Lire la Bible en étant homosensible

On me demande comment je fais pour avoir une lecture si optimiste de la Bible en étant une personne homosensible.

Cela tient d’abord à la foi que j’ai reçue, c’est-à dire la confiance que j’ai (plus encore : la certitude) que Dieu aime tous les êtres humains et que Jésus vient nous le signifier de manière magistrale et définitive par tous les champs de son humanité. Son existence, son exemple, ses enseignements, son dévouement, sa manière de relire les écrits qui l’ont précédé, sa manière d’être habité de Dieu et de prier, le don de sa vie jusqu’à la mort. Dès lors, si je dois relire l’Ancien Testament, je le relis avec cette formidable nouveauté qu’est la bonne nouvelle évangélique (oups, tautologie pléonasmique !) : l’amour. Arrêtez de vous faire du mal : vous êtes aimés. Arrêtez d’avoir peur (d’être rejeté, d’être jugé, d’être abandonné, etc.) : vous êtes aimés. Arrêtez de vous juger, vous séparer, vous discriminer, vous exclure les uns les autres :  vous êtes aimés ! Tous. Vous êtes TOUS aimés.

Deuxio, cela tient au fait que rien de ce qui constitue mon identité n’est motif à me rejeter, et donc certainement pas mon homosensibilité ou quelconque autre particularité qui me serait spécifique  : origine, ethnie, genre, sexe, orientation sexuelle ou autre.

Dès lors, je peux accueillir la Parole sans le filtre de ce qui exclut.

Dieu me parle dans toutes mes dimensions, y compris celles de mon homosensibilité. Evidemment, pas que celle-là non plus. Je veux juste dire que quand elle déverse l’amour de Dieu sur moi et en moi, la Parole de Dieu n’exclut aucune part de mon humanité. Si Dieu n’est pas contre vous, qui le sera ? nous dit saint Paul.

Et alors la Parole de Dieu fait son office de consolation, de libération et d’envoi en mission. Dans la manière dont je la reçois intérieurement indépendamment de tout commentaire ou toute critique qui viendraient de l’extérieur.

Les textes du jours : pourquoi je ne suis pas condamné par la Bible

Prenons l’exemple des lectures d’aujourd’hui. Nous sommes le premier dimanche de Carême, les textes proposés sont :
– Gn 2, 7-9; 3, 1-7a : la consommation du fruit de l’arbre du milieu du jardin
– Rm 5, 12-19 : la rédemption de tous par un homme là où tous avaient été plongés dans le péché par un autre
– Mt 4, 1-11 : les 40 jours au désert et les tentations proposées à Jésus

D’abord, je m’efforce de bien comprendre le texte, de le méditer, de me rappeler ou de découvrir à frais nouveaux ce que la Parole de Dieu m’enseigne. Brièvement (désolé pour le style télégraphique mais cela va être plus simple pour aller droit au but) :

Du livre de la Genèse :
– L’homme est modelé depuis la poussière de la terre, puis Dieu lui insuffle son Souffle. Je comprends intuitivement que c’est déjà le souffle de vie.
– Les arbres, eux, ne sont pas modelés. Ils sont plantés dans la terre et puisent leur force vitale depuis le dedans de la terre du jardin.
– On peut manger de tout sauf de l’arbre qui est planté au milieu du jardin : l’arbre de vie et celui de la connaissance du bien et du mal. Est-ce le même arbre? La formulation est étrange et peut laisser planer le doute.
– Le serpent qui est le plus rusé des animaux créés par Dieu (donc : aussi création de Dieu et, à ce stade du texte sans aucune identification démoniaque) fait son travail d’animal “rusé” (ici, au sens perfide): il insuffle le doute:  “Ah bon, si vous en mangez, vous mourrez ? Mais pas du tout !  ca vous rendrait intelligents, vous connaîtriez le bien et le mal et vous seriez comme des dieux!”
– La femme s’approche de  l’arbre  du milieu du jardin (cette fois-ci, la formulation ne laisse aucun doute sur le fait qu’il n’y en a bien qu’un). Ses fruits ont l’air appétissants. Appétissante est aussi l’idée d’être rendus intelligents. Elle en prend et en offre à son homme.
-Ils mangent et découvrent qu’ils sont nus.

Commentaire :

Personnellement, ce que je retiens, c’est que Dieu est le maître de la vie. Il en dispose comme il entend mais, à l’être humain, il fait le cadeau magnifique de l’insuffler en lui et de l’installer dans un jardin où les végétaux et les animaux, bien que participant eux aussi à cette vie, n’en reçoivent ni la même capacité ni la même potentialité. Il n’est certainement pas innocent que l’homme soit tiré de la poussière : sa valeur ne tient pas à la glaise avec laquelle il a été modelé, mais au souffle qui est propulsé en lui, celui de la vie, celui de Dieu.

Revenons à cette histoire d’arbre au milieu du jardin : y en -a-t-il un ou deux ? C’est quoi cette confusion, Dieu voudrait-il nous tromper? Ou c’est l’être humain encore aveugle ou bigleux qui n’en voit plus qu’un parce que, quoi ? l’autre serait caché ? Stop, stop, stop aux interprétations qui pourraient devenir rapidement des élucubrations. Revenons à ce que dit le texte : un arbre de vie qui est au milieu du jardin et un arbre de la connaissance du bien et du mal. Point commun : le milieu du jardin. Sont-ce deux arbres, le même arbre, deux arbres accolés qui se tiennent l’un l’autre ? C’est l’arbre du milieu du jardin.
Mais alors pourquoi donner à l’arbre du milieu du jardin deux désignations différentes ?  Parce que c’est le même et en même temps pas le même ? Ou bien en fonction de comment on le regarde ?

