dis-leur

DIS-LEUR…
ce que le vent dit aux rochers,
ce que la mer dit aux montagnes.

DIS-LEUR

qu’une immense bonté
pénètre l’univers.

DIS-LEUR…

que Dieu n’est pas ce qu’ils croient !
Qu’il est un vin que l’on boit
un festin partagé
où chacun donne et reçoit !

DIS-LEUR

qu’Il est le joueur de flûte dans la lumière de midi :
Il s’approche et s’enfuit bondissant vers les sources !

DIS-LEUR…

que sa voix seule pouvait t’apprendre ton nom !

DIS-LEUR…

son visage d’innocence, son clair-obscur et son rire !

DIS-LEUR…

qu’il est ton espace et ta nuit
ta blessure et ta joie !

Mais

DIS-LEUR aussi

qu’Il n’est pas ce que tu dis…
et
que tu ne sais rien de Lui !

Sr Marie-Pierre (Chambarand)

source: Loquito – www.anotherdaylight.wordpress.com – 4 mai 2010

Avant, ils ont peur.
Après, ils ont toute audace.

Avant, ils se terrent.
Après, ils s’affichent en plein jour.

Avant, ils ont honte peut-être ?
Après, ils sont fiers.

Que s’est-il passé ?
Ils ne cherchent plus une force
qui viendrait de l’extérieur.
Ils n’attendent plus une confirmation
qu’ils étaient sur le bon chemin
quand ils se mis à suivre
ce Jésus de Nazareth.
Ils n’attendent plus de validation,
ils sont la validation.

Pentecôte.

Esprit qui surgit du fond de l’être.
Source, fontaine et fleuve intarissable
sans lequel je ne peux exister.
Il suffisait que le canal soit à nouveau ouvert.
Jésus, chemin, vérité et vie.
Ce canal-là
qui fait que si c’est vrai
en lui et pour lui,
c’est vrai en toi et pour toi aussi.

Mystère de l’existence humaine.
Cette propension à chercher à l’extérieur
ce qui est à l’intérieur.

Z – 8 juin 2025

source photo : Misa Patinszki, modèle à New Madison

Va vers le pays que je t’indiquerai.
Va vers toi-même.

Deviens toi-même,
Deviens qui tu es.

Découvre qui je suis.
Que je suis.

Libère-toi de ces entraves
qui t’empêchent de te déployer
et d’être vivant.

Sors de ces pseudos-sécurités
et avance en eaux profondes
pour goûter la saveur de la rencontre
quand tu es enfin aimé
sans conditions,
sans comptes à rendre,
sans justifications.

Juste être toi
et avancer toujours plus loin
dans le détachement
pour être toi,
juste toi.

C’est bien suffisant.
C’est tellement beau.

Souviens-toi que tu seras toujours
un vagabond sur cette terre
à la recherche de la vérité.

Souviens-t-en
pour ne pas tomber dans l’orgueil
ou dans l’accaparement
des biens, de la connaissance ou du pouvoir.

Quel pouvoir ?
Tu n’as rien de précieux que tu n’aies reçu
sans suivre mon invitation
à aller vers toi-même,
là où nous sommes,
là où se fait la rencontre.

Souviens-toi d’où tu viens
souviens-toi que cette promesse de terre promise
n’est pas que pour toi.
Elle est pour toi et pour autrui,
elle ne t’appartient pas.

Cet autre que tu croises,
il est un étranger comme toi sur cette terre,
il est invité comme toi à aller
vers le pays de lui-même
que je lui indiquerai.

Cet autre, ton frère, ta soeur.
Cet autre, l’exclu, l’humilié, le rejeté.
Cet autre qui cherche la paix, la liberté, la libération.
Ton frère, ta soeur.

Pourquoi passer du temps à vous séparer
alors qu’au fond vous êtes uns
et qu’ultimement
vous vous retrouverez ?

Rejoindre.
Te rejoindre,
se rejoindre,
nous rejoindre.

A aller vers toi-même,
ce n’est pas seulement moi que tu trouves,
c’est l’humanité que tu rejoins.

Toute humanité.

Z – 10 avril 2025

source image : blog tumblr de @metamorphicmuse

Tu me cherches ? Je suis assis à côté de toi.
Mon épaule est tout contre la tienne.

