvez avoir un coming out qui se passe tout en douceur.

Voilà, c’était sans doute la vidéo la plus difficile à faire. J’espère que rien ne changera. Je vais mettre mon adresse mail pour que vous puissiez me contacter si vous avez la moindre question à me poser. Il y a plein de ressources disponibles pour les adolescents gays, le genre que j’ai consulté quand j’étais un garçon de 14 ans terrorisé par ce qui lui arrivait. Je vous aime tous, vraiment. Bon, est-ce que je dois faire le clin d’œil final pour cette vidéo aussi ?”

Troye Sivan

(source de la traduction : c’est comme ça)