Ici, je reconnais que d’avoir lu le texte de saint Paul que je commenterai plus loin aide à la compréhension chrétienne de ce texte.
La vie, les humains l’ont déjà. Elle a été donnée, personne ne parle de la leur reprendre. Ce qu’ils n’ont pas, c’est la connaissance du bien et du mal. Et pour cause : Dieu ne leur veut que du bien. Il faut être Dieu lui-même, maître de toute vie, pour connaitre le bien et le mal et ne choisir quand même que le bien, i.e. ce qui conduit à la vie. Alors, oui, pour préserver sa création, Dieu ne lui souhaite pas de connaître le mal – car si on connaît le mal et le bien, on connaît aussi le mal, n’est-ce pas ? Ce n’est pas juste une connaissance intellectuelle : on va recevoir, gérer, éprouver, le mal et le bien, devoir distinguer en permanence, être confronté à des choix auxquels on n’est pas préparés (à ce stade du récit de la création), etc. Il me semble très important  pour la compréhension du texte de se rappeler que le mot “connaître” en hébreu est très rarement intellectuel: c’est une connaissance par l’expérimentation, une connaissance totale, pas juste par le mental. C’est avec le même mot connaître que la Bible désigne la relation amoureuse et sexuelle : un don total de l’un à l’autre.

Ce qui est rusé dans l’attitude du serpent, c’est qu’à la fois il ment et il ne ment pas : certes manger du fruit de l’arbre de la vie, cela ne fait pas mourir au sens de “perdre la vie”, mais manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal , c’est ouvrir la possibilité d’être envahi et de suivre le mal, bref d’être absorbé ou submergé par ce qui conduit à la mort. Pour rappel, la conception biblique du péché – ce qui fait le mal – est de “rater sa cible”, ne pas faire ce pour quoi on est fait. Pour un humain, connaître le mal, c’est immanquablement le commettre. Et c’est le mal qui nous conduit à la mort. Ici, il ne s’agit pas vraiment de la mort physique mais de la mort à l’esprit, de la mort à la vie qui est insufflée en nous et qui n’est que bien. C’est dans le monde créé qu’il y a besoin de séparation, de dualité, d’ombres et de lumières ; pas dans le sein de Dieu.

Alors oui, leurs yeux s’ouvrent sur cette connaissance du bien et du mal, sur un monde fini et limité. La belle affaire, n’est-ce pas. Ils sont comme des dieux, oui, le serpent n’avait pas menti. Mais ils n’ont pas l’être du Dieu vivant. Cette connaissance va leur pourrir la vie. Ils ouvrent leur intelligence sur la matière, la limite, la comparaison, tout ce qu’on peut avoir ou ne pas avoir, tous ces bienfaits matériels, ces possibilités d’exercer un pouvoir ou de briller dans le monde. Tout ça qui est si fascinant mais qui n’a plus grand chose à voir avec l’esprit de Dieu.

En attendant, ils sont nus. Fragiles, vulnérables, sans rien. Sauf qu’avant ils n’avaient besoin de rien, tout leur été donné et ce n’était pas un problème. Maintenant ils en ont peut-être un de problème : ils se rendent comptent qu’ils n’ont rien, ils sont nus.

Ils sont nus.

Il y aurait tellement à dire sur cette nudité originelle. Elle ne dérangeait personne avant qu’ils acquièrent l’art de savoir si c’est bien ou si c’est mal, avant qu’ils jugent, qu’ils se jugent les uns les autres, qu’ils s’auto-jugent. Cette nudité n’était pas honteuse (ni sexualisée) avant qu’ils ne s’aperçoivent que ça voulait dire qu’ils sont des êtres limités, faits de chair, et que cette connaissance devienne si importante qu’elle semble en avoir plus que celle de se laisser porter par l’esprit insufflé en eux.
Ils sont nus, les pauvres. Ils se découvrent tels des dieux mais si limités. Pas du tout à la hauteur : eh hop! déjà un jugement sur eux-mêmes qu’ils s’appliquent copieusement comme étant pas assez bien pour être présentables. Pas assez bien… comment pourraient-ils ressentir cela sans la connaissance du bien et du mal ?
Ils se cacheront, honteux de ne pas être assez bien devant Dieu.

 

De l’épître aux Romains

  • Par un seul homme (Adam) le péché est entré dans le monde : le détournement de la cible… Nous étions faits pour le bien et voilà que nous sommes confrontés au mal et même que nous pouvons le choisir. La mort entre dans le monde à chaque fois que nous ne choisissons pas d’assumer le magnifique cadeau de la vie qui nous a été insufflé.
  • Le péché, la mort, nous concernent tous: nous sommes dans un monde  de souffrance et d’injustice où nous nous débattons comme nous pouvons. Nous subissons le mal causé par d’autres et dans nos efforts de survie nous causons du mal à d’autres.
  • Avant Moïse, le péché était déjà dans le monde mais faute de loi, il n’était imputable à personne. Nous étions livrés à nous-mêmes, ivres et aveugles. Depuis le don de  la Loi à Moïse, nous ne sommes plus autant aveugles, nous avons des repères fondamentaux pour restaurer le bien et la vie, pour bien vivre ensemble en respectant la dignité de chacun : ne pas mentir, ne pas voler, ne pas tuer, ne pas prendre la femme de son voisin, honorer son père et sa mère, etc. Ca devrait être plus simple de choisir le bien, de sauvegarder la dignité des êtres humains mais voilà : le péché est entré dans le monde et nous sommes sans cesse en lute contre lui, nous sommes traversés par lui même malgré nous.
  • Pourtant, il y a toujours cet Adam. Qui survit en chacun de nous. Dieu ne lui a pas retiré son esprit. Dieu n’a jamais abandonné son projet de restaurer l’humanité. De même qu’il a fallu un homme, Adam,  pour créer l’humanité, un homme suffira pour la restaurer : le nouvel Adam. Et bon lecteurs chrétiens que nous sommes, nous savons déjà que Paul parle du Christ Jésus.
  • Il y a cependant une différence entre les deux Adams mais qui tourne sacrément à notre avantage : de même qu’il a suffit d’un homme pour entraîner la multitude dans le péché (par la connaissance du bien et du mal, rappelons-le), il suffira d’un homme pour racheter cette multitude une fois pour toutes. Ca fait penser à une équation qu’on pourrait écrire de la sorte : Adam < multitude > nouvel Adam
  • En un seul homme, la grâce de Dieu est accordée à la multitude et c’est homme c’est Jésus-Christ. A la multitude. On pourrait traduire : à tous et à toutes, à toute l’humanité. A celle qui précède la venue de Jésus dans l’histoire humaine mais aussi aux générations postérieures.
  • Autre différence, note saint Paul : a cause d’un homme, une “condamnation”. Je comprends ce mot comme une projection dans un monde où nous sommes perdus, prisonniers de nous-mêmes, dans un monde où nos spiritualités ne sont pas éveillées et nos instincts non éduqués. Grâce à l’autre homme, une “justification” : nous sommes rendus justes. Une fois pour toutes. Il n’y a pas d’arriérés, pas de comptes à rendre, pas de mérites à exercer : l’ardoise est payée par un seul et unique  Jésus-Christ.
  • L’accomplissement de la justice par un seul a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie“:  tout est dit. Jésus est le juste par excellence. Fils d’Adam, il est lui aussi tiré de la poussière, modelé de la glaise dans son existence humaine  historique et terrestre mais il est aussi insufflé de l’esprit de Dieu.  Il est tellement disponible à cet Esprit que Fils de l’Homme et Fils de Dieu en deviennent synonymes. Désormais, les hommes ont ce modèle qui leur prouve que non seulement Dieu n’a pas délaissé l’humanité mais qu’il la désire, la recherche, il ira chercher jusqu’au fond de la glaise le souffle qui fait l’humanité pour la restaurer.