Tu ne me trouveras ni dans les stupas*,
ni dans les salles des sanctuaires indiens,
ni dans les synagogues, ni dans les cathédrales,
ni dans les messes, ni dans les kirtans*,
ni dans les jambes enroulées autour de ton cou,
ni en ne mangeant que des légumes.

Quand tu me chercheras vraiment,
tu me verras instantanément.
Tu me trouveras dans le plus petit espace du temps.

Kabir dit : disciple, dis-moi, qu’est-ce que Dieu ?
Il est le souffle à l’intérieur du souffle.

Kabir

(*) Le stupa est un édifice religieux bouddhiste, sorte de reliquaire symbolique du corps de Bouddha; le kirtan est un chant dévotionnel indien

Dans ce poème comme dans d’autres que j’ai déjà postés, Kabir, poète indien du XVè siècle, exprime combien la divinité est proche de nous et combien les dévotions peuvent ne nous servir à rien pour le rencontrer si elles nous dispensent de nous ouvrir à l’indicible présence qui est déjà là, tout contre nous, dans le moindre espace infime de temps, pour en pas dire déjà en nous.
Ce Dieu infiniment plus présent à nous que nous-même – dirait saint Augustin, pourquoi aller le chercher ailleurs dans une quête éperdue et vaine ? Avec la grande tradition apophatique, Kabir nous enseigne que sur Dieu on ne peut rien dire, que les mots sont vains parce que toujours en deça de la réalité, et que la rencontre avec la divinité ne peut se faire que par l’expérience d’être présent à soi, plus exactement : à elle en soi.

O Seigneur incréé qui Te servira ?
Chaque fidèle adore le Dieu qu’il se crée ; chaque jour il en reçoit les faveurs.
Aucuns ne le cherchent Lui, le Parfait, le Brahma, l’indivisible Seigneur.
Ils croient en dix Avatars ; mais un Avatar, endurant les conséquences de ses actes, ne peut être l’Esprit infini.
L’Un suprême doit être autre.
Les Yogi, les Sangasi, les Ascètes se disputent entre eux.
Kabir dit : “O, frère, celui qui a vu le rayonnement de son amour, celui-là est sauvé.”

Kabir

Image :

Aj Neu

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :
“Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom
le nom que tu m’as donné,
pour qu’ils soient un,
comme nous-mêmes.”
(Jn 17,11b)

Ton nom, le nom que tu m’as sonné, que nous soyons unis en ce nom…
Quel autre nom que le seul, magistral, que Dieu veut bien nous donner dans la Bible:
Je suis.
J’étais, je suis, je serai.
J’étais celui que je suis.
J’étais celui que je serai.
Je suis celui que j’étais
Je suis celui que je serai
Je serai celui que je suis
Je serai celui que j’étais.
Je suis.

Impossible de me limiter
dans un nom ou un concept.
Je suis.

Ce nom imprononçable
que Dieu donne à Moïse
exprimé dans ce temps inaccompli
qui fait qu’on peut le traduire dans tous les sens.
Je suis, j’étais, je serai.
Permanence dans l’impermanence.
Souffle de vie qui ne s’éteint jamais.

Être de ton être,
et tu ne le sais pas.

Jésus le sait.
Il participe de ce nom,
Il se reçoit de ce nom qui est également action :
“Je suis”,
dépassant les frontières du temps et de la création,
dépassant aussi les limites de nos pauvres rationalisations.

Jésus,
premier d’entre nous à se revoir de “Je suis”,
à s’accueillir comme vivant dans ce nom, par ce nom.

Et nous,
pauvres humains qui courrons de-ci de-là
à la recherche du bonheur,
à la recherche d’une continuité, d’une assurance, d’une permanence…

Nous sommes simplement invités
à entrer dans ce mouvement de “Je suis”,
ce mouvement d’amour qui a commencé avant nous
– avant notre existence terrestre,
et qui se prolongera au-delà.

Juste,
accueillir le “Je suis”
et le laisser se déployer
en nous.

Sois,
bon sang !
Qu’attends-tu ?

Z. 12 mai 2024

Photo : Aj Neu, modèle chez Soul Artist Management