« Bien peu de personnes sont conscientes de ce qui a cours dans l’expérience amoureuse qu’elles vivent. Les intéressés diront en effet : »J’ai trouvé le grand bonheur : j’aime et je suis aimé! » Mais le bonheur ressenti alors ne vient pas de ce qu’ils sont aimés, mais de ce qu’ils sont mis en contact avec leur propre mystère par l’intensité d’un regard qui s’est arrêté sur eux. (…) C’est là que se cache le secret du grand amour : être mis en contact avec son propre mystère par l’intensité d’un regard posé sur soi. c’est là un premier seuil. Il te faudra un jour y parvenir par toi-même, sans l’aide du regard extasié de l’autre. C’est là le deuxième seuil. Enfin, le troisième seuil est celui de ta rencontre, non plus avec un humain, mais avec Dieu découvert au fond de ton mystère. »

Yves Girard, Baiser à baiser .

Dans Baiser à baiser , l’auteur, moine cistercien au Québec, livre une méditation, et même une initiation spirituelle, à partir du commentaire de Guillaume de Saint-Thierry, moine cistercien du XIIè siècle, sur le Cantique des Cantiques. Guillaume commence ainsi : « Qu’il me baise d’un baiser de sa bouche ! C’est fini ! Je ne veux plus de baisers étrangers (Dieu qui lui parle par l’Ecriture, et les prophètes). J’exige d’être enseigné ouvertement sur Dieu, face à face, les yeux dans les yeux, baiser à baiser. »

Photo : Armie Hammer et Timothée Chalamet, acteurs de Call me by your name.

 

Voici un magnifique poème de Rûmi mis en musique par Amand Amar pour accompagner le film réalisé par Nacer Khémir dans lequel il raconte un épisode de la vie du grand poète et mystique soufi Rûmi, un des piliers fondateurs du soufisme,  Bab’Aziz, Le Prince qui contemplait son âme (2016).

L’histoire raconte de manière poétique, le périple d’une petite fille, Ishtar, qui accompagne son grand-père, bien vieux et devenu aveugle, Bab’Aziz (Rûmi) dans le désert, sous prétexte de se rendre à une réunion de derviches qui n’a lieu que tous les trente ans.

– (Ishtar) Bab’Aziz, nous allons sûrement nous perdre dans le désert…
– (Bab’Aziz) Ishtar, ceux qui sont en paix avec eux-mêmes ne peuvent perdre leur chemin.

Le film raconte en fait les derniers instants du sage. Pour Bab’Aziz, il s’agit en fait d’aller rejoindre sa tombe, délimitée par un carré de cailloux. Mais le voyage s’avère plein de surprises et de rencontres, occasions pour le vieux sage de distiller son amour de la vie et sa sagesse.

Alors que Bab’Aziz défait son turban et s’assied sur sa propre tombe pour attendre la mort, un jeune homme lui demande pourquoi il est si calme :

La mort est la fin de toute chose » dit le jeune homme en pleurant.
Comment cela peut être la fin de quelque chose quand il n’y a pas de début ?  » répond le vieil homme avec douceur.

La danse des atomes (qu’on appelle souvent le poème des atomes) nous raconte la communion ente toutes choses de l’univers et ce fil ténu et invisible qui fait que tout tient. Tous les atomes dansent. Le soleil, le vent, le désert et les hommes-mêmes. Tous et chacun, nous sommes invités à entrer dans la danse…

La musique a été composée par Armand Amar, d’après des paroles du célèbre mystique persan Rûmi.  Les chanteurs sont Haroun Teboul , puis Salar Aghili .

 

Ô Jour, lève-toi!
Fais resplendir ta Lumière, les atomes dansent.
Grâce à Lui l’Univers danse, les âmes dansent, éperdues d’extase,
libérées du corps et de l’esprit,
Je te murmurerai à l’oreille où les entraîne leur danse.

Tous les atomes dans l’air et dans le désert dansent,
étourdis et ivres dans un rayon de lumière,
comme fous.

Tous ces atomes ne sont pas si différents de nous,
heureux ou malheureux,
hésitants et déconcertés
Nous sommes tous des Êtres dans le rayon de lumière du Bien-Aimé,
au-delà des mots.

Rûmî

 

 

 

Photo : le danseur Roberto Bolle, par Bruce Weber, photo publiée par homotography

 

Les hauts, les bas,
regarde-les d’un même oeil !
Ne regarde pas le visible,
regarde l’invisible !
Il n’ y a pas d’aile,
il y a le signe d’un envol,
il n’ y a pas de chanteur,
il y a la trace d’un chant.

Sohrab Sepehri, Pârâh,
in : L’Orient du chagrin,
traduit du persan par Jalal Alaviniar,
Lettres persanes, 2009.

 

Photo : Jon Kortajarena


®Sylvain Rabouille

 

– Comment te trouver ?
– Tu ne me trouveras pas. Tu m’as déjà trouvé.
– Mais où es-tu ? Je ne te vois pas, je ne te sens pas
– Vraiment ?
– Sinon… cette sensation que tu es là tout proche, ce désir de te toucher ou être touché par toi.
– Tu vois.
– Mais tu es toujours ailleurs…
– Non. C’est toi qui es ailleurs. Moi, je suis là.
– Alors pourquoi suis-je empêtré par tout ce moi-même qui m’empêche de te voir ?
– Tu l’as dit : parce que tu es empêtré. Lâche…
– Mais…
– Quoi ?
– Mais… S’il n’y avait rien…
– Ah ! La voilà la vraie question de la foi. Celle de la confiance. Soit tu lâches encore un peu de toi. En fait, tout. Et tu avances. Soit tu restes sur le pas de la porte à voir de la lumière entre les jointures, à observer la fête de loin sans t’y laisser inviter.
– Ca paraît si simple et c’est si dur. D’avancer.
– Oui parce que tu te trompes de perspective. Comme souvent, tu considères les choses à l’envers comme dans un miroir, ou comme dans un négatif photographique et tu prends ce que tu vois pour la réalité.
– Je ne comprends pas.
– Essaie d’inverser les verbes de ta dernière phrase : Ca paraît si simple et c’est si dur. Ca donnerait quoi ?
– Ca donne : c’est si simple et ça paraît si dur.
– Voilà qui est juste. C’est exactement cela. Ca « paraît » dur, mais ce n’est qu’une illusion. C’est en fait simple ; il suffit d’être là avec moi. Il n’y a pas d’autre chemin. Arrêter les choses à l’envers, arrêter d’inverser les perspectives. Rentrer en toi pour me trouver plutôt que me chercher à l’extérieur. Toujours plus loin et plus profondément en toi. Donc, en lâchant tes pseudo-sécurités extérieures auquel tu te retiens comme au bastingage d’un bateau qui est en train de couler. Mais plonge ! Rejoins-moi !
– Ce truc-là, d’inverser les mots… C’est un des signes de dyslexie.
– Eh bien, prends-en leçon : pour beaucoup, ce qui empêche d’avancer, c’est cette sorte de dyslexie spirituelle.

Zabulon – 2 septembre 2017

Source image : oeuvre de Sylvain Rabouille, en vente sur son site ainsi que de nombreux autres sujets : sbrartisteblog.wordpress.com