De l’évangile de Mathieu, les tentations au désert.

  • 40 jours… 40, chiffre hautement symbolique qui rappelle les 40 ans passés dans le désert par le peuple hébreu. 40, ça veut dire beaucoup. En années, c’est le temps d’une ou deux générations. En jours, c’est le temps de deux cycles lunaires, le passage d’une saison à une autre. Bref, c’est le temps qu’il faut pour décanter, purifier, passer à autre chose ; c’est aussi l’annonce d’un nouveau cycle à venir.
  • Dans le désert… Là où il n’y a pas de perturbations extérieures, là où l’on peut approfondir et bien entendre les voix qui surgissent de l’intérieur.
  • Trois tentations. De multiples fois commentées, je ne prétends pas faire mieux. Je livre juste ce qui me frappe aujourd’hui. Trois tentations : 1/ celle de l’abondance, de la vie facile, de la consommation 2/ Celle du pouvoir et de la domination 3/ celle de la puissance (qui n’est pas tout à fait le pouvoir) et de la gloire.
  • Trois tentations qui sont bien terrestres et qui nous traversent tous dans les petites ou les grandes choses. Quelques exemples : 1/ soif de nourriture, d’argent, de biens, de sécurité. Crispation sur l’insécurité. 2/ Avoir raison, commander, être respecté, obéi, même dans des projets ubuesques….ou futiles. Crispation de l’ego. 3/ Etre le meilleur, le plus beau, le plus puissant, le plus respecté, le plus vu, adulé, liké, instagrammé, etc. Dysphorie de la réalité.
  • Jésus ne tombe dans aucun des pièges. Cela lui semble facile. Pas de polémique, juste un rappel de la volonté divine par une citation biblique. Chacune de ces citations témoigne, en quelque sorte, que Dieu n’a jamais abandonné l’humanité, il lui a toujours offert les voies de revenir à lui.  Il manquait juste…
  • Il manquait juste qu’un homme, insufflé du même esprit de vie divin, montre le chemin en restant sans concession sur cette histoire de connaissance du bien et du mal.  Dans les Actes des Apôtres, Pierre emploie une belle formule pour parler de Jésus : “Il est passé parmi nous en faisant le bien”.  Que le bien. Pas le mal, rien de mal. En Jésus, le mal n’a aucune prise. Il nous montre en cela le chemin et parce qu’il l’a vécu en son humanité, il nous montre que cela est possible pour chacun, dès maintenant. Il nous montre aussi que, même si on n’y arrive pas, on n’est pas jugé ni rejeté. L’amour de Dieu est solide et fidèle.  C’est la base de la foi chrétienne : qui que tu sois, quoi que tu aies fait, quelques soient tes manquements actuels : tu es aimé de ton Dieu et il vient te chercher.

Une lecture LGBTQA+ de la Bible ?

Aucun des textes cités ne parle spécifiquement de la condition LGBTQA+  ni d’aucune condition spécifique d’ailleurs. Alors y a-t-il une manière queer d’accueillir et comprendre les passages que je viens de commenter ? Oui et non.

Non, parce qu’il n’y a pas à exercer d’emblée un filtre particulier qui conditionnerait la réception de la parole de Dieu. Mais oui parce que je ne peux pas m’abstraire de recevoir la Parole avec tout mon être, avec mon homosensibilité, avec la manière dont je me suis exclu de cette dimension de mon humanité par autocensure et par condamnation insidieuse et bien introjectée de la société dans laquelle je vis.

Par ailleurs, rien n’interdit d’entendre le message évangélique en transférant les schémas sociétaux d’hier sur notre réalité d’aujourd’hui : hier Jésus s’adressait à un peuple sous domination romaine, un peuple  qui s’efforçait de maintenir son rôle de nation élue par des jeux de pouvoir et des  codes de pureté qui excluaient nombre personnes. Aujourd’hui nous sommes dominés par une idéologie libérale et consumériste qui est encore largement excluante envers ceux qui ne rentrent pas dans une vison globale du système : les étrangers, les femmes, les personnes queers, etc. Rien n’interdit d’entendre le message de libération des pauvres et discriminés envers toute personne d’aujourd’hui pauvre, délaissée, discriminée. Le Dieu des chrétiens est le Dieu de tous, à commencer par les exclus.

Fondamentalement, comme personne gay, ce que je retiens, c’est qu’il n’y a pas de condamnation de mon identité. Et si d’autres prennent la Bible pour me condamner, assurément ils n’ont pas bien compris la Parole sur laquelle ils s’appuient pour émettre leur condamnation.

A ce titre, ces textes sont une consolation pour toute personne ou tout groupe de personnes qui est exclu par la société sur des critères différenciants qui échappent  à la volonté de la personne. En chacun et chacune Dieu a insufflé son esprit de vie et nous invite à le retrouver, l’accueillir et le faire grandir.

J’ai failli dire “et à en être dignes” mais encore faut-il s’accorder sur le sens de cette formule et de “qui” déciderait de la dignité de tel ou tel. Pour moi, la dignité n’est pas la conformité à un code moral. Qui en plus s’imposerait à nous de l’extérieur et donnerait lieu à des jugements et des condamnations à propos de qui est digne et qui est indigne. Pour moi, la dignité est une notion interne à chacun. Je suis fait pour la vie, je le suis avec mon identité propre. A chaque fois que je me recentre sur ce qui est essentiel pour moi et que je cherche à le réaliser, à chaque fois que je je m’exprime ou j’agis avec une authenticité qui est de l’ordre de : voilà ce qui est bon et juste pour moi, je me montre dans la dignité de l’enfant de Dieu  que je suis.

En l’occurrence, grâce aux lectures de ce jour, je sais que Dieu ne juge pas ni mon corps, ni mon genre, ni mon sexe, ni mon affectivité, aucun de ces aspects qui sont dus à mon incarnation et mon histoire : je suis de la glaise avec laquelle j’ai été modelé. Rien de ce que Dieu a créé ne le repousse. Je peux me présenter nu devant lui, c’est-à-dire tel que je suis vraiment.

Je sais aussi qu’en Jésus, le Seigneur me libère et me sauve quoi qu’il en soit de mes manquements et qu’il le fait également pour chacun de ceux de la multitude, y compris mes bourreaux, harceleurs  ou contradicteurs.

J’entends enfin l’invitation qu’il me fait, sans bruit, sans contrainte, sans jugement, à l’imiter. A interroger mes besoins de sécurité qui m’amènent à consommer trop de ceci ou de cela et à ne pas partager avec les plus nécessiteux. A surveiller mon égo et ses besoins de reconnaissance jusque dans des victoires futiles, à surveiller mes “abandons de poste” par peur d’être contredit ou mis en difficulté. A ne pas chercher la puissance et la gloire mais à le laisser humblement demeurer chez moi à l’abri des regards et du monde, sans en tirer d’autre profit que la joie de sa Présence quand il veut bien se manifester.

Z – 22 février 2026

 

Photo : trouvée sur <a href=”https://br.pinterest.com/pin/574490496235312279/”>Pinterest</a>, auteur inconnu

LES TROIS RAISONS POUR LESQUELLES JE NE VOULAIS PAS ÊTRE GAY
par Jim Decke

(traduit de l’anglais)

Pourquoi avez-vous renoncé à devenir hétéro?” Cette question m’a été posée récemment par un nouvel ami. Il m’avait vu donner mon témoignage à l’église sur le fait d’être chrétien et gay et il avait lu mon histoire sur Facebook. Je lui ai dit qu’être hétéro ne m’importait plus, que je me contentais de vivre seul comme un célibataire et que Dieu était content de moi. En quittant notre conversation, j’avais le sentiment de ne pas avoir vraiment répondu à sa question, ou à la mienne. Alors, j’ai beaucoup réfléchi depuis.

J’ai su que j’étais gay avant d’avoir 10 ans, mais l’impact total de ce que cela signifiait ne m’a pas atteint avant l’adolescence. J’étais gay ! J’ai tout fait pour changer. Je suis allé voir des conseillers, j’ai vu des psychologues, des psychiatres, des travailleurs sociaux et des pasteurs. J’ai passé 2 ans dans un programme de rééducation, j’ai rejoint un petit groupe d’ «ex-gays», j’ai lu des livres et des témoignages sur la façon d’être hétéro. Plus que tout autre chose, j’ai prié, prié, prié, prié, prié, prié …

Je savais que la Bible condamnait l’homosexualité, et avec ce peu de connaissances, j’en ai conclu que jétais en train d’aller en enfer. J’ai grandi dans une famille chrétienne, mais j’étais terrifié à l’idée de parler à quelqu’un de l’homosexualité, il n’y avait donc personne qui aurait pu laisser une lumière dans mon obscurité. Ma première raison de vouloir être hétéro, c’était d’éviter d’aller en enfer.

La deuxième raison pour laquelle je ne voulais pas être gay était d’éviter le rejet. Les seules choses que j’aie jamais entendues à propos des homosexuels, c’était des blagues grossières, du dégoût et des moqueries. Pour moi, il était clair que je ne pouvais pas être considéré comme un homme, et encore moins être digne d’amour ou d’acceptation, si j’étais gay. Je voulais avoir des amis et être conforme au modèle, et j’ai pensé que je ne serais pas considéré comme grossier et indésirable si j’étais hétéro. La peur et la honte étaient insupportables, et le besoin constant de cacher mes attractions gay était une tâche épuisante et impossible.

J’étais seul et j’avais peur à l’idée que je serais ainsi pour le reste de ma vie. Je voulais partager ma vie avec quelqu’un et je pensais que le fait d’être hétéro et d’épouser une femme était la seule façon de répondre à ce besoin et d’être heureux, et satisfait. Les simples faits de regarder un film tout seul, par exemple, ou d’aller faire mes courses seul à l’épicerie et, ça, pour le reste de ma vie, me semblaient tristes et déprimants. Je ne voulais pas vieillir seul. La troisième raison pour laquelle je ne voulais pas être gay, c’est pour que ma vie ne soit pas vide.

Je vais avoir 41 ans en avril et je ne ressens plus le besoin d’être hétéro. Je sais que Dieu ne me condamne pas pour avoir des attractions ou des tentations homosexuelles. La Bible n’appelle jamais péché l’une ou l’autre de ces choses, elle condamne seulement le comportement*. Loin d’être promis à l’enfer éternel, je suis pleinement aimé et accepté par Dieu et, un jour, j’espère entendre les paroles, “Très bien, serviteur bon et fidèle” (Mt 25,23) Je vais passer l’éternité avec Dieu!

Comme je me suis lentement ouvert à des amis sur mes attractions de même sexe, au lieu de rejet, j’ai trouvé l’amour, la compassion et l’amitié. Avec l’acceptation de Dieu et des amis proches, j’ai pu m’accepter. Je ne vis pas ma vie dans la peur ou la honte, mais comme un ami et comme l’égal aux autres.

Une vie remplis d’amis et de camaraderie n’est une garantie pour personne. Dieu ne fait aucune promesse sur ces choses. J’ai actuellement les meilleurs amis que je pourrais demander et plus de gens qui partagent ma vie que j’avais besoin. Ce n’est pas toujours ainsi, mais j’ai vu la fidélité de Dieu et je sais qu’il répondra toujours à mes besoins. Je refuse de craindre ou de m’inquiéter pour l’avenir quand Dieu dit que nous n’avons pas besoin de s’inquiéter. Déjà ça.

Jim Decke,
article publié le 24 mars 2014 sur www.atacrossroads.net

– – – –

(*) Précision : ce témoignage intervient dans une culture où l’on a pensé que l’homosexualité était condamnée par la Bible, ou bien qu’elle était une maladie, et où l’on pense maintenant que les gays ne sont pas condamnés par la Bible mais leurs actes sexuels, si, et donc qu’ils doivent rester continents.
Personnellement, je ne suis pas pour la débauche mais je ne se suis pas non plus pour cette continence-là. Il y a quelque chose d’inhumain à brimer une personne dans sa sexualité, dans sa capacité à donner et recevoir de la tendresse de manière sexuée. Aucun des arguments que j’entends ou lis n’arrive à briser cette conviction intime que Dieu, dans son projet d’épanouissement de tous les hommes et de tout homme, ne demande pas cela.
Et plus j’entends les arguments avancés, moins j’y vois la posture évangélique. Imaginant Jésus rencontrant les personnes gays, je ne peux pas douter un instant non seulement de sa compassion mais de sa geste de rétablissement dans la dignité pour toute personne rencontrée, tout paria, tout rejeté tout rabaissé socialement. Un être humain est un être humain, il a les mêmes droits et devoirs que les autres êtres humains. Non pas tant envers la loi ou la culture ambiante, d’ailleurs, qu’envers la vérité.

Z.

Source photo : One kiss (Un bacio), film de Ivan Cotroneo, 2016, avec Rimau Grillo Ritzberger, Leonardo Pazzagli, Valentina Romani.

A l’approche de Noël, une des pages les plus consultées de ce blog est celle que j’avais consacrée au pays de Zabulon. Cela me rappelle que j’avais annoncé une série de trois articles dont je n’ai jamais écrit et publié que le premier. Dans un premier temps, j’avais parlé du pays de Zabulon, pays oublié parce que depuis longtemps conquis et démantelé, dans lequel se trouve la petite bourgade de Nazareth et dont on n’attendait pas vraiment qu’il survienne quelque chose d’intéressant. Comme quoi…

Zabulon, “Il résidera avec nous”

Mais qui est donc ce Zabulon qui a donné son nom à ce pays ? Il est un des fils de Jacob, le 10ème de ses fils et le 6ème de Léa, puisque Jacob, rappelez-vous a eu plusieurs femmes. Eu égard à son nombre d’enfants, Léa devient ainsi la femme principale de Jacob.

Plus tard, la terre promise sera partagée en douze territoires confiés aux chefs de clan que sont les douze fils de Jacob. Zabulon héritera donc de ce petit territoire situé au nord du pays, territoire enclavé géographiquement mais aussi terre de passage d’un endroit à l’autre, que ce soit au nord et au sud, à l’est et à l’ouest, et surtout territoire-frontière, en constant compagnonnage, plus ou moins belliqueux avec les peuples étrangers.

Mais revenons à Zabulon, Zebuwluwn en hébreu, ou zbl en non vocalisé, ce qui fait qu’on peut autant le traduire par Zébulon, que Zabulon, Zobolon, Zéboulon, mais aussi Zavel, Zevulin, etc. En fait, la racine est le mot Zabal qui signifie « habiter » et Zéboul est le mot utilisé pour désigner une demeure, Zavel désignant aussi le Temple.

« Léa dit : Dieu m’a fait un beau don (Zbd); cette fois, mon mari habitera (Zbl) avec moi, car je lui ai enfanté six fils. Et elle l’appela du nom de Zabulon. » (Gn 30, 20)

Tellement à méditer dans ce verset. Zabulon, c’est un beau don, un cadeau, et celui-ci est directement attribué à Dieu. Et ce n’est pas n’importe quel cadeau, c’est « Il (Jacob? Dieu?) habitera avec nous », autre version, plus précise, de « on l’appellera Emmanuel, Dieu avec nous ». On l’appelera Zabulon.

Mais ce qui est intéressant, c’est que la racine Zbl est peu lointaine de la racine Zbd. Certains spécialistes prétendent alors que ce verset et ce nom peuvent recevoir deux interprétations: l’une par la racine ZaBaD (don, cadeau), l’autre par le mot ZaBal (demeurer, rester, honorer), ce qui correspond à deux interprétations possibles et légitimes qu’il est aujourd’hui bien difficile de départager : l’une relève de la tradition élohiste : « Dieu m’a fait un beau cadeau », l’autre relève de la tradition yahwiste « il habitera avec moi>> (Yezbeleni).

Nous ne trancherons pas. Les deux traditions sont intéressantes. Les deux disent que cet enfant n’est pas comme les autres, il est fruit d’une promesse, d’un engagement, de Dieu qui a à voir avec le fait de résider, habiter, avec son aimé(e).

Si l’on suit le récit de Genèse d’une manière narrative, ce verset a bien peu d’importance, tout pris que nous sommes par l’épopée des premiers patriarches. Mais, voilà, c’est ce Zabulon, Il habite avec nous, qui recevra en son pays le Fils de la Promesse. Alors continuons à nous y attarder un peu.

Je passe les interprétations ésotériques et cabalistiques qui nous montreraient que le tétragramme (YHWH) est contenu dans ce verset par la numérologie des lettres employées.

Dans toute la Bible, Zabal n’est employé que dans ce verset, ce qui relève encore son importance. Léa affirme « Il habitera avec moi » car je lui ai donné six fils. Si l’on s’échappe un peu des circonstances contextuelles (l’insécurité affective et matérielle d’une femme qui doit partager son mari avec d’autres femmes), il reste ce constat : celui de la fertilité, de la descendance, de l’avenir et que (Dieu) résidera dans cette maison-là et donc dans cet avenir-là, pas ailleurs.

Zabulon, le nourricier

Dans la tradition juive (talmudique), Zabulon est parfois associé à Issacar, l’érudit, le chercheur le savant, tandis que Zabulon serait dédié à l’approvisionnement des deux tribus pour que Issacar puisse remplir sa mission. Cette vue est purement théologique (chaque tribu devait bien subvenir à ses propres besoins), mais là encore il n’est pas inintéressant que Jésus grandisse à Nazareth, dans la maison d’un certain Joseph, homme très discret, dont la mission principale est d’assurer la sécurité, à tous les points de vue, à l’enfant qui vient de Marie.

Probablement, ce lien entre les deux tribus de Zabulon et d’Issacar vient-elle des mots attribués à Moïse dans le Livre du Deutéronome :

« Pour Zabulon, il dit : Réjouis-toi, Zabulon, en tes expéditions, et toi, Issakar, sous tes tentes ! Ils convoquent des peuples sur la montagne, ils y offrent des offrandes justes, ils s’approprient les richesses de la mer et les trésors cachés dans le sable.» (Dt 33 , 17-18)

Les deux tribus sont valorisées pour leur justesse et pour leur compétence à savoir s’approvisionner, Zabulon étant mis à l‘honneur pour sa capacité à aller sur les mers, ce qui confirme, au passage, un accès maritime au pays de Zabulon. A laisser résonner comme promesse d’une extension vers les Gentils ? Après tout, le Fils de la Promesse, qui va grandir au milieu de nulle part, à Nazareth, est de ce peuple-là et il en hérite de ses qualités et promesses bibliques.


Zabulon, le Juste

On retrouve Zabulon dans un livre non biblique intitulé « Le Testament des douze patriarches », livre dont on a retrouvé des fragments en araméen et qui semble avoir circulé dans la diaspora juive au moins cent ans avec JC, dans lequel chacun des douze fils de Jacob s’exprime auprès de ses enfants, au moment de mourir. Bien que désigné comme « apocryphe » (c’est-à-dire non inspiré et, à ce titre, non retenu, parmi les Livres Saints de la Bible), ce livre nourrit l’imaginaire et la spiritualité juive.

Rappelons au passage que le canon des écritures bibliques, c’est-à-dire la liste des livres qu’on retient comme faisait partie de la Bible hébraïque n’a été fixé qu’à la fin du premier siècle, par les pharisiens et après la chute du Temple de Jérusalem, après que les juifs soient obligés de quitter leur terre se disperser dans le monde connu. Avant cela, de nombreux écrits circulent dans la communauté juive, dont “le Testament des douze patriarches”.

On y raconte que sur le point de mourir, Zabulon fit venir ses fils et leur déclara qu’il n’avait pas participé au crime de ses frères qui s’en étaient pris à Joseph, le plus jeune, et l’avaient vendu à une caravane passant par là pour s’en débarrasser. Il aurait même fait tout ce qu’il pouvait pour empêcher cela mais il n’avait pas pu ou pas su résister à ses frères et trouver le courage de les dénoncer à leur père.

C’est dans ce livre également qu’on apprend que Zabulon inventa et fabriqua un vaisseau, avec un mât, des voiles, un gouvernail, pour chercher à manger dans la mer, durant la grande famine, et qu’il pût ainsi nourrir toute sa famille avec les produits de sa pêche, y compris la maison de son père, et même les étrangers, pêchant l’été et faisant paître les troupeaux de son père, l’hiver, avec ses frères. Bien sûr, réminiscence et confirmation a posteriori de la vocation de pêcheur de Zabulon et donc de l’accès à la mer du pays de Zabulon.

Il y a évidemment peu de chances que ce soit le vrai Zabulon qui parle, mais ce qui est significatif c’est le sens qu’on accorde à sa mission en Israël et dans quelle tradition spirituelle, Jésus et ses contemporains ont pu l’assimiler, le comprendre et l’acter.

Zabulon, le visionnaire

Le livre a en effet clairement une portée messianique et on y trouve en effet ces paroles attribuées à Zabulon :

« J’ai lu dans l’écriture de mes pères, que dans les derniers temps vous vous séparerez du Seigneur, vous vous diviserez dans lsraël, et vous suivrez deux rois. Vous vous livrerez aux abominations de l’idolâtrie; vos ennemis vous emmèneront captifs, et vous demeurerez parmi les nations accablés de douleurs et d’afflictions.

Après cela vous vous souviendrez du Seigneur, vous vous repentirez ; et le Seigneur vous ramènera, parce qu’il est plein de miséricorde ; après quoi Dieu même, le soleil de justice, se lèvera sur vous; la santé et la miséricorde sont dans ses ailes (Mal 4 :2).

Il rachètera les enfants des hommes, que Bélial tient en captivité; tout esprit d’erreur sera foulé aux pieds; le Seigneur convertira toutes les nations ; et vous verrez Dieu sous une forme humaine, parce que le Seigneur a choisi Jérusalem, et que son nom est le Seigneur.

Enfin vous l’irriterez de nouveau, et il vous rejettera jusqu’au temps de la consommation des siècles. »

Bien sûr, le texte semble se référer aux malheurs passés et expliquer la séparation territoriale des douze tribus, l’exil à Babylone, le retour… Mais il y a plus. « Vous verrez Dieu sous une forme humaine » dit le texte, attesté au moins 100 ans avant JC….

Zabulon est donc présenté comme un visionnaire. Lui, l’approvisionneur, le créatif qui va chercher en mer ce qui manque sur terre, lui qui est garant que Dieu résidera avec nous, est aussi celui qui annonce que Dieu prendra une forme humaine.

Zabulon, le patriarche et le peuple

A vrai dire, dans la Bible, elle-même, il y a très peu d’indications sur Zabulon comme personnage historique, mais davantage sur le territoire ou le peuple de Zabulon, bien que ce soit très limité puisque pour des raisons historiques ce territoire a très vite disparu.

Le caractère de Zabulon se lit donc à travers ce qu’on attribue à son peuple. Or, Zabulon, non seulement est fidèle, mais il est courageux et inventif. Il est fraternel avec ses voisins Issacar et Nephtali, il soutient spécialement Issacar qui va se spécialiser dans l’étude de la Torah et donnera, pense-t-on, la tradition des scribes. Pendant qu’Issacar étudie, Zabulon cherche des ressources et assure la sécurité. C’est un peuple fidèle qui vient en masse soutenir le roi David lors de son intronisation comme roi à Hébron. Il sera de tous les combats essentiels, capable de voisiner intelligemment avec les autres peuples mais sans perdre sa foi, quitte à se battre jusqu’à disparaître pour protéger les autres parties d’Israël.

C’est donc au sein de ce territoire, de ce peuple, à Nazareth, que l’enfant Jésus va grandir en taille et en sagesse. C’est en Zabulon qu’il va découvrir qui il est, quelle est sa foi et quelle est sa mission.

Certains prétendent que lorsque Jésus reproche aux pharisiens d’avoir empêcher le peuple d’accéder au Royaume de Dieu (Lc 11, 52) il se réfère à cette tradition qu’il a lui-même reçue du pays de Zabulon et peut-être de livres messianiques comme ceux du « Testament des douze patriarches ». Comment savoir ?

Autre idée qui me vient en “filant” la complémentarité de Zabulon et Issacar : lorsque Jésus s’en prend aux scribes et aux pharisiens ne rejoue-t-il pas la partie de la répartition de leurs rôles ? Si Zabulon assurait la nourriture et la protection à Issacar, ce n’était pas pour que celui-ci confisque Dieu au peuple mais pour qu’il le partage. La vocation de Zabulon, c’est de résider avec nous et de nourrir le peuple de Dieu. Voilà qui ressemble bien à la posture de Jésus, tout fils de David qu’il soit, c’est-à-dire de la tribu de Juda.

Actons ce qui est sûr et consensuel : Jésus a habité et grandi en pays de Zabulon et Zabulon avait la bonne réputation d’être fidèle, ouvert et généreux.

Comme le Jésus qui nous est présenté dans les Evangiles.

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Questions/Réponses

Zabulon était-il gay ?

Ah Ah ! Je n’en sais rien. Ca change quoi s’il l’était ? Ca change quoi s’il ne l’était pas? La tradition dit qu’il s’est marié et a eu des enfants, mais il est si clair que les moeurs de l’époque n’étaient pas ceux d’aujourd’hui…

Pourquoi avoir récupéré le nom de “Zabulon” ?

Je ne l’ai pas récupéré. Comme je l’ai déjà expliqué, créant ce blog dans la précipitation pour continuer et assumer une présence chrétienne pour ceux qui se découvrent homosensibles, je n’ai pas plus réfléchi que cela. Le lointain pays de Zabulon, dont on pense qu’il ne peut rien sortir d’intéressant, m’est venu à l’esprit… comme une lumière, là-bas, qui donne sens à ce que vivent certaines personnes, hommes ou femmes, dont je suis. Je ne récupère pas, j’accueille du sens.

Loquito-0169

Homosexualité, une autre lecture du Catéchisme

La sexualité hétéro ou homosexuelle affecte tous les aspects de la personne humaine, dans l’unité de son corps et de son âme. Elle concerne particulièrement l’affectivité, la capacité d’aimer et de procréer, et d’une manière plus générale, l’aptitude à nouer des liens de communion avec autrui (CÉC, 2332). Il revient à chacun, hétéro ou homo, homme et femme, de reconnaître et d’accepter son identité sexuelle (CÉC, 2333). Tous les baptisés sont appelés à l’usage modéré des facultés sexuelles selon leur état de vie et l’orientation foncière (CÉC, 2348); certains d’entre eux choisissent même la chasteté.

L’homosexualité désigne l’attirance exclusive ou prédominante envers les personnes du même sexe. Sa genèse psychique demeure largement inexpliquée (CÉC, 2357). Il existe une véritable structure homosexuée, non choisie volontairement, peut-être innée, mais plus probablement acquise dans la toute petite enfance (X. Thévenot, Repères éthiques, p.89). Ni les homosexuels ni les hétérosexuels ne sont personnellement responsables de leur orientation. Personne ne la choisit; chacun la constate en soi (CÉC, 2358).

Quant à la Bible, elle parle toujours d’actes homosexuels pratiqués par des personnes hétérosexuelles. Pour les auteurs sacrés, toute l’humanité est hétérosexuelle. Ainsi, pour agir selon la nature, il faut un comportement hétérosexuel. Or, nous savons maintenant que nos sociétés développées comptent environ 90% d’hétéros et quelques 10% d’homosexuels.

Toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne, qu’elle soit fondée sur le sexe, la race, la couleur, la condition sociale, la langue, la religion, ajoutons l’orientation sexuelle, doit être considérée comme contraire au dessein de Dieu (CÉC, 1935). Il faut donc respecter les droits inaliénables de chaque personne, hétéro ou homosexuelle, sans manquer au devoir de promouvoir et de protéger l’union matrimoniale et l’union civile. D’ailleurs l’union civile ne dévalorise en rien le mariage hétéro; elle en souligne plutôt toute la spécificité.

Un certain nombre d’hommes et de femmes présentent des tendances homosexuelles foncières – et les Corrigenda au CÉC (1997) rappellent aux traducteurs que l’adjectif foncier n’est pas équivalent de inné. Or, à cause de l’homophobie et d’une discrimination injuste à leur égard, leur orientation sexuelle constitue pour plusieurs une épreuve. Mais les mentalités évoluent et passent progressivement de l’intolérance à l’acceptation. En arriverons-nous au point où il sera indifférent, dans la vie sociale, qu’une personne soit hétéro ou homosexuelle ? Rappelons seulement que le 28 juillet 2002, 800,000 personnes participaient à la messe célébrée par Jean-Paul II aux JMJ de Toronto, et que le dimanche suivant, 4 août 2002, une foule tout aussi nombreuse assistait au défilé de la Fierté gaie dans les rues de Montréal…

La Bible condamne les relations homosexuelles entre personnes hétérosexuelles… mais elle ne dit rien des personnes homosexuelles qui ont des relations en conformité avec leur orientation. Que dire alors ? Ne faut-il pas demander la même chose à tout le monde ? Si une personne hétéro veut vivre dans le célibat, elle peut faire ce choix en toute liberté. Si elle désire un compagnon ou une compagne de vie, elle peut se marier et vivre dans l’amour et la fidélité. De même, une personne homosexuelle, qui veut vivre dans le célibat, peut en toute liberté prendre cette voie. Ne se sent-elle pas appelée au célibat, elle peut s’orienter vers l’union civile et vivre dans l’amour et la fidélité. Il est déconseillé aux uns comme aux autres de papillonner. L’amour, la fidélité, le respect, le partage, le dévouement, le don de soi, l’engagement à l’égard d’un compagnon ou d’une compagne humanisent et enrichissent toute relation.

Il est vrai que la relation homosexuelle ne conduira pas à la procréation, mais il ne faut pas oublier que les relations hétérosexuelles ne sont fécondes qu’à moins de 1% et qu’elles sont toujours, du moins en principe, source de plaisir. (En effet, si des conjoints ont une relation par semaine et qu’ils donnent naissance à un enfant durant l’année, leurs relations conjugales ont été fécondes à 2%. S’ils n’ont pas d’enfant l’année suivante, leur taux de fécondité retombe à 1%. S’ils ont cinq enfants en dix ans, leur fécondité n’est qu’à 1% et va descendre sous la barre du 1% jusqu’à la fin de leur vie conjugale). La fécondité des personnes homosexuelles ressemblera à celle des époux auquels Dieu le Père n’a pas donné d’avoir d’enfants. Ils peuvent, eux aussi, avoir une vie pleine de sens, humainement et chrétiennement, et rayonner d’une fécondité de charité, d’accueil, de dévouement, de créativité et de bienveillance (CÉC, 1654). J’applique au couple de même sexe ce qui est dit des époux sans enfants. Tant les époux sans enfants que les personnes engagées dans l’union civile peuvent remplir des services exigeants à l’égard d’autrui (CÉC, 2379). J’applique encore au couple de même sexe ce qui est dit des époux sans enfants.

Certains, hétéro ou homosexuels, ne se marient pas en vue de prendre soin de leurs parents ou de leurs frères et sœurs, de s’adonner plus exclusivement à une profession ou pour d’autres motifs honorables, comme la vie consacrée ou le ministère sacerdotal au service de la communauté. Ils peuvent contribuer grandement, même sans enfants, au bien de la famille humaine (CÉC, 2231).

Que dire à une personne homosexuelle qui veut vivre en couple ? Si elle est vraiment homosexuelle par une sorte d’instinct inné, avec une attirance exclusive ou prédominante pour son sexe, et si elle désire se rapprocher graduellement de la perfection chrétienne sans se sentir appelé au célibat, il faut lui déconseiller le mariage hétérosexuel et l’inviter plutôt à continuer cette relation faite d’amour, de fidélité et de don de soi. Agissant ainsi, elle ne dénie nullement à la personne humaine sa nature transcendante et sa vocation surnaturelle. Elle ne vise en aucune façon à mettre en danger les droits de la famille, mais estime que tout être humain – hétéro ou homosexuel – a la même identité fondamentale en tant que créature; il est enfant de Dieu et héritier de la vie éternelle. Si l’amour est la vocation fondamentale et innée de tout être humain (CÉC, 2392), peut-on interdire à une personne homosexuelle d’aimer dans le sens de son orientation? Peut-on concevoir un amour fidèle et durable entre deux amis comme entre deux époux ?

La sexualité parfaite n’existe pas. Chacun est affecté dans sa vie sexuée – même la plus «conforme» – de carences plus ou moins importantes (X. Thévenot, op.cit. p.88). L’Église peut avoir une attitude respect, de compassion et de délicatesse, assortie d’une grande bienveillance, à l’égard de tous les «amis» qui ne se sentent pas appelés au célibat et qui désirent vivre avec un compagnon dans l’amour mutuel et la fidélité. Un tel engagement vaut d’être soutenu.

Que conclure au plan pastoral ? Vivement l’union civile ! Oui, pour les personnes qui présentent des tendances homosexuelles foncières et exclusives, désirent cheminer dans l’amour et la fidélité, choisissent de s’aimer au mieux et se sentent incapables de supporter une vie solitaire. Proposons-leur de tendre à la stabilité, à la générosité et au don de soi, en tenant compte de leur orientation, et souhaitons-leur d’être heureuses. Laissons le jugement sur les personnes à la justice et à la miséricorde de Dieu.

Et nenni au papillonnage sexuel ! «Vu la fragilité de la nature humaine, il n’est pas vrai que, pour les âmes, le chemin le plus étroit soit toujours le plus sûr» (S. Alphonse). »

Note : CÉC = Catéchisme de l’Église Catholique + N° paragraphe

 

Père Roger Poudrier, franciscain, in Miséricorde, 2005

13 réflexions sur “Homosexualité, une autre lecture du Catéchisme”

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Publié le 3 janvier 2013 sur le site de Loquito, désactivé par son auteur, anotherdaylight.wordpress.com

 

A Worthy Consideration - Nature Au Natural

A Worthy Consideration – Nature Au Natural

 

Au delà de la beauté, son Auteur !

De nature, ils sont inconsistants,
tous ces gens qui restent dans l’ignorance de Dieu :
à partir de ce qu’ils voient de bon,
ils n’ont pas été capables de connaître Celui qui est ;
en examinant ses œuvres,
ils n’ont pas reconnu l’Artisan.

    Mais c’est le feu, le vent, la brise légère,
la ronde des étoiles, la violence des flots,
les luminaires du ciel gouvernant le cours du monde,
qu’ils ont regardés comme des dieux.
    S’ils les ont pris pour des dieux,
sous le charme de leur beauté,
ils doivent savoir
combien le Maître de ces choses leur est supérieur,
car l’Auteur même de la beauté est leur créateur.
    Et si c’est leur puissance et leur efficacité qui les ont frappés,
ils doivent comprendre, à partir de ces choses,
combien est plus puissant Celui qui les a faites.
    Car à travers la grandeur et la beauté des créatures,
on peut contempler, par analogie, leur Auteur.

    Et pourtant, ces hommes ne méritent qu’un blâme léger ;
car c’est peut-être en cherchant Dieu et voulant le trouver,
qu’ils se sont égarés :
    plongés au milieu de ses œuvres,
ils poursuivent leur recherche
et se laissent prendre aux apparences :
ce qui s’offre à leurs yeux est si beau !
    Encore une fois, ils n’ont pas d’excuse.
    S’ils ont poussé la science à un degré tel
qu’ils sont capables d’avoir une idée
sur le cours éternel des choses,
comment n’ont-ils pas découvert plus vite
Celui qui en est le Maître ?

 

Du  Livre de la Sagesse (Sg 13, 1-9)

 

 

1ère lecture de la liturgie de ce jour, dans la nouvelle traduction liturgique.  Quel beau texte !

 

Source photo : www.nude-soul.com